Une particularité à Lésigny : le culte de sainte Néomaye

Procession religieuse dans les rues de Lésigny en l'honneur de sainte Néomaye.  Les enfants de chœur sont en tête du cortège, suivis par des habitants du village, les plus jeunes devant. Certains  tiennent des croix et des bannières de procession ou de confrérie. Photographie Serge IVANOFF, années 1950. Reproduction Association La Mémoire Lésignoise, 2012.
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  • Mis à jour le 25 avril 2016
 

À Lésigny, le culte de sainte Néomaye est profondément ancré dans l'histoire de la commune. Il a fait l'objet de processions annuelles (le premier dimanche de juillet) jusqu'à la fin des années 1950. À partir de cette décennie, les processions se sont espacées dans le temps et elles se sont définitivement arrêtées en 1994-1995.

Sainte patronne des bergers, Néomaye est également, dans cette commune, guérisseuse des troubles nerveux et de l'épilepsie grâce à l'eau d'une fontaine miraculeuse. Un vitrail, ainsi qu'une statue de bois peint, la représentent dans l'église paroissiale.

Le culte de sainte Néomaye est présent en Poitou, ainsi qu'en Anjou et en Touraine, essentiellement à l'époque romane. L'histoire de cette sainte est très peu renseignée et mystérieuse. Elle serait native du nord de la Vienne, près de Loudun, et aurait vécu au cinquième siècle. Elle aurait été inhumée dans les Deux-Sèvres, non loin de Sant-Maixent-l'École, dans la commune qui porte son nom. Plusieurs chapelles y furent bâties afin de l'invoquer pour soigner les affections physiques, morales ou nerveuses. Il y a encore quelques décennies, cette sainte était fêtée avec ferveur dans tout le Centre-Ouest.

La verrière de sainte Néomaye de l'église de Lésigny-sur-Creuse. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel  / M. Chausserais, 2012.

D'après la légende la plus courante, sainte Néomaye est une bergère - ou une « noble bergère » - affectée d'une malformation à la jambe (patte d'oie) et qui a consacré son existence à Dieu. Son pied palmé l'identifie à une sainte « Pédauque ». Ce nom fait référence aux mythologies et légendes médiévales qui relatent l'histoire de femmes frappées miraculeusement par la lèpre ou des malformations pour échapper aux avances de prétendants. (La patte d'oie est liée à la lèpre car les infections cutanées occasionnées par cette maladie peuvent faire penser à la peau des pattes des palmipèdes.)

En Poitou et principalement dans le diocèse de Poitiers, ce pied inconvenant est seulement esquissé dans les représentations de la sainte.

La sainte est toujours accompagnée d'un agneau, signe de douceur et d'innocence ; elle est souvent représentée avec une quenouille ou un fuseau, symbole d'une jeune fille du peuple, et plus rarement, avec un livre qui témoigne de ses qualités de l'âme et de l'esprit.


Le calendrier des saints du diocèse de Poitiers fixe au 14 janvier la saint Néomaye. La plupart du temps, les communes fixaient la fête de Néomaye le jour de leur foire annuelle, afin d'attirer le plus de monde possible.

Sainte Néomaye est connue sous une multitude de noms: Néomadie, Nomadie, Numadie, Nommée, Nomèze, Nosmoise, Nemoise, Nemoie, Nomoie, Néomée, Néoumaye, Néomoise, Enomaye, Léomaye, Lhommaye, etc.

La légende de sainte Néomaye à Lésigny

À Lésigny, la légende présente Néomaye comme la cadette d'une famille paysanne de douze enfants. Elle est d'une grande beauté et a l'habitude d'aller aux champs faire paître les troupeaux. Un jeune seigneur à qui ces terres appartiennent essaie depuis des années de courtiser la jeune fille. Un jour, celui-ci devient trop entreprenant et Néomaye prie intensément pour que Dieu le fasse partir. Sa jambe droite se transforme alors en patte d'oie et le seigneur s'enfuit sur le champ. Ce miracle l'érige au rang de sainte, vénérée par les habitants de Lésigny.

Parmi les représentations de la sainte, une statue en bois aurait été réalisée par un charpentier de Lésigny. Cette statue aurait fait l'objet de nombreuses convoitises. Deux versions s'opposent. La première est celle des habitants de Barrou (en Indre-et-Loire) selon laquelle les Lésignois auraient volé leur statue de sainte Néomaye. Barrou l'aurait récupérée dans l'église de Lésigny mais les Lésignois seraient venus la dérober à nouveau. La statue de Lésigny viendrait donc à l'origine de Barrou ! À Lésigny, on raconte à l'inverse que ce sont les gens de Barrou qui seraient venus les premiers la voler, par jalousie. D'après un document non publié de M. Arnoult, les Lésignois décidèrent de cacher la statue après l'avoir reprise et afin d'éviter un autre vol. Ils l'enfouirent dans la terre, à droite de l'actuel pont, côté Lésigny. Les habitants n'appréciant guère d'exercer le culte de Néomaye sans leur statue, l'exhumèrent. Tout le village se rendit en procession sur le lieu où elle avait été cachée et une source jaillit à cet emplacement. D'après la mémoire orale, cette fontaine n'a jamais tari et l'eau a toujours coulé en abondance. La source aurait même des vertus thérapeutiques, ce qui encouragea le pèlerinage de la sainte.

Statue de sainte Néomaye, bois peint, 16e siècle. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / M. Chausserais, 2012. La statue de sainte Néomaye dans l'église de Lésigny, avec son manteau et sa couronne.
Photographie dans Le Picton n° 109 de janvier-février 1995. Fontaine de Lésigny, dite de sainte Néomaye, située à gauche du pont, dans le sens Barrou-Lésigny. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / M. Chausserais, 2012.

Les autres légendes dans le Centre-Ouest de la France

ainte Némoise de Lerné (en Indre-et-Loire), d'après un croquis de M. Druet, en 1942, dans Le Picton n° 109 de janvier-février 1995.

Dans les récits du Nord de la Vienne, la sainte est une jeune noble vertueuse, douce et aimante. On lui confie peines et chagrins personnels. Dans le Sud du département, région plus agricole, son origine modeste la fait figurer telle une simple bergère filant sa quenouille en gardant ses moutons. Elle est ici protectrice des récoltes et des troupeaux et veille à l'abondance de l'eau.

Plusieurs légendes relatives à sainte Néomaye existent dans le Loudunais. L'une d'elles raconte que sainte Néomaye naît au château de la Mothe-Bauçay, puis de la Mothe-Chandeniers, aujourd'hui commune des Trois-Moutiers, à six kilomètres de Vézières. Néomaye serait issue de la puissante famille féodale des seigneurs de Bauçay et fille unique de l'un d'eux. La légende fait l'éloge de sa beauté, de sa bonté et de son esprit vif. Ses contemporains la considèrent comme une femme très pieuse. Ils mentionnent son mode de vie simple, son souhait de participer aux tâches « ingrates » consistant à soigner le bétail. Un jour, alors qu'elle revient du moulin de Bourdigal (près des Trois-Moutiers), elle rencontre le seigneur de Lerné (aujourd'hui en Indre-et-Loire). Ce dernier, trop entreprenant, terrifie Néomaye. Elle prie Dieu de lui infliger une malformation pour arrêter les avances du seigneur. Dès la fin de sa prière, elle ressent des fourmillements au niveau de sa jambe. Lorsque le seigneur lui avoue son attirance pour elle : « Néomaye, vous êtes la plus belle des demoiselles que j'aie jamais vues ! », la jeune femme relève sa robe et montre sa jambe devenue patte d'oie. Le seigneur, effrayé, quitte la demoiselle et retourne dans son château.

Une autre version est présente dans le Loudunais. Elle ne mentionne à aucun moment la patte d'oie. Dans cette légende, Néomaye se promène à Bauçay près du château de son père quand un cavalier s'approche d'elle dans le but de lui faire la cour. Elle prie Dieu pour qu'il lui vienne en aide en faisant fuir cet homme. Les souhaits de la jeune fille sont exaucés. Toutefois, un second cavalier apparaît. Cet homme lui avoue qu'il est le Christ et vient réaliser sa prière. Il lui demande de fouiller la terre sous la chapelle Sainte-Agathe (située à l'angle de la route Loudun-Thouars et de la route qui conduit à Germiers) à la recherche d'un anneau en or. Néomaye trouve ce bijou et sa virginité est alors préservée.

Carte du culte de sainte Néomaye, par Renée FOURNIER, dans « Deux chapiteaux romans : Sainte Néomaye, la gens Maxima. » Bulletin de la Société d'études folkloriques du Centre-Ouest.

À Montsoreau, dans le Maine-et-Loire, au confluent de la Vienne et de l'Indre-et-Loire, à quelques kilomètres de distance de Lerné, la légende de la sainte Néomaye est identique à celle des Trois-Moutiers. Le seigneur de Lerné vient chasser dans cette contrée, entre Montsoreau et le Moulin Maumoise. Il rencontre par hasard une jeune bergère qui surveille son troupeau de moutons. Il remarque sa beauté et l'aborde d'une manière maladroite qui fait fuir Néomaye. Celle-ci se réfugie près d'une fontaine. Le seigneur la rattrape et Néomaye se met à genoux pour prier le ciel. L'un de ses pieds prend alors la forme d'une patte d'oie, ce qui fait fuir le cavalier. Jusqu'en 1870, une statue de Néomaye se trouvait dans l'église de Montsoreau.
À Sambin, en Loir-et-Cher, le thème de la poursuite amoureuse est également présent dans la légende locale de la sainte, tout comme l'épisode de la fontaine miraculeuse. Toutefois, il n'y a pas un seul cavalier mais plusieurs. Dans l'église de ce village, une statue de pierre représente Néomaye en bergère filant sa quenouille, entourée de brebis et d'un chien.
Il existe d'autres légendes attachées à Néomaye, notamment en Deux-Sèvres.


Pèlerinages et processions

À Lésigny, sainte Néomaye était considérée comme la patronne des bergers et guérisseuse des troubles nerveux telles les convulsions et l'épilepsie. Les personnes qui souhaitaient lui rendre un culte se rendaient en procession à la fontaine, le premier dimanche de juillet. Après la grande messe, partant du chœur de l'église où elle était exposée, la statue de Néomaye était portée en tête de procession dans les rues du village et l'on chantait des cantiques en son honneur. À cette occasion, on posait sur la tête de la statue une couronne de rubans ou une couronne de reine munie d'un voile blanc. On la couvrait également d'un long manteau blanc orné de fils d'or et, à chaque carrefour, on l'ornait de fleurs et de faveurs (rubans). Puis, les mères de famille présentaient leurs enfants pour obtenir la bénédiction de la sainte.

La grande renommée de son pouvoir faisait venir une multitude de pèlerins d'autres paroisses. Les fidèles lui offraient des rubans ou des chapelets qu'ils attachaient à deux arceaux, encore visibles dans l'église paroissiale de chaque côté de la statue de Néomaye.

Les processions religieuses en l'honneur de la sainte se sont estompées à Lésigny à la fin des années 1950 pour s'arrêter officiellement en 1994-1995. Les habitants de Lésigny tireraient leur longévité de la consommation régulière de l'eau de la fontaine.

À Sambin, des processions religieuses en l'honneur de la sainte avaient lieu chaque année, le 15 janvier. La quenouille était renouvelée par chaque jeune fille qui se mariait pour mettre ses futurs travaux sous la protection de sainte Néomaye. Ici, on lui confiait la bonne marche des foyers, spécifique des régions tourangelles. La fontaine, située à un kilomètre du bourg, faisait également l'objet de dévotions. Lorsqu'un troupeau était malade, on faisait boire aux animaux l'eau de la fontaine, leurs maîtres brûlaient des cierges à l'autel de la sainte et récitaient des prières. Néomaye était considérée comme la patronne des bergers, mais aussi comme la protectrice des troupeaux et la dispensatrice de la pluie.

À Montsoreau, la fontaine était également considérée comme miraculeuse et faisait l'objet de pèlerinages locaux. Elle avait le pouvoir de guérir les maux des yeux. À Lerné, la statue en bois de la sainte faisait l'objet de visites de la part des personnes tombées malades à la suite d'une grande peur (un troupeau malade ou une personne de son entourage, le risque d'avoir une mauvaise récolte, etc.). Les jeunes filles avaient aussi pour habitude de planter dans le corps de la statue des épingles afin que la sainte les aide à trouver un mari ! Les jeunes filles revenaient à l'église, le lendemain de leur noce, pour filer la quenouille devant la statue de la sainte et obtenir en retour sa bénédiction pour leur foyer.

Bibliographie

  • Abbé AUBERT, Les Saints de l'Église de Poitiers, Poitiers, 1958.
  • ARNOULT Michel, Oyez ! Oyez ! Braves Lésignois, La belle Histouère de Nout'Néomaye, Document non publié.
  • BAUDRY G.H, GUILLUY P., MATHON G., Catholicisme hier aujourd'hui demain, T.9, 1ère partie, Paris, 1982.
  • DOREAU Claudine, Sainte Néomaye ou la Nouvelle Maya. Bulletin de la Société scientifique de Châtellerault, 3e trimestre. 1991, n° 46, p. 31-35.
  • DOREAU Claudine, Sainte Néomaye Patronne de la Touraine et du Poitou, Le Picton, Janvier-Février 1995, n°109, pages 35 à 45.
  • FOURNIER Renée. Deux chapiteaux romans : Sainte Néomaye, la gens Maxima. Bulletin de la Société d'études folkloriques du Centre-Ouest, T. 10, 1976, 278 pages.
  • MARECHAL Jean-Robert, Les Saints qui guérissent en Poitou-Charentes, Éditions Ouest-France, collection Vivre Aujourd'hui, Tours, 2005, 127 pages.
  • RÉAU Louis, Iconographie de l'art Chrétien, T.3, Presses Universitaires de France, Paris, 1958, 971 pages.
  • SIMMAT, Gérard, JUCHAULT, Pierre, DUBOUT, Jean-Paul. Le Pays des Vals de Gartempe. Joué-lès-Tours : Alan Sutton, 2000. 126 pages.

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