Le port de Martrou

Le port de Martrou et son remorqueur à vapeur vus depuis la rive droite vers 1850-1860. Lithographie de Charles Mercereau. Médiathèque de La Rochelle, 4 Fi 997.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 9 mars 2020
 

Célèbre pour son pont transbordeur qui permettait la traversée de la Charente entre Rochefort et Échillais, Martrou était autrefois un petit port. La réouverture du pont, après une rénovation de trois ans qui lui a rendu son aspect d'origine, donne l'occasion de se pencher sur cet ancien port fluvio-maritime en aval de Rochefort, centre économique de la commune d'Échillais juqu'au 20e siècle.

Un hameau en bord de fleuve

Le port de Martrou est attesté dès le Moyen Âge, des droits y étant perçus pour les marchandises transportées sur la Charente. Il a probablement donné naissance au hameau du même nom, qui s’est développé sur la pente du coteau, sur la rive gauche du fleuve. Un passage d'eau ou service de bac, vraisemblablement ancien, y est mentionné en 1704 sur la "carte de l'embouchure de la rivière de Charente" par l'ingénieur Claude Masse qui note : "L'autre chemin le plus fréquenté [de Rochefort à Saintes] pour les gens de pied et de cheval est de sortir par la porte de Martrou, on suit une chaussée de 8 à 900 toises, on traverse la Charente dans un bac, passage fort dangereux quand il fait du vent".

Le passage se trouve sur la route menant de Rochefort à Saint-Agnant ou à Trizay, qui contourne le hameau par l'est de façon à emprunter une pente douce. À la fin du 18e siècle, une nouvelle route de Rochefort à Royan par Martrou et Saint-Agnant est tracée face à la grève du passage d’eau (pente pour l'accès au bac). Elle devient la départementale n° 1 en 1813. C'est une voie importante qui permet la communication avec Bordeaux par bateau depuis Royan, et également avec Marennes.

Un estuaire et deux seuls passages d'eau

En 1824, le passage de Martrou est assuré par quatre gabares, deux grandes de 13,65 et 13 mètres de long, une moyenne de 9,81 mètres et une plus petite, dite "gabarot", de seulement 5,32 mètres. Les grands bacs sont manœuvrés par un équipage formé de cinq mariniers. Vers 1855, le passage, réputé comme dangereux, est doté d'un remorqueur à vapeur de manière à améliorer la sécurité. C'est cette traversée tractée par un remorqueur qu'a représentée Charles Mercereau sur sa lithographie offrant une vue du port. À Martrou, les remorqueurs à vapeur sont alimentés en eau douce grâce à une conduite d'une quarantaine de mètres, et un chantier installé à l'est de la grève assure la réparation des embarcations du passage.

Jusqu'à l'établissement d'un bac pour piétons au Port-Neuf à Rochefort en 1888 et la mise en service du pont transbordeur de Martrou en 1900, seuls les passages à bac de Martrou et de Soubise permettent la communication entre les deux rives de l'estuaire. En effet, la marine nationale s'oppose à la présence de tout obstacle à la navigation en aval du port de Rochefort. Les jours de marché à Rochefort, l'affluence de passagers et de marchandises occasionne des encombrements et d'énormes attentes pour la traversée par bac. Pour remédier à ce problème, un service de chaloupes à vapeur est organisé en 1880, trois fois par jour l'été et deux fois l'hiver, pour desservir Port-des-Barques, Lupin, Soubise, Martrou et Rochefort.

L'expédition de pierres comme activité principale

Dans les années 1850-1860, l'essentiel de l'activité du port de Martrou consiste en l'expédition de pierres extraites des carrières de la commune et transportées vers les îles de Ré et Oléron, La Rochelle ou Rochefort. La construction des assises et du rez-de-chaussée de Fort Boyard nécessite à elle seule entre 1843 et 1852 le chargement d'innombrables bateaux. Les pierres sont déposées sur la berge dans l'attente de leur embarquement. Les autres marchandises transportées pour descendre ou remonter le fleuve sont des céréales, du foin, du bois de chauffe, des os d'animaux et des engrais.

Le bord du chenal, formé par l'embouchure d'un bras de l'Arnoult, sert de quai d'embarquement ; la demande formulée en 1864 par la municipalité d'Échillais visant à l'aménagement d'un bassin de mouillage est refusée par l'administration. Les douaniers, dont le bureau se dresse entre la grève du bac et le chenal, enregistrent le passage des navires et perçoivent les taxes sur les marchandises transportées. Un magasin, qui jouxte ce bureau, est construit pour le service des ponts et chaussées entre 1855 et 1880.

La fin du passage d'eau et le déclin du port

A partir de 1889 et l'ouverture de la ligne de chemin de fer de Tonnay-Charente à Marennes, qui permet d'expédier les matériaux des carrières locales par la gare de Saint-Agnant et d'aller acheter le bétail sur place, le passage de Martrou est moins utilisé. Il cesse de fonctionner au moment de la mise en service du pont transbordeur, dont la construction s'accompagne de l'ouverture d'une nouvelle voie d'accès au fleuve ouverte dans le coteau, à l'ouest du hameau auparavant traversé par la route départementale.

Le trafic du petit port diminue et le bureau des douanes ferme en 1910. L'atelier de réparation des bacs et des remorqueurs, implanté à l'est de l'ancienne grève du passage, fonctionne toutefois encore en 1913 pour les bateaux du passage de Soubise. L'échouage sous le pont transbordeur d'un "voilier chargé de pierre à bâtir sortant du petit port de Martrou à la suite d'une panne de son remorqueur" en 1930 montre que le transport de pierres se poursuit jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Le bureau des douanes a aujourd'hui disparu et le chenal, très envasé, n'évoque plus du tout un lieu de mouillage et d'accostage pour les gabares ou autres bateaux. Le magasin des ponts et chaussées accueille désormais le centre d'interprétation "la Maison du Transbordeur".


Auteur : Pascale Moisdon, mars 2020.


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