Monuments aux morts de la vallée de la Gartempe

Détail du dessin du soldat pour le monument aux morts de Saint-Germain, par Gourdon, directeur des marbreries générales, 1923. © Archives départementales de la Vienne.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 24 octobre 2018
 

C'est au lendemain des guerres de la Révolution, puis de la guerre de 1870-1871, que sont érigés les premiers monuments aux morts. La construction de ces lieux de mémoire s'amplifie après la Première Guerre mondiale, les communes et les communautés paroissiales se mobilisent pour rendre hommage aux morts et recueillir les fonds nécessaires à la construction de monuments. Les communes riveraines de la Gartempe accompagnent ce mouvement.


Les monuments de la guerre de 1870-1871

Après la guerre de 1870-1871, l'association du Souvenir français est créée pour entretenir la mémoire et les tombes des soldats morts dans ce conflit. Elle organise le rapatriement des corps et l'entretien des tombes dans les carrés militaires créés à cet effet, et érige des monuments aux morts notamment dans les cimetières des grandes villes (à Poitiers, Angoulême, etc.). Elle appose également des plaques sur certaines mairies ou écoles.

La commune de Montmorillon a ainsi dévoilé une plaque commémorative sur un mur de l'hôtel de ville le 27 mai 1901, jour de l'inauguration du monument au général de Ladmirault, dont le nom figurait en bas de la plaque : « DE LADMIRAULT, général de division, ancien combattant du 4e corps de l'armée du Rhin, décédé à Sillars, 1898 ».

Les chefs-lieux de département, d'arrondissement et de cantons sont encouragés à ériger des monuments commémoratifs. Dans la vallée de la Gartempe, un seul monument a été ainsi construit, à Saint-Savin. Conçu par l'architecte A. Duchesne et inauguré le 10 septembre 1911, ce monument se compose d'un obélisque et porte la sculpture d'un soldat allongé, signée « la Pierre plastique du Poitou » et « Pinguet et Cie ».


Les monuments de la guerre 1914-1918 : des monuments publics...

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la loi du 25 octobre 1919 sur « la commémoration et la glorification des morts pour la France » n’a pas de caractère contraignant. Chaque commune, selon ses moyens, peut faire ériger un simple obélisque de pierre ou un monument plus important. Les projets sont soumis pour avis à un comité d'évaluation artistique, qui les corrige et les commente parfois avec sévérité  : « Dessin inachevé. Faire établir par un homme de l'art un projet sur lequel les proportions seront mieux étudiées », peut-on lire dans le dossier de Jouhet, ce qui n'empêcha pas la commune de réaliser son monument selon le plan initial et de l'inaugurer sans en référer à la sous-préfecture.

À partir de 1922, une subvention peut être versée aux communes ; elle est calculée en fonction du nombre d'habitants et du nombre de morts. Ainsi, pour Lathus, la formule de calcul basée sur la population (2 190) et les combattants tués (95) donne une subvention de l’État de 1 824 francs. Le projet approuvé comprenait un devis de 18 386,38 francs, financés par 5 133,75 francs de souscriptions, 11 400 francs de crédits de la commune, la subvention calculée et le supplément par la commune pour arriver au total du devis.

Les grilles et les entourages sont parfois réalisés dans un deuxième temps. Beaucoup ont été détruits ou modifiés depuis, mais certains sont conservés comme à Saint-Rémy-en-Montmorillon (aujourd'hui commune de Lathus-Saint-Rémy).


… portant des œuvres d'artistes…

Le sculpteur Aimé Octobre avait réalisé en 1901 le monument au général de Ladmirault à Montmorillon. La ville le choisit à nouveau pour la réalisation de la République qui orne son monument aux morts de 1914-1918. Conçu par les architectes poitevins Martin et Hilaire Guinet, il est d'abord installé à une extrémité du Pont-Neuf, près de la sous-préfecture. Il est inauguré le 23 juillet 1922 par Raoul Péret, président de la Chambre des députés. En 1974, après la démolition du kiosque à musique, il est déplacé sur la place Saint-Martial, où il se trouve toujours.

Le sculpteur Aimé Octobre a également été choisi par Angles-sur-l'Anglin, sa commune natale. Il a réalisé une grande Victoire posée sur une colonne. Elle est reproduite en petit format, portée par l'homme du monument de Châtellerault, du même sculpteur.


… ou de catalogues

Plusieurs communes ont choisi quant à elles des projets présentés par des sociétés de marbreries, comme la commune de Saulgé, avec un modèle du sculpteur F. Cogné de la marbrerie parisienne Les Arts chez nous (bas-relief représentant un soldat allongé sur le dos), celle de Saint-Germain avec un soldat des Marbreries générales (enlevé depuis), ou celle de Saint-Savin avec un obélisque portant une croix de guerre et une palme en bronze (modèle n° 1012 des Marbreries générales).

Les communes de Saint-Pierre-de-Maillé et de La Roche-Posay ont choisi deux modèles proches, le Poilu baïonnette au canon pour la première et le Poilu au repos pour la seconde, du sculpteur Étienne Camus, distribué par les établissements Hector Jacomet à Villedieu dans le Vaucluse. La statue est fondue par les établissements Edmond Guichard et Cie de Castelnaudary, dans l'Aude. Un monument portant la même statue du Poilu au repos se trouve à Marans, en Charente-Maritime.


Des obélisques et des stèles portant des symboles républicains

Les autres communes ont fait le choix de pyramides, comme celle avec palme en bronze à Lathus (aujourd'hui commune de Lathus-Saint-Rémy), ou d'obélisques qui portent une croix de guerre, comme à Saint-Rémy-en-Montmorillon (aujourd'hui commune de Lathus-Saint-Rémy), à Pindray (la croix de guerre a été malencontreusement remplacée par une croix chrétienne, en principe proscrite des espaces publics), à Jouhet où elle est associée à un coq, et à Nalliers et La Bussière où elle est présentée avec une palme.

Le monument aux morts public de Vicq-sur-Gartempe, composé d'une stèle, et celui d'Antigny (un obélisque portant une croix de guerre sculptée et une palme en bronze) présentent la particularité d'avoir été implanté dans le cimetière.


Des monuments et des plaques commémoratives dans les cimetières

Des monuments ont été érigés dans plusieurs cimetières à la mémoire des paroissiens morts pour la France. Ils se présentent sous la forme d'une croix au sommet d'une colonne dans le cimetière Notre-Dame à Montmorillon, ou d'une colonne brisée dans le cimetière Saint-Martial à Montmorillon ; des tombes de Poilus, parfois avec des plaques émaillées, ont été repérées à Pindray, Jouhet, etc.


Des tableaux et des cloches dans les églises

Plusieurs paroisses ont fait appel à des ateliers pour réaliser des tableaux des morts ornés de motifs sculptés. Ainsi, le tableau des morts de Vicq-sur-Gartempe, fourni par Eugène Blanc, sculpteur à Angers, porte un soldat mourant assisté d'un aumônier, encadrés par un Poilu et un Gaulois ; celui présent dans l'église de La Bussière est inclus dans un décor architecturé.

Dans l'église Notre-Dame à Montmorillon, le tableau des morts est réalisé sur du carton peint. Un tableau de même type, signé L. Rochette et aujourd'hui conservé dans les collections de la ville de Montmorillon, se trouvait dans l'église Saint-Martial avant la mise en place du vitrail signé Louis Balmet, qui commémore les morts de la paroisse. La société de musique intercommunale du val de Gartempe conserve dans ses collections une gravure commémorant les noms de ses sept musiciens morts pour la France. D'autres tableaux des morts sont constitués d'une plaque de marbre portant la liste des morts : à Antigny, à Pindray, à Saint-Savin, à La Roche-Posay...

L'une des cloches de Jouhet, fondue en 1948 par les ateliers Louis Bollée & fils, est dédiée "A la mémoire des enfants de Jouhet / morts pour la France en 1914-1918 et 1940-1945".


Les monuments commémorant la Seconde Guerre mondiale et les conflits ultérieurs

Dans le cimetière Saint-Martial de Montmorillon se trouve un monument commémorant les quatre habitants de la ville fusillés à Ingrandes le 24 août 1944. Quelques stèles commémorent les victimes du maquis, par exemple au bord de la route à Saint-Savin. Des plaques commémorant les morts des différents conflits ont été apposées sur la quasi totalité des monuments aux morts de 1914-1918, parfois accompagnées de palmes ou autres ornements.


Références documentaires

  • Archives départementales de la Vienne, notamment T9 89 (monuments aux morts de l'arrondissement de Châtellerault), T9 92 (monuments aux morts de l'arrondissement de Montmorillon), dossiers communaux de la série 2O.
  • Pon-Willemsen, Charlotte. Les allégories de la République sur les monuments aux morts en Poitou-Charentes. Parcours du Patrimoine, n° 342. Geste éditions, 2008.

Auteur : Véronique Dujardin, novembre 2017.


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