Les peintures de la Vallée des Fresques : la crypte Sainte-Catherine à Montmorillon

Détail d'une des scènes peintes dans la crypte de l'église Notre-Dame à Montmorillon.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 2 février 2018
 

La crypte qui se développe sous l'église Notre-Dame à Montmorillon possède un décor peint remarquable, classé au titre des monuments historiques. Ces peintures murales, de la fin du 12e siècle, sont en grande partie consacrées à la vie de sainte Catherine d'Alexandrie, d'où provient le nom qu'on attribue à la crypte.

La crypte Sainte-Catherine est ouverte au public sur demande à l'office de tourisme.

Une crypte peinte vers 1200

La crypte a été construite en même temps que l'église Notre-Dame, à la fin du 11e ou au début du 12e siècle. Les peintures murales ont quant à elles été réalisées un siècle plus tard, à l'exception de quelques repeints ajoutés à la fin de la période médiévale. Seules cinq scènes sont aujourd'hui visibles, dont trois dans l'abside.

La crypte Sainte-Catherine, sous l'église Notre-Dame à Montmorillon. © Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.


Les techniques

Lors de la restauration de 1966, qui s'est accompagnée de la dépose partielle des Vieillards de l'Apocalypse - très endommagés-- au musée des Monuments français, Marcel Nicaud a pu noter que la couche picturale a été passée à fresque (a fresco) sur un enduit de mortier fait de sable assez fin et de chaux, sans couche intermédiaire au lait de chaux. Une fois l'enduit séché, des rehauts ont été ajoutés (a tempera), comme on peut le voir ici sur le visage et le corps des anges.

Anges qui couronnent la Vierge. Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.

La couleur noire des flammes de la troisième scène et surtout du visage de sainte Catherine est due "à une réaction chimique des pigments de sels de plomb et d'arsenic, le mélange de blanc et d'orange vif donnant une carnation difficile à obtenir avec de l'ocre".

Détail du visage noirci de sainte Catherine. Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.
 

La lecture des scènes

Scène 1 : le Couronnement de la Vierge

La première scène est composée avec précision et annonce la transition entre l'art roman et l'art gothique. La Vierge à l'Enfant est peinte au centre de l'abside. Deux anges semblent voler au-dessus d'eux sur la voûte. Six saintes se répartissent de chaque côté. Catherine d'Alexandrie tient une place particulière, à cheval sur la mandorle (la forme en amande qui entoure la Vierge à l'Enfant), la main de Jésus, agrandie, est posée sur sa couronne. Assise dans un fauteuil, Marie tient Jésus assis sur son bras droit. Elle lui embrasse tendrement la main gauche et l'Enfant semble agiter ses jambes.
Catherine d'Alexandrie tient dans sa main gauche un objet circulaire, peut-être le globe surmonté d'une croix qui sera son attribut le plus courant à l'époque gothique. Elle est représentée debout, comme les cinq autres saintes. Elles sont séparées par des vases posés à leurs pieds. Les deux saintes à gauche de la scène tiennent des couronnes dans la main, alors que les trois saintes à droite - plus dégradées - ne semblent rien porter.

Ces personnages sont vêtus à la mode des années 1200. Marie porte une longue tunique blanche, un bliaud plus court orné de galons, et un long voile qui tombe jusqu'aux genoux en lui couvrant le cou mais en laissant apparaître ses cheveux au niveau du front.
Catherine d'Alexandrie et la sainte qui lui fait face sont nu-tête et portent une robe très ajustée avec des manches démesurément longues. Les quatre autres saintes ont les cheveux cachés par de longs voiles ou la capuche de leur manteau et portent des vêtements amples qui masquent leurs formes.


Scène 2 : la dispute de sainte Catherine avec les docteurs païens

Catherine d'Alexandrie est représentée assise, de trois quarts. Elle tient une grande croix dans la main gauche. Le doigt levé de sa main droite suggère la prise de parole. Une colombe semble lui souffler des conseils à l'oreille. Le personnage derrière elle est illisible. Un décor d'architecture, figurant une ville, prend place au-dessus de cette partie de la scène. À la droite de la sainte, la foule des docteurs est composée de vingt-deux personnages assis et tournés vers elle. Les visages sont peints de profil ou de trois-quarts, pour la plupart tête nue avec des cheveux longs et bouclés, généralement barbus, avec des nez très droits et des sourcils aux formes variées. Certains portent des phylactères dont le texte est devenu illisible.

Scène 3 : le martyre des docteurs convertis

La scène est mal conservée et a perdu la plupart des rehauts de peinture. Les docteurs sont regroupés dans une grande marmite et seules leurs têtes et quelques mains, tendues dans un geste de prière, dépassent du rebord du récipient. Deux âmes, à forme humaine, s'échappent au-dessus des têtes et sont recueillies par des anges. À gauche de la marmite, un personnage attise le feu.

Scènes 4 à 6

Situées sur la voûte de la nef, devant l'arc qui la sépare de l’abside, les trois dernières scènes représentent l’Agneau mystique (scène 4), entouré de part et d'autre de Vieillards de l'Apocalypse. Deux fragments de la scène 5 (à gauche), ont été déposés et sont conservés dans les collections du musée de Montmorillon. La scène 6 (à droite) a quant à elle pratiquement disparu.

Auteur : Véronique Dujardin.

Photographies, sauf indication contraire : Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.


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