Le quai de l’Yser à Saintes, un nouveau port de commerce au 19e siècle

La navigation en aval du pont suspendu, vers 1850. Lithographie de L. Le Breton, d'après un dessin de Bréjon père. Archives de Charente-Maritime,  1 Fi Saintes 22.
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  • Mis à jour le 10 décembre 2019
 

La construction de l’actuel quai de l’Yser, commencée au début du 19e siècle, correspond à la volonté d'établir un nouveau port à l'aval de la ville et du pont antique qui forme un obstacle important à la navigation. Servant également de chemin de halage, il est construit à la demande des négociants de cognac pour faciliter l'embarquement et le débarquement des marchandises.

 

Des travaux au long cours

Sur la rive gauche de Saintes, le quai de l'Yser est constitué des anciens quais du Bois-d'Amour et des Frères. Il s’étend entre le pont Palissy et le port de la Rousselle. Les travaux se déroulent en plusieurs phases entre 1816 et 1837. C’est sans doute la nouvelle activité du port qui entraîne le développement de la ville de ce côté, au-delà de l’ancien séminaire des pères de la mission (aujourd’hui collège René-Caillié).

Dans les années 1830, les « marins » se plaignent encore des éboulements des berges et demandent l’achèvement des travaux commencés. Outre le mur de soutènement, deux cales d’embarquement, dites Coutanseaux et du Peuplier, sont bâties et une chaussée est aménagée à l’arrière. Une fois l’ensemble des travaux réalisés, cet endroit prend le nom de "port de commerce" sur un plan daté de 1844.

Une lithographie des environs de 1850 montre un intense trafic fluvial en aval du pont suspendu qui est venu remplacer en 1842 le pont antique, dont le radier (fondations) continue cependant à gêner considérablement la navigation. Si quelques bateaux maritimes parviennent jusqu’au quai des Frères, ils ne peuvent aller plus loin. Sur ce document est également visible une gabare (bateau à fond plat) munie d’un mât qui est basculé de manière à passer sous le pont. Le long du quai et au milieu du fleuve, trois bateaux à vapeur et à roue à aubes sont du type de « l’Hirondelle » qui, à partir de 1822, a assuré un service régulier de voyageurs entre Saintes et Rochefort.

La navigation en aval du pont suspendu, vers 1850. Lithographie de L. Le Breton, d'après un dessin de Bréjon père. Archives de Charente-Maritime, 1 Fi Saintes 22.


Le quai des négociants de cognac

Les aménagements se poursuivent pour répondre aux besoins du commerce qui se concentre aux abords du pont suspendu. Plusieurs cales sont construites : en 1857, deux cales à deux rampes, puis, vers 1870-1880, une cale simple face à la rue Traversière-Saint-Vivien, vraisemblablement pour la maison Rouyer-Guillet, dont les chais se trouvent à proximité. Entre 1876 et 1879, la construction du pont Palissy en pierre, en remplacement du pont suspendu jugé trop peu solide, entraîne de nouveaux travaux dans la partie amont du quai.

À la fin du 19e siècle, plusieurs maisons de négoce de cognac possèdent des chais aux abords du quai, dont celles de Coutanseaux aîné, de Frédéric Mestreau, et de Rouyer-Guillet qui occupe deux îlots de part et d'autre de la rue de Laroche. Tous ces négociants réceptionnent sur le quai des Frères des vins à distiller, en provenance de l’île de Ré notamment. Après distillation et vieillissement, les eaux-de-vie de cognac sont expédiées du même quai vers Tonnay-Charente où elles sont transvasées dans des steamers – navires à vapeur – à destination de l’étranger.

Des dragages du lit du fleuve sont réalisés en 1900 devant le quai, pour assurer une passe de 30 mètres de large de façon à faciliter le déchargement et le chargement des bateaux, ainsi que le croisement de ceux qui circulent.

 

Déclin de l’activité portuaire

Au début du 20e siècle, le trafic fluvial diminue fortement, concurrencé par le trafic ferroviaire, avec la voie Rochefort-Angoulême. Seules quelques maisons de négoce utilisent encore la voie d'eau pour le transport de leurs eaux-de-vie. En revanche, la rue à l’arrière du quai a pris de l’importance et nécessite d’être élargie. Pour cela, en 1936, le parapet en pierre de la partie proche du pont Palissy est démoli et un trottoir en encorbellement est construit. L’élargissement se poursuit vers le nord avec la démolition des deux cales à deux rampes vers 1960. En même temps, la cale du Peuplier à deux rampes est modifiée et seule sa rampe aval subsiste de nos jours.

Le quai conserve aujourd’hui trois de ses cales, parallèles au fleuve. Celle de l’amont, appelée autrefois Coutanseaux, a sa rampe pavée orientée vers l'aval. Celle, dite du Peuplier, possède sa rampe enherbée orientée vers l'amont. La cale Rouyer-Guillet, orientée vers l'aval et moins longue que les deux autres, conserve les traces des rails qui servaient au chargement et au déchargement des tonneaux et des caisses. L’ancien quai des Frères, rebaptisé quai de l’Yser, sert aujourd’hui à l’amarrage de quelques bateaux de plaisance. Il est également utilisé par des pêcheurs à la ligne.


 

Auteur : Pascale Moisdon, novembre 2019.


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