L'île de la Baine à Chaniers

Carte postale montrant l'écluse et la maison éclusière à l'arrière-plan vers 1920. Collection J.-P. Mauret.
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  • Mis à jour le 16 novembre 2020
 

L'île de la Baine, formée par deux bras de la Charente entre les communes de Chaniers et de Courcoury, à quelques kilomètres en amont de Saintes, constitue un agréable site qui allie nature et architecture. Mentionné dans les textes dès le début du 14e siècle pour ses moulins, le lieu a connu d’importants aménagements au milieu du 19e siècle pour faciliter la navigation sur le fleuve.

Deux bras de Charente, des moulins et un manoir

Le site de la Baine est mentionné en 1310 pour ses moulins à draps – on y foule le tissu – appartenant au chapitre de la cathédrale de Saintes et démolis quelques années auparavant. En 1313, le chapitre obtient l'autorisation d'y reconstruire deux moulins, une chaussée et une pêcherie. Ces moulins sont les seuls connus établis sur le cours de la Charente, sur le territoire de la Charente-Maritime. Le bras principal du fleuve, appelé étier, sert à la navigation, l'autre, barré par un déversoir, alimente les biefs des moulins et fait tourner leurs roues.

L’île de la Baine et les différents ouvrages. Fond de carte Google Maps. 

Les moulins ont été reconstruits aux 17e-18e siècles. Il s'agit alors de moulins à blé, dont on dit - sans preuve tangible - qu'ils ont été établis à la demande de Colbert pour alimenter en farine l'arsenal de Rochefort. Au nombre de cinq, ils sont réunis en 1781 au domaine de la Baine, propriété de Louis Demane dont le siège se trouve dans un manoir, édifié au bord du fleuve à la limite des 15e-16e siècles. Comme le reste des propriétés de Louis Demane, les moulins sont vendus comme biens nationaux au moment de la Révolution. Six propriétaires différents les possèdent au début du 19e siècle.

Un canal pour éviter des hauts fonds

Dès 1834, l'ingénieur Dor, chargé de l’amélioration de la navigation du fleuve, note dans un rapport que les hauts fonds de l'étier de la Baine constituent l’un des principaux obstacles à cette navigation : le profil du fond du lit se soulève de plus de 4 mètres à cet endroit, ce qui a pour conséquence de provoquer un fort courant difficile à remonter. Les gabares, qui doivent souvent s'alléger de la moitié de leur chargement pour passer, sont bloquées lorsque le niveau d'eau baisse. L’ingénieur envisage donc la création d'une écluse à sas sur un canal de dérivation et la construction d'un barrage pour racheter la chute des moulins et soutenir les eaux pendant l'étiage. Les calculs sont faits de façon à améliorer aussi la navigation à l’aval de l’écluse de Cognac à une vingtaine de kilomètres de la Baine ; on estime qu’il faut 1,50 mètres de hauteur d’eau pour assurer une bonne navigation. Les plans sont dressés par l'ingénieur Chalumeau et l'adjudication des travaux est faite en 1838, à la faveur de l'entrepreneur Étienne Raoult. L'ensemble des travaux, qui comprend aussi la construction d'une maison éclusière, est terminé en 1843.

Le canal de dérivation est percé en ligne droite dans l'île de la Baine, entre les deux bras du fleuve. Long de 338 mètres et large de 12 mètres, il est bordé de part et d'autre par un alignement de peupliers. L'écluse à sas est établie dans sa partie aval. Elle est bâtie surtout en pierre de Saint-Vaize, mais aussi de Crazannes pour la pierre de taille de grand appareil. Elle est fermée, à l'origine, par des portes busquées (formant un angle pour résister à la pression de l’eau) composées de deux vantaux. La maison éclusière, bâtie sur la rive droite du canal, est conçue de manière à être protégée des plus hautes crues. Les autres dispositions de sa construction sont conformes selon l'ingénieur « à celles adoptées pour les maisons éclusières du département de la Charente-Inférieure". Elle est dotée d'un étage et son rez-de-chaussée se partage en deux pièces, l'une servant de cuisine et l'autre de chambre.

L’écluse et le canal de la Baine en 1913. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, Fonds Léon Triou.

Dès 1853, l'écluse à sas, de 38 mètres de long entre les portes et 6,50 mètres de large, fait l'objet de travaux et ses bajoyers (côtés) ainsi que ses portes sont surhaussés. Dans les années 1880, alors que le trafic fluvial est important, composé pour les trois quarts de gabares et pour un quart de bateaux à vapeur, l’écluse est de nouveau restaurée, en même temps qu'une passerelle est établie sur le canal de fuite des moulins pour faciliter aux mariniers l'accès à l'écluse pour le halage des bateaux.

De nos jours, le canal et l'écluse à sas, dont les manœuvres sont motorisées, sont utilisés par la navigation de plaisance.

Le barrage sur l'étier

En même temps que l'entrepreneur Raoult creuse le canal de dérivation et construit l'écluse, il établit sur l’étier un barrage en enrochement à pierre sèche, retenu par une rangée de pieux. Ce barrage crée une retenue d'eau pour l'écluse et les moulins. Dès sa mise en service en 1842, les gabares et autres bateaux empruntent le canal de dérivation et franchissent l'écluse, sauf au moment des crues quand le tirant d'eau permet aux bateaux de passer au-dessus du barrage.

Dans les années 1880, très dégradé par les crues, le barrage ne joue plus son rôle de soutien des eaux et la décision est prise de le reconstruire. En 1882, un nouveau barrage est construit par l'entrepreneur Mathieu Ferry. On choisit de se servir de l'ancien barrage comme point d'appui en construisant le nouveau contre lui, du côté amont. Les pieux des fondations, battus à l'aide d'une machine à vapeur appelée sonnette, sont surmontés de la maçonnerie constituée d'un noyau en moellons et mortier de chaux hydraulique, avec un revêtement en moellon et une crête en pierre de taille de Crazannes.

En même temps, une dérivation du premier bras de la Seugne – affluent de la Charente –, appelé l'étier de Chantemerle, est creusée afin que ce dernier débouche désormais en aval du barrage ; pour cette dérivation sur 311 mètres de longueur, des terrains sont acquis sur la commune de Courcoury. Un pont en bois est installé au-dessus pour faciliter l'exploitation des prairies qui se trouvent sur les deux rives.

Peu après la construction, les plaintes répétées des riverains, relatives au problème d'écoulement des crues, conduisent à établir dans le barrage des vannes levantes dont l'adjudication a lieu, en mars 1886, en faveur de l'entrepreneur Eugène Pommier. En prévision des inondations, les vannes étaient levées pour réguler le niveau de l'eau.

Vers 1985, les six vannes levantes du barrage sont remplacées par un ouvrage à trois ouvertures télécommandées.

Des moulins à la minoterie

Un procès-verbal établi au moment de la vente des moulins comme biens nationaux fait connaître les noms attribués à chacun d'entre eux : la Furne, Pecherant, la Timballe, des Terres et Mignon. Chacun d'eux est doté d'une roue dont l'accès se fait, comme de nos jours, par un passage ménagé au rez-de-chaussée sur toute la longueur de l’ensemble formé par quatre corps de bâtiments jointifs. Cet alignement, accolé à deux vannes de décharge du coté de la rive gauche, barre entièrement le bras secondaire de la Charente.

En 1834, alors que six roues sont mentionnées pour l'ensemble des moulins, il est un temps envisagé de supprimer ces derniers afin d'augmenter le niveau d'eau dans le bras navigable. Les aménagements finalement réalisés dans les années 1840 permettent de les conserver.

À partir de 1897, l'ensemble, qui ne semble pas avoir été modernisé jusqu'alors, appartient à Hector Lardy qui y installe des machines à cylindres, créant ainsi une minoterie, reprise ensuite par son fils. En 1936, l'énergie fournie par les roues hydrauliques est complétée par l'électricité et un moteur à gasoil. L'établissement cesse de fonctionner dans les années 1940, et les locaux sont par la suite transformés en restaurant. 

Auteur : Pascale Moisdon, novembre 2020.


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