Les châteaux et manoirs de Persac

L'ancien prebytère de Gouex, vue de la façade est. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. M. Favreau, 2018.
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  • Mis à jour le 20 juin 2022
 

La commune de Persac est particulièrement riche en châteaux, manoirs et demeures, dont la construction s’étale entre la fin du Moyen-Age et la fin du 19e siècle, voire au tout début du 20e. Les treize édifices, qui ont été repérés sur tout le territoire communal, se répartissent en trois types : les châteaux fortifiés, les châteaux ou manoirs, à la tête d’un domaine agricole et les demeures de villégiature. Certains appartiennent à une seule catégorie, d’autres ont pu évoluer entre les différentes typologies au fil du temps.

 

Les châteaux fortifiés

Les coteaux pentus et boisés qui bordent les vallées de la Petite et de la Grande Blourde, la confluence au nord de la commune de ces deux rivières avec la Vienne, sont autant de raisons d’une installation humaine précoce. La possibilité de surveiller la rivière et ses abords, de contrôler la traversée, de bénéficier de la force hydraulique pour y installer des moulins et d’y exploiter les ressources offertes en poisson et en bois, a permis la création de plusieurs seigneuries dont l’existence est attestée à partir du milieu du Moyen Age. Au milieu du 14e siècle, on ne dénombre pas moins de cinq seigneuries, toutes dotées d’un édifice fortifié ou non, situé dans le bourg de Persac, dans un périmètre d’environ un km².

Les deux principales fortifications, encore visibles aujourd’hui, sont le château de la Mothe et le château de la Brulonnière, tous deux situés au nord du bourg, l’un à l’est et l’autre à l’ouest de la D11.

Le château de la Mothe, établi sur une motte castrale autrefois entourée de fossés en eau, est sans doute le plus ancien. Les fortifications sont relevées au 15e siècle, à partir de 1440, par Antoine de Feydeau, seigneur de la Mothe de Persac, ce qui lui vaut un long procès contre son suzerain, le seigneur de Lussac, Geoffroy Taveau, qu’il finit cependant par gagner. A l’origine, il s’agissait d’une « maison carrée » flanquée de tour à chaque angle. Partiellement protégée par une muraille percée d’archères, elle est agrandie et devient dès la fin du 15e siècle un véritable château doté d’une tour d’escalier desservant deux ailes sur cinq niveaux.

Le château de la Brulonnière, n’a pas de vocation défensive avant le 15e siècle. Il est fortifié en 1465, lorsque Guichard Brulon acquiert les droits de haute, moyenne et basse justice de la Tour-aux-Cognons (à Civaux) qu’il transpose sur sa seigneurie de la Brulonnière. Le logis est fortifié à cette occasion, ceinturé de courtines s’étendant au-dessus d'une grande cour trapézoïdale et protégé par des tours dotées d'archères-canonnières.

Une fois passés les troubles liés aux guerres de Religion, la vocation défensive de ces deux châteaux disparaît : les courtines tombent et les ouvertures sont agrandies. Le château de la Mothe, racheté par Gaspard de Nuchèze, seigneur de la Brulonnière, en 1633 est abandonné et en partie démoli pour servir de réserve de matériaux. A la fin du 18e siècle et au 19e, il est utilisé comme grenier à foin, jusqu’à ce qu’il soit remis en état, entre 1899 et 1905 par son propriétaire, Edouard Frémy, qui l’agrandit vers le sud et l’est par l'adjonction de nouveaux bâtiments reprenant le vocabulaire architectural de l'ancienne façade ouest. Le château de la Brulonnière, quant à lui, acheté en 1669 par François Le Maître, n’a plus qu’une fonction de villégiature. Un logement pour le garde et de nouveaux greniers sont construits sur le pignon nord du château. Après la Révolution, le domaine est acheté en 1818 par Laurens de la Besge qui poursuit les transformations et unifie la façade septentrionale. A cette époque, le château est occupé pendant les beaux mois de l’été, la famille se retirant en ville (à Paris, Poitiers ou Limoges) pendant les mois d’hiver.

Les manoirs, vivre au coeur d'un domaine agricole

Dans une commune rurale comme Persac, les demeures sont toujours au cœur d’un domaine agricole de plus ou moins grande importance. Le manoir, habité par le seigneur avant la Révolution, puis le propriétaire au 19e siècle, ou affermé, est lui-même une exploitation agricole, avec tous les bâtiments qui la composent, organisés autour d’une cour ouverte.

Le manoir de Fontarabie en est un exemple typique : d’abord mentionné comme une des principales fermes de la seigneurie de la Brulonnière, il semble qu’une « maison noble » y soit construite au 16e siècle. En 1742, alors que Jacques René Mirel des Essarts est receveur des fermes de la seigneurie, il signale le manoir comme étant le « lieu de la recette » de la seigneurie, c’est-à-dire le lieu où l’ensemble des fermiers viennent payer les diverses taxes dues au seigneur. En plus des bâtiments propres à l’exploitation des terres (écurie, étable et grange à foin), le manoir de Fontarabie comprend une grange destinée à recevoir les dîmes et les terrages. Le logis est occupé par le fermier jusque dans les années 1780. De plan rectangulaire, il s’élève sur un sous-sol et un étage carré. La charpente à chevrons- portant-fermes est couverte de tuiles plates. Les pièces du rez-de-chaussée et du premier étage sont distribuées par un vestibule central accueillant un escalier en bois, à balustrade.

Situé à l’extrémité sud-est du bourg, non loin de l’actuelle place de la Résistance, le manoir de la Peignauderie pourrait dater de la fin du 17e siècle. Son plan ainsi que l’organisation des bâtiments étaient identiques à celui de Fontarabie. Le logis lui-même, avec une charpente à chevrons- portant-fermes, un vestibule central desservant les pièces de part et d’autre, un escalier en bois, laissent supposer, sinon un même commanditaire, du moins une inspiration commune. Les bâtiments agricoles étaient également disposés au nord et au sud du logis, formant une cour ouverte vers l’ouest. L’affectation des bâtiments à une congrégation religieuse pour en faire une école de filles au milieu du 19e siècle a entraîné des modifications importantes du bâti, rendant la fonction agricole plus difficile à lire qu’à Fontarabie.

Entre Fontarabie et la Peignauderie, le manoir de l’Ermitage, autrefois appelé les Essarts, est construit dans le dernier quart du 18e siècle, par Jacques René Mirel des Essarts. On y retrouve une organisation semblable à celle des manoirs précédents, avec un logis desservi par un vestibule central et des bâtiments à vocation agricole organisés autour d’une « cour d’honneur », ainsi qu’elle est nommée dans les archives. Cependant, les fenêtres, en arc surbaissé et vitrées à petits bois, rapprochent cette construction du château d’Oranville, lequel appartenait également à Mirel des Essarts depuis 1767. Cette proximité architecturale pourrait s’expliquer par un commanditaire unique et des périodes de construction rapprochées.

Typique de la fin du Moyen Age avec sa tourelle d’escalier hors-œuvre le manoir des Aubières est de style totalement différent des précédents, Mentionné pour la première fois en 1260, le fief d’Aubière dispose d’un logis, qui est attesté par une source de la fin du 15e siècle. Pierre Vezien acquiert la seigneurie en 1602 et c’est peut-être lui qui fait construire le petit château actuel ; les initiales illisibles, gravées sur le blason situé au niveau de la porte d’entrée, au-dessus du millésime 1629, pourraient être un P et un V entrelacés. Le manoir d’Aubière est vendu comme Bien National (c’est le seul dont le dossier de vente a été conservé sur la commune), le 18 brumaire an 14 (9 novembre 1805). En 1850, il devient la propriété d’un médecin de Lussac, le docteur Delphin Etève, qui procède à une démolition partielle du château (peut-être l’abaissement du corps de logis dont la tour d’escalier hors-œuvre montre qu’il devait comporter un étage supplémentaire) et aménage des ouvertures plus grandes, accueillant des volets extérieurs.
 

 

Les châteaux de villégiature

Après la Révolution, de nouveaux châteaux sont construits à Persac. Ils sont le fait de propriétaires terriens qui se font bâtir une demeure, voire une villégiature pour les plus fortunés d’entre eux qui partagent leur temps entre ville et campagne. Le choix de l’emplacement (dans la vallée de la Vienne ou au sommet d’un coteau arboré) montre une volonté de mettre en avant un cadre paysager agréable tout en s’éloignant de la fonction de production agricole.

Les exemples du château de Chaumeil et de la demeure de la Bussière entrent dans cette catégorie. Le château de Chaumeil est construit à partir de 1851, par Alexandre Pascault-Dumas, après avoir acquis plusieurs fermes dans ce hameau, où il se constitue un petit domaine. Sa veuve puis son fils, Gabriel Pascault-Dumas, le font agrandir en 1874. Le château est situé dans le lit majeur de la Vienne, qui coule à 300 mètres plus à l’ouest. Situé au fond d’un parc arboré, on accède au château par un portail monumental. Il se compose d’un corps rectangulaire accosté de deux pavillons. Les façades présentent des travées régulières, le comble est éclairé par des lucarnes décorées d’une alternance de frontons triangulaires et en plein-cintre.

La demeure de la Bussière date sans doute de la fin du 3e quart du 19e siècle et appartient alors à Louis Alexandre Brun de Prélong, qui réside à Queaux. Bien que de dimensions plus modestes que Chaumeil, elle est située au sommet d’un coteau bordant la Grande Blourde, offrant un beau panorama sur cette vallée.

A la Pilatière, le château vient remplacer un manoir, détruit en 1852 par Frédéric de Fautereau, Il le fait construire en retrait des bâtiments agricoles, sur une parcelle située un peu plus à l’est. Le château est ensuite agrandi en 1881. De plan complexe, il se compose de plusieurs corps de bâtiments s’élevant sur des niveaux différents, avec de nombreux décrochements de toiture.

Dans le cas du château de Villars, il ne remplace pas un manoir mais un château plus ancien, hôtel noble de la seigneurie de Villars, qui était entouré de murailles, d’après un aveu de 1691. En 1842, François Emile de Mauvise de Villars fait édifier le nouveau château et les communs, dans un style néo-classique. La belle façade ordonnancée est composée d’un corps de bâtiment flanqué de deux ailes.

Le cas d’Oranville est un cas particulier car il a appartenu aux trois typologies. Possédant des droits de justice, la seigneurie d’Oranville, aussi appelée la « terre des barons de Nérignac », s’étendait sur un vaste territoire au sud-ouest de Persac. Appartenant aux seigneurs de la Mothe à la fin du 15e siècle, Antoine de Feydeau aurait obtenu l’autorisation de faire fortifier Oranville en 1447 . Mais de cette fortification, il ne reste rien. D’après les archives et les cartes postales anciennes, le château, après son achat par Jacques René Mirel des Essarts en 1767, se composait d’un bâtiment rectangulaire, flanqué de deux ailes en avant-corps, s’élevant sur un étage carré et un étage de comble éclairé par des lucarnes rampantes à fronton triangulaire sur la façade nord-est. En 1888, Arsène Lecointre, héritier du château après la Révolution, l’agrémente d’un nouveau pavillon au nord-est de l’ancien logis, puis un second, au toit en terrasse couronné d’un garde-corps en pierre. Au début du 20e siècle une véranda et une marquise protégeaient l’entrée sur la façade est. Malheureusement, les mouvements de terrains et la construction contemporaine, encastrée dans le corps de logis 18e siècle, ont déstabilisé l’ensemble, conduisant les propriétaires à abandonner le château au profit des communs où ils ont fait installer leur demeure.
 

Avec trois vallées, la commune de Persac a offert au fil des siècles bien des raisons de s’installer sur ses rives. Les châteaux et manoirs de la fin du Moyen-Age n’ont pas cessé de se transformer et se moderniser, tandis qu’au 19e siècle, les villégiatures se développent. L’arrivée du chemin de fer dans la commune en 1891 facilite l’expansion de ce nouveau mode de vie. Aujourd’hui encore la commune compte de nombreuses résidences qui reprennent vie aux beaux jours grâce à l’attachement de leurs propriétaires.

 

 

 

Auteur : Myriam Favreau

 

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