Une villa pour mairie

Villa des Roseaux, actuellement la mairie de Gouex. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. M. Favreau, 2018.
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  • Mis à jour le 15 juillet 2020
 

Si un grand nombre de communes de France ont érigé leurs mairies au 19e siècle, la petite commune de Gouex a dû attendre le milieu du 20e siècle pour se doter d’un bâtiment apte à recevoir les conseillers et les agents municipaux. Bien lui en a pris ! Nichée sur les rives de la Vienne, à l'avant d'un grand parc arboré d'arbres centenaires, la Villa des Roseaux offre son cadre à la mairie depuis 1955.

C'est le député-maire Fernand Maillocheau qui propose en mars 1951 à son conseil municipal d'acheter la Villa des Roseaux susceptible d'être prochainement vendue par Madame Thonnard du Temple, la propriétaire. Il y voit la possibilité de réunir « dans un beau décor suffisamment spacieux […] la mairie, la poste et les bains douches ». À cette époque, en effet, la mairie est installée dans une seule pièce à l'arrière de l'ancienne cure, située rue Romaine, à l’étroit depuis bien longtemps.

À l’origine, une propriété dénommée la Sicarderie

La Villa des Roseaux a été édifiée à l'emplacement d'une importante propriété, dénommée « la Sicarderie », qui figure sur le plan cadastral napoléonien de 1811. Elle appartient à cette date à Jean Gabriel Savin, un riche cultivateur qui est également maire de la commune. La maison semble importante avec 1 porte cochère et 11 portes et fenêtres. Le plan montre un bâtiment en U, dont la façade antérieure semble regarder la Vienne. La propriété reste dans la famille Savin, jusqu'à sa vente par Jeanne Amélie Savin, épouse Dumas, à Armand Henri Delacoux des Roseaux le 5 octobre 1879. Il s’agit alors d’une propriété de plus de 3 hectares d’un seul tenant composée « d'une maison d’habitation et ses servitudes, écuries, granges et toits ; une cour devant et derrière ; des jardins, prés et terres labourables ».

Henri Delacoux des Roseaux est le fils de Théodore Delacoux des Roseaux, médecin à Montmorillon. Il vit à Paris et a épousé le 28 juillet 1875 Suzanne Leroy de Lenchères, à Moulismes. Les jeunes époux envisagent la construction d’une villa à Gouex, mais Henri meurt prématurément le 2 mai 1882, âgé de 32 ans. Les travaux de construction de la villa étaient engagés comme en témoigne l'inventaire après décès établi le 12 juillet 1882, faisant état des sommes dues pour la construction de la villa. Ce même document nous apprend que c'est l’architecte Beausoleil qui assure la maîtrise d’œuvre et que les travaux sont confiés pour la plupart à divers artisans de Gouex ou des environs. L’architecte Adolphe Beausoleil, né à Pressac (Vienne) en 1844 est alors connu pour son travail avec les ateliers Saint-Hilaire, fabriquant du mobilier religieux. Cet atelier a notamment réalisé 2 autels pour l’église de Gouex, dans les mêmes années. C’est, semble-t-il, la 1ère trace connue de son travail dans le domaine de l’architecture civile.

En mémoire de son commanditaire, la villa prend le nom de Villa des Roseaux, forgé dans la grille d'entrée. Remariée à Evariste Thonnard du Temple puis de nouveau veuve, Mme Delacoux vend la propriété à une SCI parisienne en 1936. C’est de cette SCI que la mairie acquiert la villa par actes du 28 mars et 10 avril 1953.

Une villa en bord de Vienne

Bien que de dimensions modestes, la Villa des Roseaux ne présente pas moins les caractéristiques d’une maison de villégiature : d’une part par la beauté du site où elle est construite, sur les rives de la Vienne, et d’autre part par l’imposante véranda demi-circulaire, ceinturée par un escalier, permettant d’admirer le parc et en toile de fond, la rivière et ses berges. Implantée en retrait de la route dans une cour fermée par un muret et une grille en fer forgé, la villa est orientée est-ouest. L'inspiration néogothique domine et se traduit par les fenêtres à croisées, les larmiers encadrant le dessus des baies décorés d’un arc en accolade, et enfin par les pinacles qui décorent les lucarnes centrales des deux façades. Le toit d'ardoise à croupe s’élève assez haut au-dessus de la corniche et est orné de 4 souches de cheminée. La façade ouest présente 3 travées d'ouvertures parfaitement symétriques s'élevant sur 4 niveaux apparents. On accède à la villa par un perron menant à la porte centrale.

L’acte de vente de 1953 nous fournit une description de l’intérieur de la villa tel qu’il se composait alors. On trouvait au sous-sol une cuisine, un office, un cellier et une cave avec une pompe ; au rez-de-chaussée, le vestibule se prolongeait par la grande véranda et desservait à gauche une salle à manger et à droite un salon et des toilettes. Les cheminées et miroirs sont toujours en place et on peut encore voir le chauffe-plat intégré dans celle de la salle à manger. Au premier étage, on trouvait 1 corridor desservant 4 chambres et 2 cabinets de toilettes et au second étage, 5 chambres et un grenier au-dessus.

Côté cour, l’ancien logement des domestiques avec une écurie et des toits se situait au nord. Il abrite aujourd’hui le bureau de Poste. Au sud, se trouvait une écurie et un garage, reconnaissable à sa porte cochère, dont l’encadrement subsiste.

À l'arrière de la villa, à l'est, s'étend le parc, dans lequel on peut admirer plusieurs arbres centenaires et, côté nord, la piscine municipale, première piscine de plein air du département de la Vienne, inaugurée en juillet 1959.

Auteur : Myriam Favreau

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