Les remparts de La Roche-Posay

Détail d'une vue aérienne de La Roche-Posay. J.F. Hellio, Nicolas Van Ingen, 2009.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 25 janvier 2017
 

Depuis l'Antiquité, des remparts sont élevés pour protéger les villes des attaques extérieures. Pendant les périodes les plus troublées, comme au début du Moyen Âge, ils assurent une défense contre les seigneurs voisins belliqueux. Les remparts de La Roche-Posay témoignent de cet effort permanent pour la sécurité, au cœur des préoccupations des fondateurs de la ville.


La protection de la ville, une préoccupation ancienne

C'est certainement la topographie particulière du site qui a incité les premiers habitants à s'installer à La Roche-Posay, à la frontière des provinces du Poitou et de la Touraine. Perché sur un éperon rocheux, protégé dans sa partie nord par un escarpement important qui surplombe la rivière de la Creuse, le site est aisé à défendre.

Plan numéroté des remparts de La Roche-Posay. OpenStreetMap – Région Nouvelle-Aquitaine – Communauté de communes des Vals de Gartempe et Creuse, P. Maturi, 2016.

Le fief de La Roche est mentionné dès l'année 965. Il est dirigé, dès cette époque et jusqu'au 15e siècle, par les seigneurs de Preuilly-sur-Claise. Il était probablement associé à une motte castrale dont l'emplacement n'est pas connu. Le donjon en pierre tel qu'il est visible aujourd'hui daterait du 1er quart du 11e siècle. Il était alors entouré d'une première enceinte (1), elle aussi en pierre, encore partiellement visible dans le jardin d'une habitation voisine. Malgré son état de conservation médiocre, l'enceinte présente encore un reste de canonnière qui, d'après son orientation, devait défendre l’accès au pont.


Une histoire documentée

Quelques sources manuscrites et iconographiques nous renseignent sur la forme et le tracés des remparts. Le cadastre de 1833 donne un très bon aperçu de leur état de conservation à cette date. En le confrontant au plan parcellaire actuel, il est possible de voir clairement apparaître l'emplacement des anciens fossés et les limites de la vieille ville.

Une gravure réalisée au 16e ou au début du 17e siècle par Claude Chastillon montre le bourg de La Roche-Posay ceint d'une longue muraille, composée de tours et de courtines qui les relient entre elles. Quelques textes des 17e et 18e siècles expliquent aussi qu'à cette époque une partie des anciens fossés bordant les remparts était lotie et transformée en jardins. L’irrigation était assurée grâce à un petit cours d'eau qui coulait encore au fond des douves et dont le débit était contrôlé par une série de vannes.

En haut, la ville et le château de La Roche-Posay. Gravure de Claude Chatillon. Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel - Fonds Éditions Patrimoines et Médias.


Des vestiges...

Quelques vestiges de ces remparts sont parvenus jusqu'à nous. Le plus reconnaissable est sans doute la porte dite Bourbon (2). Elle est appelée ainsi à partir des années 1830, lorsque la municipalité baptise la voie qui traverse la vieille ville d'est en ouest "rue Bourbon". La porte était autrefois nommée porte des Aubues, terme qui désigne une terre humide difficile à cultiver, comme celle qui devait constituer le terrain autour du champ de foire au Moyen Âge. En 1898, Jules Texier en parle en ces termes dans son Guide du baigneur et du touriste : « La première chose qui frappe la vue en débarquant à la Roche, c'est le portail crénelé qui sent son Moyen-Âge à plein nez et qui s'appelle Porte de Ville ». Il s'empresse de préciser : « Il ne s'est trouvé de municipalité pour le faire abattre ». La porte a conservé des éléments défensifs tels que des mâchicoulis, des canonnières et des archères, ouvertures par lesquelles les soldats pouvaient tirer au canon ou décocher des flèches sur les assaillants. De très nombreuses rénovations ont altéré son aspect originel.

Une autre porte, bien moins connue, est visible depuis la terrasse du restaurant Les Douves, dans la rue du 4e-Zouave (3). À l'arrière d'une grande demeure, on distingue les restes d'un grand arc, pris dans la maçonnerie, qui surplombait le passage aujourd'hui muré. Proche des anciens fossés, la porte devait probablement être fermée à l'aide d'un pont-levis.

Des tours rondes de l'enceinte, seulement trois nous sont parvenues. Elles sont visibles dans la rue de Falk (4), au niveau du parking intra-muros de la rue des Jardins (5) et au fond du square Henri-IV (6). Elles présentent de grandes similitudes formelles, notamment un empâtement à la base et une maçonnerie en pierre de taille régulière qui assurait leur solidité. La tour gauche de la porte Bourbon et la tour indiquée (5) sur le plan sont munies d'une salle haute couverte par une coupole ovale. La tour du square Henri-IV (6), quant à elle, semble être couverte en berceau. Ses salles hautes, qui présentent des archères et des canonnières, devaient servir de chambres de tir.
Les courtines ont rarement été conservées. Leur emplacement reste cependant parfois marqué sous la forme de murets. La partie la mieux conservée se situe du côté de la rivière, malgré quelques remaniements probables à côté du pont. Comme la majorité des murs de fortifications construits au Moyen Âge, ils étaient constitués de deux parements extérieurs en pierre de taille, séparés par un espace rempli de terre et de fragments de pierres plus petites.

...et des éléments disparus

D'autres parties du rempart n'ont pas résisté au temps. Seuls des documents anciens témoignent de leur existence. La porte de l'Arceau (7), parfois appelée porte Saint-Louis, du nom de la rue dans laquelle elle se trouvait, fut détruite à la fin du 18e et au début du 19e siècle. Quant à la porte de Guyenne (8), autrefois située dans la rue du même nom, elle aurait été détruite en 1856.


Des portes à proximité de la Creuse ?

Même si aucune source ne permet d'avérer cette hypothèse, il est probable que l'enceinte était ouverte par des portes ou des poternes - sorte de petites portes dérobées - en plusieurs endroits du côté de la rivière.

D'après la gravure de Chastillon, le château construit au bord de la rivière semble interrompre le tracé des remparts. À gauche de celui-ci, l'ancien pont, aujourd'hui détruit, débouchait sur l'actuelle Rue des remparts. Une porte devait se trouver là, accolée au château, pour permettre d'entrer dans la ville directement après avoir traversé la rivière.
Une autre porte aurait aussi été construite en contrebas de l'église, entre le château et le moulin. Un chemin empierré y descend depuis le parvis de l'église. Cette voie était déjà présente en 1833, date à laquelle apparaît une interruption dans le rempart à cet endroit sur le cadastre ancien.

Une troisième porte était probablement située dans le prolongement de la rue Saint-Barthélemy. Là encore, le rempart s'ouvrait à cet endroit sur le cadastre de 1833.


Auteur : Paul Maturi, décembre 2016.


Références documentaires

  • Archives Départementales de la Vienne, 2 O 251 5 : Biens communaux bâtis
  • Archives Départementales de la Vienne , 4 P 5581 : Cadastre 1833; Section B, Feuille 3
  • Baudry Marie-Pierre. « Les fortifications des Plantagenêts en Poitou 1154-1242 ». Comité des travaux historiques et scientifiques, Mémoires de la section d'archéologie et d'histoire de l'art. Paris, 2001.
  • Baudry Marie-Pierre. Châteaux « romans » en Poitou-Charentes. Xe - XIIe siècles. Collection Cahiers du Patrimoine, n° 95. Geste éditions, 2011.
  • Coudert Stéphanie. La Roche-Posay (Vienne) : Topographie et morphologie d'une petite ville au Moyen-Âge et au début de l'époque moderne. Mémoire de master II recherche 2011-2012, Université de Poitiers.
  • Debien, Gabriel. "La châtellenie de La Roche-Posay à la fin du 17e siècle". Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers. 1950, tome 1.
  • Jaltel Michel (Dr.). La Roche-Posay : Station thermale européenne de la peau. Saint-Jean-de-Braye, 1991.
  • Prégorier André. Les noms des lieux en France, Glossaire des termes dialectaux. IGN, Paris, 2006.
  • Texier Jules. « 21 jours à La Roche-Posay (Vienne) ». Guide du baigneur et du touriste. Tours, 1898.


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