Les phares de l'estuaire de la Charente

Phare de l’île d’Aix. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, R. Jean, 2013.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 20 juin 2022
 

Les bateaux sont guidés, dans le pertuis d’Antioche et l’embouchure de la Charente, par sept phares qui signalent les récifs à éviter et indiquent la direction à prendre. Ces ouvrages marqueurs du paysage, édifiés entre 1680 et le début du 20e siècle, témoignent aujourd’hui de l’histoire de la navigation et des améliorations techniques pour la signalisation maritime et fluviale.

Découverte des phares de l'estuaire de la Charente en vidéo

Ce mini documentaire de 7 minutes sur les phares de l'estuaire de la Charente appartient à un cycle de vidéos consacrées au patrimoine maritime et fluvial de la région, dans la collection Vidéoguide Nouvelle-Aquitaine.

Voir la carte des phares en bas de l'article

 

Naviguer vers Rochefort à la fin du 17e siècle

Le phare des Baleines dans l’île de Ré et celui de Chassiron à la pointe du Bout du Monde dans l’île d’Oléron sont construits sur ordre de Colbert, d’après les plans de l’ingénieur Augier, après la création d'un arsenal à Rochefort. Ils signalent aux vaisseaux de guerre et de commerce les rochers extrêmement dangereux des Baleines et d'Antioche, qui ont provoqué de nombreux naufrages, et les guident vers les havres de La Rochelle, des îles de Ré, d'Oléron et d’Aix. Ce dernier, situé à l’embouchure de la Charente, est alors très important puisqu’il sert de lieu de mouillage et d’armement aux vaisseaux du roi construits dans l’arsenal de Rochefort.

Le phare des Baleines est terminé en 1682, celui de Chassiron en 1685. Avec le phare de Cordouan, construit à la fin du 16e siècle, ils sont parmi les premiers phares de France. L'entretien de ces ouvrages est financé par des droits payés par chaque navire entrant dans les rades de La Rochelle, Ré, Oléron et Aix. Deux foyers, à l’air libre et alimentés au bois, sont allumés au sommet de la tour de Chassiron, de façon à nettement différencier cette dernière de la tour des Baleines, signalée par une lanterne en pierre vitrée éclairée par un feu brûlant de l’huile de poisson.

 

De nouveaux systèmes d’éclairage

Les systèmes d’éclairage évoluent et les foyers des deux phares sont alimentés au charbon avant 1717 pour Chassiron et en 1736 pour le phare des Baleines. Ce dernier est doté la même année d’une lanterne en fer forgé en remplacement de celle en pierre. Trois ans avant, une lanterne avait été aménagée sur le phare de Chassiron.

Dans les années 1780, les phares des Baleines et de Chassiron, comme celui de Cordouan, sont équipés de réverbères à réflecteurs, mis au point par Pierre Tourtille-Sangrain (1727-1804), entrepreneur de l'éclairage des rues de Paris. Ce sont de grands appareils munis de nombreux réflecteurs métalliques, sphériques, de 20 à 30 centimètres d’ouverture, fixés sur des arceaux et associés à des lampes à huile à mèches plates. Ces réflecteurs sont au nombre de 80 à Cordouan. Cependant, ce nouveau système ne s'avère pas aussi performant qu’espéré, la puissance de l’éclairage est moindre qu’avec les anciens foyers à charbon. A l'image de Cordouan en 1791, des réflecteurs paraboliques en cuivre, des lampes à mèche cylindrique et à double courant d'air mises au point par Argand et un système de rotation viennent augmenter la puissance de la lumière émise dans les deux phares charentais.

L’état des deux phares se détériore, mais ils restent cependant, jusque dans les années 1820, les seuls fanaux existants pour signaler l’entrée dans la Charente, avec les points de repères – amers – que constituent les moulins de l’île d’Aix et de Saint-Laurent-de-la-Prée, et le clocher de Saint-Nazaire-sur-Charente.

 

La modernisation des phares des Baleines et de Chassiron

La création du service des phares, dirigé par les ingénieurs des ponts et chaussées, puis celle de la commission des phares et balises en 1811 entraînent une réflexion nationale sur l'éclairage et sur la sécurité en mer. Les phares sont classés par ordre d'importance, le premier étant celui des phares de plus grandes portées qui signalent la côte depuis le large, comme ceux des Baleines et de Chassiron. Établis de distance en distance, sur les pointes les plus extrêmes et sur des tours très hautes, leurs feux sont diversifiés de telle sorte que le navigateur puisse identifier le phare qu’il aperçoit.

Dans un premier temps, en 1820, la tour des Baleines est dotée d’un feu tournant à éclipses avec réflecteurs, de manière à augmenter sa visibilité. Un an plus tard, le dispositif d'entrée dans la rade de l'île d'Aix est complété par un feu installé sur une structure en bois dans le fort de la Rade, au sud de l'île, qui complète de l'autre côté de la passe celui de Chassiron.

Le dispositif est complètement revu à partir des années 1830. Les recherches menées par la commission des phares et balises pour améliorer les systèmes d’éclairage ont alors abouti à l’invention par l'ingénieur et physicien Augustin Fresnel (1788-1827) d’un système lenticulaire ; des lentilles de miroir en verre, taillées en forme d’anneaux concentriques et placées devant les lampes, concentrent dans la même direction les rayons de lumière et en augmentent la puissance. Ce système est installé vers 1830 à Chassiron, mais la hauteur de 27 mètres de la tour limite la portée de son signal.

Devant l’impossibilité de surhausser les tours du 17e siècle, deux nouvelles tours, beaucoup plus hautes, sont édifiées à Chassiron en 1836 et aux Baleines en 1854. Ces nouvelles constructions sont érigées à côtés des anciennes, dont ne subsiste de nos jours que celle des Baleines, celle de Chassiron ayant été démolie dès 1836. Les nouveaux phares sont dotés des dernières technologies en matière d'éclairage, consistant en un système lenticulaire associé à une lampe à huile végétale (colza) dotée de quatre mèches, avec une pompe et un régulateur à ailette permettant l'alimentation constante en huile. 

 

La signalisation de la rade de l’île d’Aix et de l’embouchure de la Charente

Une série de nouvelles installations vient sécuriser l’entrée dans la rade de l’île d’Aix. La structure de bois dans le fort de la Rade est remplacée en 1841 par une tour cylindrique supportant un feu fixe. En outre, une balise faite d'une charpente métallique est installée sur le rocher d'Antioche en 1858, en complément du phare de Chassiron. Dix ans plus tard, quatre feux directionnels sont construits à Fouras et à Port-des-Barques ; sur chaque rive, l'alignement de deux tours de hauteur différente donne la direction à prendre par les bateaux pour leur entrée dans la Charente la nuit. Puis, en 1880, la tour de vigie de fort Boyard est transformée en phare pour éclairer la rade et le pertuis. Cette année-là, le phare des Baleines est électrifié, en même temps que douze autres jugés les plus importants de France ; les machines électriques sont actionnées par des moteurs à vapeur, et des machines magnéto-électriques produisent une lumière beaucoup plus intense. Enfin, en 1895, le phare de Chassiron est équipé de manière à être alimenté par du gaz.

  • Dans les années 1880, le navigateur qui se rend à Rochefort est guidé, après l'entrée dans le pertuis d'Antioche, par le phare de l'île d'Aix, deux balises dites de Jamblet et de Tridoux, les forts d'Enet et de Boyard, le château de Fouras, une balise à l'extrémité de la jetée sud de Fouras, des bouées dites des Palles, de la Sablière, des Fontenelles et de la Mouclière. A l’embouchure de la Charente, les bateaux sont alors dirigés par les feux directionnels de Fouras et de Port-des-Barques, une balise à Port-des-Barques, trois moulins dits de Saint-Laurent, de Port-des-Barques et du Maréchal, ainsi que par le clocher de Saint-Nazaire-sur-Charente.

 

Le renforcement de la signalisation dans le pertuis et l’entrée dans la Charente

Les travaux portent par la suite sur l'amélioration du signalement de différents écueils. En 1889, le phare de l'île d'Aix est complété par une deuxième tour portant un filtre qui, en interceptant les éclats émis par le feu, crée un faisceau lumineux pour indiquer les récifs d'Antioche et le banc de sable de Boyard. En 1919 est édifié le phare de Chanchardon, en pleine mer, au nord du pertuis et, en 1924, la balise d'Antioche, complément du phare de Chassiron en mer, est remplacée par une tourelle dotée d'une lampe et d'un signal sonore.

Les feux de direction de Soumard à Fouras, démolis par les troupes allemandes en août 1944, sont reconstruits quatre ans plus tard. Par la suite, les transformations des différents ouvrages ne concernent plus que leur système d’éclairage ; tous sont raccordés au réseau électrique dans les années 1950. Puis, plus tard, ils sont automatisés, ce qui provoque l’arrêt de leur gardiennage.

Avec l’apparition des systèmes de navigation modernes, la question de la conservation des phares se pose actuellement. L’ancienne tour des Baleines est protégée au titre des monuments historiques en 1904, tandis que le phare de 1854, comme celui de Chassiron de 1836, le sont en 2012, et celui de l’île d’Aix en 2011. Cordouan et la tour des Baleines sont, de nos jours, les deux plus anciens phares de France.

Auteur : Pascale Moisdon, juin 2022.

 

Carte des phares de l'estuaire de la Charente

Carte d’Etat-Major, 1866, IGN (géoportail).

1 -  Vieille tour des Baleines et phare des Baleines

2 -  Phare de Chanchardon

3 -  Phare de Chassiron

4 -  Tourelle d'Antioche

5 -  Phare de l'île d'Aix

6 -  Feux directionnels de Fouras

7 -  Feux directionnels de Port-des-Barques

 

 

 

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