Les forts de l'embouchure de la Charente

Vue aérienne de fort Lupin. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire du patrimoine culturel, Dragonfly, 2021.
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Dans le but de protéger l’arsenal de Rochefort, construit à partir de 1666, quatorze forts et redoutes sont édifiés de part et d’autre de l’embouchure de la Charente entre la fin du 17e siècle et les années 1860. Ces ouvrages sont destinés à empêcher les flottes ennemies d’accéder à la rade de l’île d’Aix, où s’arment les navires rochefortais, au fleuve et au site stratégique de l’arsenal.

 

Découverte des forts en vidéo

Ce mini documentaire de 7 minutes sur les forts de l'embouchure de la Charente appartient à un cycle de vidéos consacrées au patrimoine maritime et fluvial de la région, dans la collection Vidéoguide Nouvelle-Aquitaine. Les épisodes suivants verront le jour au rythme d’un par mois…

Une première défense mise en œuvre dans l’urgence

Avant la construction de l’arsenal, seul le château de Fouras, attesté dès le 11e siècle, exerce un certain contrôle sur l’entrée du fleuve. Au début des années 1670, la menace d’un débarquement de troupes hollandaises entraîne l’établissement de batteries (petits groupes de canons protégés par des levées de terre) sur la rive droite du fleuve : deux à Vergeroux et une au sud de Fouras, dite fort Vasou. Au nord de de Fouras, une redoute (ouvrage de plan carré associant un poste de tirs, un corps de garde et un magasin à poudre), dite de l’Aiguille, barre l’accès au bourg depuis le nord. Tous ces ouvrages, construits à la hâte sous la direction du chevalier de Clerville, sont constitués de levées de terre qui se dégradent très vite.

Les fortifications de Vauban et Ferry

Après le décès du chevalier de Clerville en 1678, Sébastien Le Prestre Vauban (1633-1707) devient commissaire général des fortifications du royaume. A ce titre, il commande et contrôle les projets élaborés par François Ferry (1649-1701), ingénieur du roi et directeur des fortifications pour la façade atlantique au sud de la Loire. Leur stratégie s’appuie sur le croisement des feux entre les forts et les batteries. Ainsi, entre 1683 et 1710, vont être construits le fort Lupin sur la rive gauche du fleuve, le fort de la Rade dans la pointe sud de l’île d’Aix, ainsi qu’une redoute dans l’île Madame. Dans le même temps, la redoute de l’Aiguille est remaniée, le fort Vasou (Saint-Nazaire-sur-Charente) reconstruit, tandis que le château de Fouras est transformé en fort avec des canons installés sur la terrasse du donjon et la construction d’une fausse-braie (terre-plein en contrebas des remparts) du côté de la mer pour assurer un étagement des tirs. Ces différents points fortifiés, renforcés par des batteries, couvrent l’entrée du fleuve depuis l’île d’Aix jusqu’à Vergeroux pour la rive droite, de l’île Madame jusqu’au fort Lupin pour la rive gauche.

Les forts Lupin, de Fouras et de la Rade ont en commun l’association d’une batterie basse semi-circulaire côté fleuve avec une tour-donjon côté terre, servant de réduit (ouvrage pour l’ultime défense). La batterie basse permet des tirs rasants et en éventail sur près de 200 degrés, tandis que la tour permet des tirs plongeants sur les navires ennemis.

Des améliorations défensives apportées au cours du 18e siècle


Entre 1715 et 1760, hormis la construction d’une redoute à Vergeroux, les travaux concernent surtout des consolidations et reconstructions à la redoute de l’Aiguille, au fort Vasou et au fort de la Rade dans l'île d'Aix. Puis, face à une nouvelle menace anglaise, la défense avancée de l'arsenal est renforcée dans les années 1760-1770. La construction de nouveaux forts est commencée, ceux de Piédemont et Chagnaud à Port-des-Barques sur la rive gauche, et celui du Treuil à Fouras. Le fort de la Rade, mis à sac en 1757 par les Anglais, fait également l’objet de travaux de reconstruction. Cependant, seuls les forts du Treuil et de Piédemont sont terminés avant les évènements révolutionnaires qui mettent un coup d’arrêt aux chantiers des forts Chagnaud et de la Rade.

Les grands travaux napoléoniens

Bonaparte, Premier consul, crée en 1801 une commission pour l’étude de la défense de la rade de l’île d’Aix. La faiblesse de cette dernière est d’ailleurs confirmée par la bataille des brûlots anglais (navires incendiaires sans équipage) en 1809, qui met en déroute l’escadre rochefortaise. D’énormes travaux sont entrepris, qui comprennent la construction d’un fort sur le rocher d’Enet, la fortification de l’île d’Aix dont la reconstruction du fort de la Rade, l’édification du fort Liédot, ainsi que le défi représenté par l’implantation d’un fort sur le banc de sable immergé de Boyard (ces deux derniers chantiers vont se prolonger jusqu’en 1860). Des batteries sont en outre installées dans les îles Madame, d’Aix et d’Oléron (Saumonards et Boyardville à Saint-Georges-d'Oléron).

En ce début du 19e siècle, l’architecture sérielle commence à devenir le propre de l’architecture militaire. C’est le plan du fort Liédot qui est adopté, en 1811, par le comité des fortifications comme le prototype d’une « redoute-modèle n°1 pour 500 hommes ». Ce sont aussi deux tours-réduits « type 1811 » qui sont édifiées à Boyardville et aux Saumonards (Saint-Georges-d'Oléron).

Une obsolescence rapide

Entre la fin des années 1840 et les années 1860, de nouvelles tensions avec l’Angleterre entraînent la transformation des ouvrages les plus stratégiques afin d'augmenter leur résistance. Sont ainsi renforcés le fort Vasou, le fort de Fouras, d'Enet, la redoute de l'île Madame, la batterie circulaire du fort de la Rade, la batterie de Coudepont et, sur l'île d'Oléron vis à vis du fort Boyard, les ensembles fortifiés des Saumonards et de Boyardville à Saint-Georges-d'Oléron. Ces constructions font appel à des plan-types conçus par des ingénieurs militaires comme la « caserne casematée pour 250 hommes », qui vient remplacer l’un des côtés de la redoute de l’île Madame en 1849, ou le corps de garde, « modèle crénelé 1846 n° 2 modifié pour 50 hommes », édifié à Coudepont sur l’île d’Aix en 1861.

Dès les années 1860, l’évolution de l’artillerie avec les canons rayés, puis avec les obus-torpilles, développe une portée, une puissance et une précision qui rendent les ouvrages de défense de la rade de l’île d’Aix et de l’entrée dans la Charente obsolètes et inutiles. Parallèlement, le port militaire de Rochefort tombe en désuétude du fait de la difficulté de son accès par des bateaux à fort tirant d'eau. Dans ce contexte, la majorité des forts est déclassée par la loi du 27 mai 1889. Certains disparaissent comme le fort Chagnaud, jamais terminé, le fort du Treuil, dès 1890, et le fort de Piédemont, après 1925.

Ultérieurement, c’est une protection au titre des Monuments historiques, l’achat par des particuliers ou une mise en valeur touristique, qui sauvent les autres ouvrages de la ruine, le destin de fort Boyard devenu vedette du petit écran étant tout à fait particulier.

Auteur : Pascale Moisdon, mai 2022.

La carte des forts de l'embouchure de la Charente

Fond de plan : carte de l’Etat-Major, 1866, feuille de La Rochelle, partie sud-ouest. 

 

 

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