Les loges en pierre sèche d'Angles-sur-l'Anglin

L'une des loges les mieux conservées de la commune près de Boisdichon.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 19 février 2016
 

Parmi les abris utiles aux travaux agricoles, de nombreuses loges en pierre sèche jalonnent le paysage d'Angles-sur-l'Anglin. Assez difficiles à dénicher dans la végétation, leur repérage est en cours dans la commune, destiné à faire connaître ce patrimoine vernaculaire. À ce jour, une trentaine de loges ont été observées, notamment sur la rive gauche de l'Anglin.

 


S’abriter lors du travail des champs

La culture de la vigne demande un entretien important et connaît plusieurs temps forts au cours de l'année : taille des sarments en hiver, labourage au printemps, vendanges en automne. Il ne faut pas oublier la taille, la ligature, le désherbage et le sulfatage, entre autres travaux.

Le vigneron part travailler pour la journée, il doit donc pouvoir s'abriter sur place pour manger, se reposer, stocker ses outils, etc. Il construit donc un abri qui doit être à la fois facile à bâtir mais durable, avec un matériau qui abonde dans la terre labourée des champs : la pierre calcaire. Chaque nouveau passage de charrue en découvre de nouvelles. Elles sont empilées ensuite les unes sur les autres, sans mortier, pour faire des murets ou des loges.


Des formes et des tailles variées

Les loges de pierre sèche sont le plus souvent implantées en bordures de parcelles, tantôt prises dans le mur de clôture, tantôt séparées de celui-ci. Elles peuvent aussi s'appuyer contre une butte et ainsi utiliser les avantages du relief pour se protéger du vent. Généralement, les loges sont de forme circulaire mais il est possible d'en observer des carrées, des rectangulaires voire des polygonales.

Elles sont aussi particulièrement identifiables par leur mode de couvrement : les pierres sont posées avec un léger décalage vers l'intérieur à chaque nouvelle assise et se rejoignent pour former une voûte en encorbellement. Elles doivent aussi être légèrement inclinées vers l'extérieur pour permettre à l'eau de pluie de ruisseler le long des parois sans entrer dans la loge. Le "toit" de la loge peut être plat ou en forme de dôme plus ou moins conique. Dans ce dernier cas, il est parfois couronné d'une petite pierre verticale en guise "d'épi de faîtage".

À l'intérieur, l'espace est réduit (de trois à six mètres carrés environ), il est d'ailleurs rare de pouvoir s'y tenir debout. La lumière ne pénétrant à l'intérieur que par la porte d'entrée, parfois par un petit jour, les loges sont aussi des lieux mal éclairés. D'un aspect fruste, elles peuvent néanmoins présenter un certain confort, comme une petite cheminée ou des niches aménagées dans la paroi pour poser des objets. Le paysan mange là, assis sur un petit tabouret ou un gros bloc de pierre.


Une datation difficile

Malgré quelques études sur le sujet, déterminer la date de construction des loges reste difficile : leur mode de construction en pierre sèche, à partir des pierres trouvées sur place et utilisées brutes, est inchangé depuis le Néolithique ; leur édification n'étant pas soumise à autorisation (contrairement aux cabanes de vignerons), elles ne figurent pas sur les cadastres anciens ou autres documents d'archives.

Leur expansion est liée à celle de la culture de la vigne, du 17e siècle jusqu'à l'épidémie du phylloxéra qui sévit dans la région autour de 1875, provoquant la destruction des vignes et la reconversion de nombreux viticulteurs vers l'élevage et la polyculture. Les loges gardent cependant leur utilité d'abri pour les agriculteurs jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.


Un patrimoine vernaculaire en danger

Aujourd'hui, les loges sont devenues obsolètes et sont abandonnées. Envahies par la végétation, elles ne sont plus connues que de quelques habitants ou passionnés du patrimoine.

Ce patrimoine méconnu témoigne du passé viticole de la commune et d'un mode de vie rural aujourd'hui disparu. Il est important de les faire connaître et de les préserver quand cela est possible ; quelques loges ont d'ailleurs été restaurées par des habitants de la commune, conscients de la fragilité de ce patrimoine et souhaitant le transmettre aux générations futures.


Auteur : Paul Maturi

Photographies : sauf indication contraire, Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes – Communauté de Communes des Vals de Gartempe et Creuse, inventaire du patrimoine culturel / P. Maturi.


Bibliographie

  • ENEAU Thierry, "Aménagements agraires en pierre sèche du pays chauvinois", Cahiers du pays chauvinois N°22, 2000
  • DUBOUT Jean-Pierre, JUCHAULT Pierre, SIMMAT Gérard, Mémoire en images : le pays des Vals de Gartempe, Ed. Allan Sutton, Tours, 2000


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