Les peintures de la Vallée des Fresques : l'église Notre-Dame à Antigny, ses vestiges romans

Détail d'une des scènes peintes dans la nef de l'église Notre-Dame à Antigny.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 2 février 2018
 

L'église Notre-Dame à Antigny conserve des peintures murales exceptionnelles, témoins de programmes successifs sur quatre siècles. Cette découverte est consacrée aux peintures les plus anciennes, réalisées au 12e siècle, dont il reste des vestiges sur le mur nord de la nef. 

L'église Notre-Dame possède trois ensembles de peintures murales :

  • des vestiges du 12e siècle sur le mur nord de la nef ;
  • un grand ensemble du 14e siècle sur les murs nord, ouest et sud de la nef, mises au jour et restaurées au cours de deux campagnes, en 1991-1996 et en 2004-2006 ;
  • quelques scènes de la fin du 15e siècle ou du début du 16e siècle sur le mur nord de la nef, sur les piliers qui séparent la nef du chœur et surtout un grand ensemble dans la chapelle Sainte-Catherine, adossée au sud de l'église, restaurées en 1986.

Les peintures murales du 12e siècle

L'église a dû être peinte en grande partie au 12e siècle, mais seule la dernière travée du mur nord de la nef conserve ces peintures les plus anciennes, le reste ayant été remplacé par un programme peint au 14e siècle.

Le mur nord de la nef avec ses peintures romanes. Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire du patrimoine culturel / C. Rome 2016.

Elles ont été réalisées sur deux registres encadrés par un liseré rouge et ocre et séparés par un bandeau d'entrelacs. Deux saints personnages, non identifiés, sont peints sous un décor d'architecture dans l'ébrasement de la fenêtre. Celui de gauche, couronné, porte un livre et tient une sorte de bâton. Le visage du personnage à droite est détruit ; il porte une robe au riche plissé et tient un livre. Le registre supérieur, à droite de la fenêtre est mal conservé. Les jambes qui subsistent suggèrent une scène avec plusieurs personnages.

Les peintures du registre inférieur sont mieux conservées. Sur la gauche, une sainte est représentée assise sur son trône sous un décor d'architecture. Elle était identifiée par une inscription aujourd'hui illisible à part le S. pour Santa. Elle porte un voile surmonté d'une couronne. Elle présente de la main droite un objet qui n'est pas plus identifiable que l'objet qu'elle tient de la main gauche en appui sur ses genoux.

La scène de droite illustre l'enterrement d'un évêque. Au premier plan, l’évêque décédé, les yeux clos, repose en position semi-allongée dans un linceul porté par deux autres évêques. Un quatrième évêque se tient derrière le linceul, au centre de la scène. Le statut de ces quatre personnages est marqué par le port de la mitre et du manteau cérémoniel (pallium).

À l'arrière plan, à gauche et à droite de la scène, se presse une foule de personnages. Comme dans d'autres représentations du 12e siècle, l'effet de foule est rendu par la juxtaposition des visages, mais ici, tous les visages ou presque sont représentés de face ou très légèrement tournés sur le côté, alors que dans les cryptes de Sainte-Catherine à Montmorillon et de Saint-Savin, comme sur la voûte de la nef de Saint-Savin, certains visages sont représentés de trois-quarts ou de profil.

À gauche, la foule est composée de moines qui se reconnaissent à leur tonsure. Celui qui se tient en tête de cortège brandit une croix. Ils portent tous un collier de barbe et pour certains la moustache.
À droite, la foule est composée de laïcs. Au dernier rang, le deuxième personnage à partir de la droite est une femme ; ses cheveux sont recouverts d'un voile qui retombe derrière l'épaule de l'évêque qui se tient devant elle. Un autre personnage est un homme âgé au front dégarni qui porte des cheveux longs et une grande barbe.


D'autres scènes de funérailles dans l'art roman du Poitou

Certains auteurs ont suggéré que la scène figurée à Antigny pourrait correspondre à l'enterrement de saint Martin, mais en l'absence d'inscription, cela n'a rien de certain.

D'autres scènes de funérailles sont connues dans l'art roman : les funérailles d'Abraham sont ainsi peintes sur la voûte de la nef de l'église abbatiale de Saint-Savin ; les funérailles de saint Hilaire sont sculptées sur un chapiteau de l'église Saint-Hilaire et sur son cénotaphe dans la chapelle dite des Augustins à Poitiers ; les funérailles - peut-être d'un prêtre - sont sculptées sur un chapiteau de l'église Saint-Pierre à Airvault ; alors que sur un chapiteau de l'église Saint-Pierre à Melle, l'âme du défunt s'échappe au-dessus de son corps, il pourrait s'agir dans ce cas d'une Mise au tombeau [du Christ].


Références documentaires

  • Landry-Delcroix Claudine, Amelot Jean-François (photographe). La peinture murale gothique en Poitou. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2012, notamment la notice Antigny (Vienne), église Notre-Dame-de-l'Incarnation p. 228-230.
  • Angheben, Marcello ; Favreau, Robert ; Landry-Delcroix, Claudine, Riou, Yves-Jean. La vallée des fresques de Saint-Savin à Montmorillon. Association Gilbert de la Porée, 2011, p. 68-87.

Auteur : Véronique Dujardin, octobre 2016.
Photographies, sauf indication contraire : Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel / C. Rome, 2016 et 2017.


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