Port d'Envaux, un port actif pour l'embarquement de bois et de pierre

Port-d'Envaux. ©  Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, C. Rome, 2019.
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  • Mis à jour le 8 février 2021
 

Sur la rive gauche d’un méandre de la Charente, la petite cité de Port-d’Envaux conserve les traces du passé commercial et industrieux de son port, situé entre ceux de Saint-Savinien et de Taillebourg. Contrairement à ces derniers, il n’a pas bénéficié, au 19e siècle, des aménagements pourtant prévus par les ingénieurs des Ponts et Chaussées. De nos jours, malgré son aspect bucolique, le chemin aménagé le long du fleuve sur plus de 500 mètres révèle l’histoire économique des lieux.

Le port de la paroisse de Saint-Sornin-de-Séchaud

Jusqu’en 1853, le port d’Envaux est un lieu-dit de la la commune de Saint-Saturnin-de-Séchaud, ancienne paroisse de Saint-Sornin-de-Séchaud. Son importance est alors telle qu’il devient le chef-lieu de la commune, qui prend le nom de « Port-d’Envaux », reléguant l’ancien bourg en écart. Actif vraisemblablement depuis l’Antiquité, il est surtout connu par les archives des 17e et 18e siècles. L’ingénieur Claude Masse note à son propos en 1718 : « il s'y fait un commerce considérable surtout en fagots et autres bois à brûler, vins et eaux de vie et autrefois beaucoup de pierre de taille, de la chaux et brique ». En 1741, dix-sept barques de Port-d’Envaux sont enregistrées par l’amirauté de La Rochelle, elles ont une capacité de 25 à 48 tonneaux et appartiennent à des propriétaires différents. Dans les années 1760, par le nombre de navires qui lui sont attachés, l’importance de ce port est équivalente à ceux de Taillebourg et de Saint-Savinien. Rien ne permet de savoir en revanche à quoi il ressemble alors. Une cale, toujours visible, est créée dans sa partie sud vraisemblablement à la fin de ce siècle pour servir à la construction et au carénage des bateaux. L'aspect cossu des demeures qui bordent le port témoigne de l'aisance financière d'une partie au moins de la population.

Une intense activité commerciale

Au début du 19e siècle, comme la plupart des ports de la Charente, celui de Port-d'Envaux n’est pas public, la rive appartient à des propriétaires privés qui l’utilisent pour entreposer les marchandises à convoyer par la voie d’eau ou qui la loue pour le même usage. Ces marchandises consistent surtout en bois et pierre. Le halage se pratiquant sur la rive droite, ces dépôts ne gênent pas la circulation des bateaux. Le bois de construction ou de chauffage à expédier, surtout vers La Rochelle et l’île de Ré, est stocké sur ces différents ports « particuliers ». La pierre extraite des carrières de Crazannes est embarquée soit au port d’Envaux soit, en aval, à celui de l’Anglée, dit aussi de la Touche, sur la commune du Mung, en fonction de son lieu d’extraction. Les énormes blocs sont rapprochés autant que possible du bord du fleuve au moyen de charrettes pour faciliter ensuite leur embarquement

En 1839, dans sa Statistique du département de la Charente-Inférieure, Gautier décrit ainsi Port-d’Envaux : « Les occupations et les mœurs de ses habitants contrastent essentiellement avec celles des autres habitants de la commune : ils ne sont aucunement adonnés à l'agriculture ; leur port étant le lieu de dépôt d'une immense quantité de pierres de taille, dites de Crazannes, de bois de charronnage, de bois de chauffage qu'on y apporte des taillis de la commune et de celles circonvoisines, leur industrie s'est, de tous temps, appliquée à la marine et au commerce ; aussi n'y a-t-il que des propriétaires, des capitaines de barques, des marchands, des marins, des charpentiers et autres artisans, une corderie et un café. On y construit parfois des barques de 30, 40 et 50 tonneaux. »

À cette époque existe pour traverser le fleuve un service de bac pour lequel est établi par l’administration des Ponts et chaussées un chemin sur la rive droite, qui rejoint le hameau de la Brossardière. Sur la rive gauche, la cale d’embarquement se situe dans la partie sud du port, à côté et à l’aval de la cale de carénage. Ce passage est desservi par trois bateaux de grandeurs différentes : un gabarot, un gaillon et un batelet.

Des projets d’aménagement au 19e siècle

Dès 1834, dans ses projets d'amélioration de la navigation de la Charente, l'ingénieur Dor prévoit pour ce port la construction d'un mur sur une longueur de 550 mètres et de trois cales d'abordage. Pour ce faire, les propriétaires riverains doivent concéder gratuitement à l'Etat 6 mètres de largeur à partir des berges, qui sont déjà appelées « quais ». En raison du refus des propriétaires, le projet n'est pas réalisé et le budget prévisionnel sera finalement alloué pour l’aménagement du Port-la-pierre à Saint-Vaize dans les années 1880.

Port-d’Envaux est encore très actif dans les années 1850, des navires y sont construits, dont un de 300 tonneaux bâti dans un chantier nouvellement établi. Puis, les travaux, réalisés en 1875 en aval à Saint-Savinien pour améliorer la navigabilité du fleuve, facilitent la remontée des bateaux de mer jusqu'à lui, et notamment ceux affectés au transport de la pierre.

Dans les années 1880, le développement d’une scierie et fabrique de moyeux, ainsi que d’un négoce de cognac, créés par Benjamin Ferret, issu d’une famille locale de marins et d’armateurs, associé à Jean-Alexandre Sicot de Saint-Porchaire, contribue à renforcer le trafic du port par lequel s’exporte toute la production.

Dans le cadre de l’amélioration de la navigabilité du fleuve, des travaux de dragage sont réalisés dans les années 1890 de manière à porter à 3 mètres le tirant d’eau minimum devant le port, dont les hauts fonds gênaient le trafic. Les murs des quais qui bordent la cale de carénage et les escaliers d'accès sont construits par les riverains vers la même époque, et quelques propriétaires des berges font de même le long de leurs propriétés.

Une baisse inexorable du trafic

Dans les années 1900, malgré la concurrence de la voie ferrée, la voie d’eau est néanmoins empruntée pour le transport des pondéreux. Ainsi, les caboteurs chargent-ils encore à Port-d’Envaux des pierres de taille de Crazannes, du bois de chauffage, du bois de charronnage, ainsi que les vins et les liqueurs produits par la distillerie de Léon Stainer, placée à peu près au centre du port. Mais peu à peu, ce trafic s’amenuise et disparaît. Parallèlement et consécutivement, les travaux de construction et de carénage de navires cessent également.

Dans les années 1920, les terrains qui servaient de dépôts de marchandises sont clos et transformés en jardins, ce qui laisse la place à un chemin en bordure du fleuve. La cale de carénage est en partie comblée pour y établir une plage et un espace de baignade pour l'été, tandis que, plus tard, deux pontons flottants sont aménagés au sud du port pour servir à la plaisance.

De nos jours, des graffiti sur les murs, une plaque listant les bateaux rattachés au port entre 1817 et 1932, ainsi que les noms des rues du village (impasse des Goëlettes, rues des Armateurs, des Bateliers et des Gabariers…) rappellent la mémoire du passé de ce petit port fluvial.


Auteur : Pascale Moisdon, février 2021.


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