Les peintures de la Vallée des Fresques : l'église Notre-Dame à Antigny, ses peintures gothiques

Les peintures du 14e siècle de l'église Notre-Dame à Antigny. Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. C. Rome, 2017.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 2 février 2018
 

Cette deuxième découverte sur l'église Notre-Dame à Antigny est consacrée au remarquable ensemble peint du 14e siècle qui orne la nef. Mises au jour et restaurées au cours de deux campagnes, en 1991-1996 et en 2004-2006, ces peintures s'étendaient également dans le chœur. Elles couvrent aujourd'hui la partie supérieure et médiane des murs nord, ouest et sud de l'église.

L'église Notre-Dame possède trois ensembles de peintures murales :

  • des vestiges du 12e siècle sur le mur nord de la nef ;
  • un grand ensemble du 14e siècle sur les murs nord, ouest et sud de la nef ;
  • quelques scènes de la fin du 15e siècle ou du début du 16e siècle sur le mur nord de la nef, sur les piliers qui séparent la nef du chœur et surtout un grand ensemble dans la chapelle Sainte-Catherine, adossée au sud de l'église, restaurées en 1986.

Des peintures à la détrempe

Les peintures du 14e siècle ont été réalisées en trois phases :

  • un tracé préliminaire au cordeau enduit d'ocre jaune a facilité la mise en place du décor. Il est encore visible par endroit ;
  • le dessin préliminaire des figures et les grandes masses colorées ont été peints par la technique de la détrempe (pigments mélangés à une charge) sur un badigeon frais ;
  • les détails (paupières, pupilles, etc.) et les rehauts ont été appliqués une fois que l'enduit avait séché.

Comme pour les peintures romanes de la crypte Sainte-Catherine à Montmorillon ou pour les peintures de la fin du 15e siècle ou du début du 16e siècle de la chapelle funéraire de Jouhet, la couleur noire de certains visages, nimbes ou autres détails est due à une réaction chimique d'oxydation des pigments de sels de plomb et d'arsenic.

Les registres sont encadrés par des bandes ocres et rouges et des motifs végétaux ou géométriques. Sur les registres supérieur et médian, les scènes sont séparées par des motifs végétaux.

La vie du Christ, de la Passion à la Résurrection

Le registre situé à hauteur des fenêtres est consacré à l'histoire de Jésus. Les scènes se lisent de gauche à droite, en commençant par le mur sud.
Les peintures de dernière travée de la nef ayant disparu, il n'est pas possible de dire quelle était la première scène représentée. Il n'en subsiste qu'un personnage auréolé, à droite de la troisième fenêtre. Le cycle commence donc aujourd'hui par l'entrée de Jésus dans Jérusalem.

La Cène

Peinte entre la première et la deuxième fenêtre, la Cène se poursuit dans l'ébrasement gauche de la première fenêtre, où trois convives sont représentés. Ce découpage explique la position décentrée de Jésus sur le mur sud. Figuré un peu plus grand que les apôtres et auréolé d'un nimbe selon la représentation habituelle, le Christ caresse les cheveux d'un apôtre (Jean?) assis sur ses genoux et qui semble endormi.

Le Lavement des pieds, le Baiser de Judas

Toujours sur le mur sud, dans la première travée de la nef et sur l'ébrasement droit de la première fenêtre, Jésus, auréolé et penché en avant, lave les pieds d'un apôtre, tandis qu'un autre apôtre (figuré dans l'ébrasement de la fenêtre) attend son tour.
Cette scène est suivie du Baiser de Judas, puis, sur la partie dégradée à l’extrême droite du mur, d'une scène aujourd'hui disparue.

La Passion du Christ

Les scènes du mur ouest sont très dégradées. On y reconnaît cependant, à gauche de la fenêtre, la pendaison de Judas et la flagellation du Christ, et, à droite, le portement de croix et la Crucifixion.

De la mise au Tombeau à la Pentecôte

Sur le mur nord, le récit se poursuit, dans l'ordre, par :

  • l'ensevelissement du Christ (mise au Tombeau)
  • les saintes femmes au Tombeau
  • la descente aux limbes
  • peut-être l'apparition de Jésus à Madeleine dans l'ébrasement de la fenêtre
  • l'Ascension
  • la Pentecôte

Le Jugement dernier

Le Jugement dernier a été peint sur la partie supérieure du mur ouest de la nef, au revers de la façade. Il est pour partie masqué par les poutres de charpente. Les âmes, représentées par des personnages dénudés, sortent des cercueils. Les damnés sont dirigés vers le diable et le feu de l'Enfer alors que les Élus sont reçus au paradis. Au sommet du pignon, le Christ trône en Majesté.

Les figures des saints

En-dessous des scènes de la vie du Christ, en partie médiane des murs sud, ouest et nord, figurent des épisodes de la vie des saints, principalement leur martyre, ainsi que deux saints : saint Louis et saint Christophe. Ces derniers sont représentés sur la hauteur correspondant aux deux registres, dans la dernière travée de la nef, juste avant les peintures murales du 12e siècle conservées par les peintres du 14e siècle.

La lecture s'effectue de gauche à droite en commençant par le mur sud ; il manque les premières figures détruites par le percement de la chapelle Sainte-Catherine dans le deuxième quart du 15e siècle.

Sur le mur sud

Sur le mur sud sont conservées : les martyres de saint Laurent, saint Blaise et saint Barthelémy ; la décollation de saint Jean Baptiste ; Salomé remet la tête de saint Jean-Baptiste à Hérodiade (sa mère).

Sur le mur ouest

Sur le mur ouest, de part et d'autre de la porte les fragments sont épars, on distingue un roi, un saint évêque, un autel avec un calice et une croix.

Sur le mur nord

Sur le mur nord, les scènes se succèdent ainsi :

  • un saint est martyrisé sur une échelle (saint Léger?) ;
  • une scène de lapidation (probablement saint Étienne), sous l’œil d'un roi assis sur son trône ;
  • saint Georges terrassant le dragon, dont la queue se termine en multiples têtes ;
  • la charité de saint Martin.

Viennent ensuite, à droite de la deuxième fenêtre, les deux grandes figures de saint Louis et saint Christophe. Ce dernier est représenté avec Jésus qui le domine, en buste, et lui tire les cheveux.

Les peintures du 15e et du 16e siècles

Une scène dite du « Dict des trois vifs et des trois morts » a été peinte au début du 15e siècle sur le registre inférieur du mur nord de la nef. La même scène a été peinte à nouveau, à la fin du 15e siècle, dans la chapelle Sainte-Catherine, adossée au sud de l'église. La version la plus ancienne connue de cette légende remonte à 1280 ; elle a connu ensuite un grand succès. Elle raconte l'histoire de trois cadavres qui s'adressent à trois jeunes gens représentés à pied ou à cheval, richement parés et le plus souvent en train de chasser. Cette scène est ici très dégradée. À la même époque, un zodiaque est peint sur l'arc séparant la nef du chœur.

Des croix et des graffiti

Des croix sont peintes à plusieurs périodes et se superposent aux peintures antérieures, notamment dans les parties basses des murs nord et sud de la nef. Sur le mur sud, une frise décorative se mêle à des fleurs de lys, à des croix et des graffiti («  Pierre cuisinier », « Charles […] », «  Léon », « Jean », « Louis », « Louys [?] pieu [?] », etc.).

Références documentaires

  • Landry-Delcroix Claudine, Amelot Jean-François (photographe). La peinture murale gothique en Poitou. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2012, notamment la notice Antigny (Vienne), église Notre-Dame-de-l'Incarnation p. 228-230.
  • Angheben, Marcello ; Favreau, Robert ; Landry-Delcroix, Claudine, Riou, Yves-Jean. La vallée des fresques de Saint-Savin à Montmorillon. Association Gilbert de la Porée, 2011, p. 68-87.

Auteur : Véronique Dujardin, octobre 2017.
Photographies, sauf indication contraire : Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. C. Rome, 2016 (murs nord et sud) et 2017 (mur ouest).

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