Marans, nœud hydraulique du Marais poitevin

À l'aqueduc de Puyneuf, le canal de Marans à La Rochelle, à droite, passe par-dessus le canal de la Brune, à gauche. Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 9 juin 2017
 

Marans est l'une des dernières communes traversées par la Sèvre Niortaise avant qu'elle ne se jette dans la baie de l'Aiguillon. Elle est l'ultime point de passage des eaux charriées par la Sèvre Niortaise à travers les marais mouillés (inondables) du Marais poitevin avant l'anse du Brault. La gestion de toute cette eau et d'une configuration aussi complexe a nécessité, au cours des trois siècles passés, la construction de nombreux ouvrages, canaux, barrages et autres écluses.

Carte schématique du noeud hydraulique de Marans.

Une situation géographique singulière

À Marans, la Sèvre se divise en plusieurs bras, son cours étant ralenti par le reflux de la mer à marée haute et par la faible pente du terrain (2 mètres d'altitude en amont de Marans, 2 voire 3 en aval). En amont de la cité, l'actuel canal du Bot Courant, canalisé à la fin du 18e siècle lors du dessèchement des marais de Norbeck, constitue l'un des bras les plus anciens du fleuve. Aboutissant juste en amont de la cité et du port, il devait se poursuivre au pied du château rasé en 1638, alimentant ses douves (ancienne rue des Fossés, devenue rue Gambetta).

Toujours en amont de Marans, le cours même de la Sèvre se sépare en deux bras (et même un troisième si l'on compte le ruisseau de la Fragnée) : le bras sud est celui qui passe au cœur même de la cité et qui alimente son port ; le bras nord, appelé rivière du Moulin des Marais, alimentait jusqu'au 18e siècle plusieurs moulins à eau, juste au nord du parc du Bois Dinot. Les deux bras ne se rejoignaient qu'en aval du port (au bout de l'actuel quai Foch). Au-delà, la Sèvre réunifiée poursuit encore aujourd'hui son cours sinueux à travers les marais de la Loge puis de Landelène, jusqu'au Brault.

Deux "itinéraires-bis" pour la Sèvre

L'évacuation de toute cette eau par des cours d'eau souvent trop tortueux et trop envasés pour être efficaces, pose bien des soucis à Marans tout au long de son histoire. Sa situation d’entonnoir s'accentue quand, au milieu du 17e siècle, la zone d'expansion des crues de la Sèvre est considérablement réduite par les digues des marais desséchés, de part et d'autre du fleuve. Ce phénomène nécessite alors le creusement d'un nouveau canal, le Contrebot de Vix, qui, connecté à la Sèvre, assure le rôle de "fleuve-bis" pour l'aider à écouler l'eau des marais mouillés jusqu'à la mer. À son embouchure, le Contrebot est, comme les canaux de dessèchement, équipé d'une porte. Les vantaux de celle-ci s'ouvrent à marée basse sous la poussée de l'eau du canal  évacuée, et ils se ferment à marée haute sous la poussée de la mer dont ils empêchent alors le reflux. L'ouvrage tel qu'il est visible de nos jours a probablement été édifié dans la seconde moitié du 18e siècle, succédant à une porte plus ancienne, emportée par les eaux. Cette porte est toutefois inopérante depuis que l'embouchure du Contrebot a été déplacée vers le sud au début du 19e siècle. Depuis lors, le nouveau bras du Contrebot, ou "Grand larron" (par opposition à l'ancien bras ou "Petit larron"), est lui-même équipé d'une porte, restaurée au cours de l'hiver 2016-2017.

Aider la Sèvre Niortaise à mieux écouler toute l'eau d'amont vers l'anse du Brault, en créant un "fleuve-bis", est aussi l'objectif du creusement, juste après la Première Guerre mondiale, du canal dit "canal évacuateur". Autrement appelé "canal des Boches" car creusé par des prisonniers de guerre allemands, il prend naissance bien en amont de Marans, à la limite avec L'Ile-d'Elle, et file jusqu'aux portes du Contrebot de Vix. Là, un imposant barrage mobile, équipé de vannes verticales et de portes à flot, empêche depuis 1926 la mer de s'engouffrer dans le canal.

La création du site des Enfreneaux

Le nœud marandais sur la Sèvre Niortaise est aussi une préoccupation majeure des ingénieurs des Ponts et chaussées chargés, dès la fin du 18e siècle et surtout au 19e, d'améliorer le cours du fleuve tout en perfectionnant le port de Marans. Les nombreux projets imaginés à l'époque visent d'une part, à faciliter l'écoulement de l'eau en aval de Marans, d'autre part, à éviter le reflux de la mer en amont de Marans. L'enjeu est de bien distinguer la Sèvre fluviale de la Sèvre maritime ; d'empêcher l'invasion de la première par la mer, tout en permettant sa connexion avec la seconde pour les besoins du commerce fluvial. Les différents grands programmes d'aménagement du bassin de la Sèvre, notamment celui de l'ingénieur Mesnager en 1818-1823, puis celui de Dor dans les années 1840 et celui de Sallebert sous le second Empire, poursuivent ces objectifs, en plus de la modernisation du port de Marans.

Parmi les premiers travaux réalisés, le cours de la rivière du Moulin des Marais est dévié en 1844 : ne débouchant plus directement dans le port au bout du quai Foch, son embouchure est déportée vers l'ouest, au niveau de la ferme du Grand Enfreneau. Là, un barrage mobile, à vannes verticales, transforme ce bras de Sèvre en réservoir d'eau en été et en évacuateur des crues en hiver, tout en empêchant la mer de refluer en amont. L'ancienne embouchure de la rivière du Moulin des Marais, dans le port, sera tout de même rétablie en 1868, sous la forme d'un canal dit "canal de chasse", destiné à mieux évacuer les vases du bassin du port. Après ces travaux, la rivière du Moulin des Marais ne sert définitivement plus à la navigation, mais à la seule évacuation des eaux d'inondation. Ce rôle est renforcé, en 1888, par le creusement du canal dit "canal de dérivation", équipé à sa tête d'un autre barrage mobile, et qui rejoint la rivière du Moulin des Marais en amont des Enfreneaux.

Un autre ouvrage est construit, entre 1882 et 1889, aux mêmes Enfreneaux, cette fois-ci sur le vieux lit de la Sèvre, dans le prolongement du barrage mobile de la rivière du Moulin des Marais, reconstruit par la même occasion. Ce nouveau barrage mobile, équipé de vannes verticales, verrouille la Vieille Sèvre en empêchant le reflux de la mer, tout en permettant le passage des bateaux à l'aide de l'écluse à sas qui lui est adjointe. Cette écluse n'est aujourd'hui plus en état de fonctionnement (la Vieille Sèvre n'étant plus navigable), tout en ayant gardé ses équipements (sas, portes, treuils, pont tournant...). Le dispositif autour de la rivière du Moulin des Marais et des Enfreneaux est enfin modifié en 1953 : l'étroite langue de terre qui, en amont des Enfreneaux, séparait la Vieille Sèvre de la rivière est coupée par une dérivation, à son tour équipée d'un barrage mobile à vannes verticales, juste à côté de l'écluse de tête du canal de Marans à La Rochelle.

Entre Sèvre maritime et Sèvre fluviale

En aval des Enfreneaux, la question des vieux méandres de la Sèvre, de plus en plus difficiles à emprunter par les bateaux de commerce, est, dès le 18e siècle, l'un des points de départ d'un grand projet de canal de Niort à La Rochelle, longtemps discuté et finalement décidé par Napoléon 1er. Devant passer à travers l'Aunis bien au sud de Marans, son creusement commence en 1806, mais il s'avère d'une mise en œuvre trop complexe et trop coûteuse. Il est abandonné dans les années 1840, au profit d'une part, d'un canal de Marans à La Rochelle, d'autre part, d'un canal de Marans à la mer. Leur creusement n'est pourtant pas non plus aisé : le canal de Marans à La Rochelle n'ouvre qu'en 1875 et n'est relié au port de La Rochelle qu'en 1888. Sa construction s'accompagne de celles de nouveaux ouvrages, brillants d'ingéniosité : son écluse de tête, juste en aval du port de Marans ; et les trois aqueducs qui permettent au nouveau canal de croiser les anciens canaux de la Banche, de la Brune et de la Pénissière sans que ses eaux, issues des marais mouillés, ne puissent s'engouffrer dans les trois ouvrages de dessèchement. Quant au canal de Marans à la mer, ou canal maritime, il n'est creusé qu'entre 1882 et 1891, avec une imposante écluse à son embouchure (commune de Charron). Il constitue désormais le principal cours de la Sèvre pour la navigation.

L'écluse du canal maritime, les barrages des Enfreneaux et le barrage du "canal des Boches", forment les principaux ouvrages exutoires de la Sèvre Niortaise et, ainsi, de tous les marais mouillés du Marais poitevin, tout en empêchant le reflux de la mer. L'écluse du Brault et le barrage des Enfreneaux sur la Vieille Sèvre délimitent par ailleurs côté aval le bassin à flot du port de Marans. En amont, ce bassin est fermé par un autre barrage qui sépare par la même occasion la Sèvre maritime et la Sèvre fluviale : construit à partir de 1867, le barrage éclusé du Carreau d'Or allie un barrage mobile, équipé de vannes verticales, et une écluse à sas permettant le passage des bateaux, suivant un modèle qui sera repris vingt ans plus tard aux Enfreneaux.

Remerciements à M. René Durand, de Marans, pour les informations et la documentation transmises.
Auteur : Yannis Suire.
Photographies : sauf mention contraire, Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel / Y. Suire, 2017.


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