Les écoles et les mairies dans les communes rurales des Vals de Saintonge

Ecole de Chives. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; Vals de Saintonge Communauté / N. Lhuissier.
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  • Mis à jour le 15 novembre 2021
 

C’est au cours du 19e siècle que se forge, parallèlement aux décisions gouvernementales qui rendent l’école obligatoire, un type architectural d’école dans les villes comme dans les campagnes. Dans ces dernières, l’installation de l’école est souvent liée à celle d’une mairie, dont le besoin émerge de façon concomitante. Les communes rurales des Vals de Saintonge illustrent bien ce phénomène.

La maison d’école, un bâtiment très réglementé

À partir de 1833 et la promulgation de la loi Guizot, les communes françaises ont l’obligation d’entretenir au moins une école primaire élémentaire, en se dotant d’un local servant à recevoir les élèves et loger l’instituteur. Cette première loi fondatrice est complétée par la loi Falloux en 1850 et diverses circulaires du Ministère de l’Instruction publique qui encadrent les dispositions à prendre par les communes, quant à l’aménagement des locaux notamment. En 1878, un dispositif financier est ajouté pour aider les communes, avant que l’école ne soit déclarée gratuite, laïque et obligatoire en 1882.

Parallèlement, en 1837, une loi impose aux communes l’entretien d’une mairie. Par souci d’économie, les communes vont souvent associer la maison d’école et la mairie.

Les premières mairies-écoles dans les Vals de Saintonge

Comme dans la plupart des territoires, en Vals-de-Saintonge, la classe unique, formée sous l’impulsion de la loi de 1833, ainsi que le logement de l’enseignant, sont accueillis dans une maison particulière louée à cet effet, en plus ou moins bon état. Dans quelques cas cependant, comme à Chives dès 1847, la commune acquiert une maison pour servir d’école primaire. Les projets de construction antérieurs à 1870 sont rares, mais à Bercloux, une petite école mixte est bâtie dès 1862. Au Gicq, une mairie-école est édifiée en 1866, année où est projetée à Villeneuve-la-Comtesse une école de garçons, ouverte deux ans plus tard et à laquelle est adjointe une école de filles en 1883.

Un premier modèle s’impose

Les réalisations sont beaucoup plus nombreuses durant les années 1870. La plupart des projets associent une école de garçons et de filles, dont les espaces intérieurs et extérieurs sont bien séparés, et une salle pour la mairie.

Les petites communes adoptent fréquemment un plan type d’école, déjà présent dans les années 1860 : un corps de bâtiment en rez-de-chaussée qui abrite la ou les salle(s) de classe est adossé perpendiculairement au logement de l’instituteur, à un étage, et dont la façade présente trois travées d’ouvertures. La mairie occupe souvent une partie du rez-de-chaussée du logement. Ce dernier est parfois accosté par deux petits bâtiments servant de dépendances, l’un d’eux pouvant accueillir la mairie. Ce plan présente plusieurs avantages : placer la façade la plus attrayante en bordure de route, isoler les élèves de l’axe de circulation, et quand deux classes sont prévues, possibilité de séparer les enfants de sexe différent en disposant les façades des deux salles de classe à l’opposé l’une de l’autre.

En fonction des possibilités financières des communes, l’édifice présente une architecture plus ou moins ornementée, mais une grande sobriété domine.

Les mairies-écoles d’Aimé Bonnet

Une vingtaine de mairies-écoles des Vals-de-Saintonge ont été construites selon les plans d’Aimé Bonnet (1826-1911). Cet agent voyer de Saint-Jean-d’Angély, devenu architecte en 1875, a été particulièrement prolifique dans les années 1860 et 1870, où la plupart des projets de construction d’écoles lui sont confiés. Aimé Bonnet est connu également pour avoir réalisé des bâtiments publics plus importants, tels que le palais de justice et l’hôtel de ville de Saint-Jean-d’Angély, ou encore pour avoir dirigé les travaux de restauration de nombreuses églises du territoire.

Concernant les mairies-écoles, Aimé Bonnet a élaboré des plans assez proches pour un certain nombre de petites communes, correspondant au plan-type mentionné plus haut, avec la ou les salles de classes adossées au logement de l’instituteur (Chives, Le Gicq, Romazières, Vinax, Aujac, Taillant). Parfois, deux petites ailes, servant de dépendances ou de salle pour la mairie, sont construites sur le même alignement que le logement, donnant à l’ensemble un plan en forme de T (Villeneuve-la-Comtesse, La Vergne, Les Eglises-d’Argenteuil, Vergné).

Certaines mairies-écoles (Saint-Savinien, Néré) conservent ce même plan, mais se distinguent par un logement plus grand (façade à 5 travées à Saint-Savinien, 4 travées dont les 2 latérales sont saillantes à Néré), et un décor plus important.

Le décor des mairies-écoles d’Aimé Bonnet est le plus souvent très sobre : bandeaux, corniches, parfois avec modillons. Quelques éléments décoratifs plus originaux sont cependant présents sur certains édifices, comme les petits amortissements au-dessus des angles (Saint-Martin-de-Juillers), ou encore les motifs trilobés incisés sur les lucarnes ou sur les amortissements (Chives).

A la fin de sa carrière, dans les années 1880, Aimé Bonnet construit pour certaines communes – Les Eduts, Fontenet –, des écoles constituées de plusieurs bâtiments séparés, respectant ainsi le Règlement pour la construction et l’ameublement des maisons d’école, publié en 1880 par le Ministère de l'Instruction publique, insistant sur la nécessité de séparer le logement de l’instituteur des salles de classe.

Des modèles qui évoluent

A partir des années 1880, les constructions, moins nombreuses qu’à la période précédente, se révèlent plus monumentales, même si les compositions d’ensemble varient peu. Ainsi, la mairie-école de La Jarrie-Audouin reprend le type précédemment décrit, avec cependant un logement plus grand dont la façade est anoblie par une horloge, offerte par un habitant. L’effet produit est similaire à La Croix-Comtesse où un fronton rectangulaire portant inscription couronne la travée centrale. L’animation de la façade de l’école de filles de Saint-Denis-du-Pin par une alternance de briques et de pierres semble être unique sur le territoire.

Par ailleurs, un nouveau modèle, plus ambitieux, avec un plan allongé et symétrique, semble se diffuser dans les Vals-de-Saintonge, comme ailleurs à l’échelle nationale. Ainsi, à Loiré-sur-Nie et Varaize, les ensembles conçus par l’architecte Vignaud vers 1900 sont remarquables par leur composition et leur traitement architectural ; la mairie, au centre d’un grand corps de bâtiment, est prolongée de part et d’autre par des salles de classe, contigües aux logements des instituteurs. La mise en œuvre des façades des deux ensembles est très soignée : pierre de taille et ornementation pour Varaize, chaînages, bandeaux et éléments décoratifs pour Loiré-sur-Nie.

Un exemple atypique : la mairie-école de Saint-Séverin-sur-Boutonne

Parmi les mairies-écoles réalisées par Aimé Bonnet, celle de Saint-Séverin-sur-Boutonne se distingue par son architecture atypique, liée à des travaux d’agrandissement.

Les plans qu’il dresse en 1877 sont conçus selon le modèle traditionnel des maisons d’école : l’école se compose de deux salles de classe, une pour filles, l’autre pour garçons, d’une salle à manger attenante aux cuisines, d’un bûcher et d’un chai. Très vite ce dernier accueille les bureaux de la municipalité, mais l’espace devient rapidement exigu, notamment pour les conseils et la célébration des mariages, et la commune doit agrandir ses locaux.

Le bâtiment auparavant parfaitement symétrique est alors agrandi par une haute construction coiffée d’un toit en pavillon couvert d’ardoise. Ce toit est sommé d’un clocheton lui-même surmonté d’une girouette en fer forgé et, à la façon d’une lucarne, une horloge circulaire est inscrite dans une corniche en plein cintre au centre de la façade. Il s’agit du seul édifice de la commune à présenter ce type de toiture, caractéristique des hôtels de ville construits dans de plus grandes villes, avec une toiture en pavillon couverte d’ardoise, l’horloge centrée et la lucarne.

C’est l’architecte Louis Malleau qui est à l’origine de cet étonnant agrandissement. Les travaux sont exécutés par l’entrepreneur Birrié Toussaint et terminés le 14 octobre 1908. Aujourd’hui l’édifice n’a plus vocation d’école mais les bureaux de la mairie y demeurent.

Auteurs : Océane Charruyer, Pascale Moisdon, Yann Ourry, novembre 2021.

 

Bibliographie

DEBELLE, Jacqueline. Le patrimoine scolaire ; la maison d’école au XIXe siècle. Patrimoine de Poitou-Charentes ; architectures et mobiliers, Poitiers : C.P.P.P.C., 1998, p. 315-355.

 

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