Les peintures de la Vallée des Fresques : la chapelle Sainte-Catherine à Jouhet

La Création d’Ève et la Tentation d' Adam et Ève, peintes sur le registre supérieur de la retombée nord de la voûte. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. G. Beauvarlet, 2017.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 28 février 2018
 

Au cœur du village de Jouhet, sur la rive droite de la Gartempe, une petite chapelle dédiée à la Vierge et à Sainte-Catherine conserve des peintures murales exceptionnelles. Datant de la fin du 15e siècle, elles sont classées au titre des monuments historiques depuis 1906.

Cette chapelle, à vocation funéraire et aux dimensions modestes (environ 6 m sur 4,50 m à l'intérieur), est située dans l'emprise de l'ancien cimetière qui entourait l'église. Elle a été fondée le 10 juillet 1476 par Pierre du Boschage, curé de la paroisse de Jouhet, pour Jean de Moussy, dont le château de La Contour se trouve à proximité.

Les peintures murales qui couvrent la voûte et le chevet de la chapelle ont souvent été attribuées à Jean de Moussy (vers 1433-1510), mais d'après Claudine Landry-Delcroix, docteure en histoire de l'art et spécialiste des peintures gothiques, le programme de Jouhet aurait été conçu par Pierre du Boschage. Ces peintures ont été restaurées en 2005 par Hervé Langlois et son atelier.

Les différentes scènes sont séparées par des bandeaux de motifs géométriques sur les bandes horizontales et de motifs floraux et de traits ocres et noirs sur les bandes verticales.

Comme dans d'autres peintures murales, certaines scènes présentent une dégradation de la couleur chair des visages et des vêtements, devenue noire suite à une réaction chimique des pigments de sels de plomb et d'arsenic. Cette dégradation est particulièrement visible sur les scènes de la Nativité et de l'Annonce aux bergers.

L'artiste s'est attaché à peindre de nombreux détails, même si certains traits sont malhabiles, comme on peut le voir par exemple sur l'oreille d’Ève ou les pieds d'Adam et Ève. Néanmoins, les détails vestimentaires donnent des arguments sur la date de la peinture de la chapelle : comme dans la chapelle du château de Boismorand à Antigny, les chaussures sont à poulaine (à bout pointu) et les vêtements des nobles écuyers ou des bergers sont assez courts, alors que dans la chapelle adjacente à l'église d'Antigny, peinte une vingtaine d'années plus tard, les chaussures sont à bout arrondi et les vêtements plus longs.

Les fonds et les bases de certaines scènes, comme le Dit des trois vifs et des trois morts ou l'Adoration des mages, sont animés avec des animaux sur fond de prairie fleurie. Des phylactères (banderoles) portant des textes en latin expliquent la signification de nombreuses scènes.


La Genèse

Sur la retombée nord de la voûte, le registre inférieur est consacré au Dit des trois vifs et des trois morts (voir la découverte sur ce thème). Sur le registre supérieur sont peintes deux scènes tirées de la Genèse : la Création d’Ève et la Tentation d'Adam et Ève.

La Création d’Ève est une scène assez peu représentée, mais les artistes du 15e siècle connaissaient la peinture qui en a été proposée quelques siècles plus tôt, une dizaine de kilomètres plus au nord, sur la voûte de l'abbaye de Saint-Savin. Alors que Dieu tient encore dans les mains la Terre qu'il vient de créer (figurée sous la forme d'un nimbe orné d'une croix), Ève jaillit du corps endormi d'Adam sous le regard de deux anges.

Sur la scène suivante, sur un fond de prairie fleurie, Adam et Ève, cachant leur sexe derrière une feuille dentelée (figuier?), encadrent, de manière assez classique, l'arbre autour duquel s'enroule le serpent.


L'Enfance du Christ

Le cycle de l'Enfance du Christ commence à droite du mur oriental et se poursuit sur le registre inférieur de la retombée sud de la voûte de la chapelle. De gauche à droite, les scènes représentées sont les suivantes :

  • l'Annonciation ;
  • la Nativité ;
  • l'Annonce aux bergers ;
  • l'Adoration des mages.


Se préparer pour l'au-delà…

Le message porté pour le visiteur de la chapelle funéraire - même si Jean de Moussy n'a finalement pas été inhumé ici - insiste sur la vie dans l'au-delà. Le Christ en Majesté, encadré du symbole des quatre Évangélistes (Tétramorphe), a été peint sur un espace privilégié, que l'on voit immédiatement en entrant dans la chapelle, à l'extrémité orientale de la voûte. Sous ses pieds se trouve une représentation mal conservée de l'Enfer.

Avant d'être précipité en Enfer, le Chrétien doit faire attention tout au long de sa vie, morale de la légende des Trois vifs et des trois morts peinte sur la voûte du côté nord, en face d'une représentation très détaillée du Jugement dernier : un ange soufflant dans un cor réveille les âmes, sous le regard du Christ, de la Vierge et d'un ange portant une grande croix ; les Élus sont accueillis par saint Pierre, à la porte d'un château à deux tours crénelées symbolisant le Paradis.


Des saints personnages

Sur le mur est de la chapelle et dans l'ébrasement de la fenêtre, plusieurs saints sont représentés, dont probablement saint Nicolas accompagné de deux enfants et saint André portant une croix. À l'entrée de la chapelle, sur les retombées nord et sud de la chapelle, deux personnages se font face. Pour Joseph Salvini, il s'agirait de Jean de Moussy face à sa femme, Pernelle Ebrard, qui lui a apporté le château de la Contour. Mais Claudine Landry-Delcroix identifie le personnage du côté nord plutôt à saint Antoine, grâce à la présence, à la jonction avec la scène voisine, d'un cochon, attribut de ce saint, et celui du côté sud, à Pierre de Boschage, donateur de la chapelle, présenté par sainte Catherine.


Références documentaires

  • Angheben, Marcello, Favreau, Robert, Landry-Delcroix, Claudine, Riou, Yves-Jean. La vallée des fresques de Saint-Savin à Montmorillon. Association Gilbert de la Porée, 2011, p. 96-112.
  • Landry-Delcroix Claudine, Amelot Jean-François (photographe). La peinture murale gothique en Poitou. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2012, notamment p. 77-80 (Jouhet et Antigny), 159-164 (Dit des trois vifs et des trois morts), 230-233 (Antigny, chapelle et chapelle de Boismorand), 251-253 (Jouhet).
  • Salvini, Joseph. "Les ensembles décoratifs dans le diocèse de Poitiers entre la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion". Bulletins de la société des Antiquaires de l'Ouest, 3e série, tome 12, 1939-1941, p. 97-105 et 116-120.

Auteur : Véronique Dujardin, février 2018.
Photographies : sauf mention contraire  © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. G. Beauvarlet, 2017.


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