Les ports et la navigation sur la Charente

La navigation devant le port de Tonnay-Charente, vers 1860. Mercereau Charles. (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel / (c) Médiathèque Michel-Crépeau, La Rochelle.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 6 mai 2022
 

Le fleuve Charente, naturellement navigable entre Cognac et son embouchure, a de tout temps favorisé les échanges entre la côte et l’arrière-pays. Cependant, divers obstacles rendaient le trafic incertain, notamment avec l’accroissement de la taille des bateaux. Des aménagements, effectués au cours du 19e siècle, ont amélioré la navigabilité et donné aux ports leur apparence actuelle.

Découverte de la navigation sur la Charente en vidéo

Ce mini documentaire de 7 minutes sur la navigation sur la Charente appartient à un cycle de vidéos consacrées au patrimoine maritime et fluvial de la région, dans la collection Vidéoguide Nouvelle-Aquitaine. Les épisodes suivants verront le jour au rythme d’un par mois…

La navigation avant l’arsenal

Les emplacements des ports ont été choisis pour leur adaptation au chargement et au déchargement de marchandises et pour leur desserte par une ou plusieurs voies terrestres. Cinquante-cinq ports ont été ainsi repérés, dont une majorité dénuée d’aménagement spécifique visible de nos jours ; de simples madriers y servaient entre le bord de la gabare et la berge pour charger et décharger. Les ponts étant rares, près de la moitié des ports disposaient d’un passage d’eau par bac.

Des fouilles subaquatiques, menées depuis une trentaine d’années, ont démontré que de grosses embarcations fluvio-maritimes circulaient déjà sur le fleuve au haut Moyen Âge. Par ailleurs, des sources écrites mentionnent l’existence d’un certain nombre de ports à partir du 11e siècle, comme ceux de Port-de-Lys et Montalut à Salignac, Taillebourg et Saint-Savinien. Pour ce trafic fluvial, des bateaux à fonds plats sont construits par des charpentiers locaux. Les archives attestent de deux chantiers exceptionnels menés à Saint-Savinien pour la réparation des galères royales en 1299 et à Taillebourg pour la fabrication d’une caraque de 1200 tonneaux en 1508.

En aval de Cognac, les bateaux sont halés à bras d’hommes, hormis dans certains endroits de hauts fonds qui nécessitent le secours d’attelages de boeufs. Aux 15e -16e siècles, les céréales, le vin, la pierre extraite dans la vallée et le bois sont les principales marchandises transportées à la descente, tandis que le sel est remonté pour être commercialisé dans l’arrière-pays et les régions du centre de la France. Tonnay-Charente est le port de rupture de charge entre les navigations fluviale et maritime ; là sont transvasées les marchandises exportées vers l’étranger ou vers les ports de la façade atlantique, surtout La Rochelle.

L’évolution aux 17e et 18e siècles

En 1666, l’implantation de l’arsenal à Rochefort transforme la vallée en occasionnant un fort accroissement de l’activité maritime et fluviale. Le fonctionnement de l’établissement militaire nécessite en effet un important approvisionnement qui arrive en grande majorité de l’arrière-pays par la voie d’eau. Sont ainsi transportés les pierres, les bois merrain (pour la fabrication de tonneaux), de construction et de chauffage, les fers, les canons, et les denrées alimentaires (vin, eau-de-vie, farine, noix, etc.). Ces marchandises sont embarquées depuis une succession de ports en amont, de plus ou moins grande importance, sur des bateaux d’une trentaine de tonneaux le plus généralement.

Ce trafic fluvial conséquent est perturbé par des difficultés de navigation causées par la faible profondeur du fleuve, les hauts-fonds, les périodes d’étiage et de crue, les flux et reflux des marées, les obstacles à l’accostage, qui rendent imprévisibles la durée des voyages ; cinq jours sont nécessaires en général pour un aller-retour entre Saintes et Tonnay-Charente, mais le trajet peut s’étaler sur plusieurs jours supplémentaires.

Des transformations au 19e siècle

A partir des années 1830 et jusqu’à la fin du siècle, l’amélioration de la navigabilité du fleuve devient une préoccupation majeure des ingénieurs des ponts et chaussées, avec l’aménagement de deux canaux latéraux pour éviter des hauts-fonds à Chaniers et Saint-Savinien, la construction de quais et de cales dans les principaux ports, la rénovation des chemins de halage, ainsi que le dragage et la suppression d’écueils dans le lit de la Charente. Toutefois, en même temps que ces améliorations sont effectuées, les gabarits des bateaux, désormais tractés à la vapeur, augmentent, ce qui limite l’effet positif des nouveaux aménagements. Puis, la concurrence du train, avec l’ouverture, en 1867, de la ligne de Rochefort à Cognac aménagée dans la vallée, entraîne une baisse continue du fret fluvial et, par conséquent, des activités portuaires.

Depuis le déclassement des voies navigables de France de la Charente entre Cognac et Tonnay-Charente, en 1957, les ports n’ont plus qu’une activité de plaisance.


 
Auteur : Pascale Moisdon, avril 2022.

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