Le canal de la Charente à la Seudre

L’écluse de Biard sur le canal de la Charente à la Seudre.  © Région Nouvelle-Aquitaine,  inventaire du patrimoine culturel, P. Moisdon, 2017.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 8 juin 2018
 

Autrefois nommé canal de Brouage, le canal de la Bridoire relie la Charente à la Seudre. Il emprunte, au moins partiellement, l'ancien lit de la rivière l'Arnoult. Seul canal navigable aménagé dans les marais des environs de Rochefort, il est réalisé en plusieurs campagnes de travaux entre la fin du 18e siècle et les années 1880.


Les travaux du canal de la Bridoire, de Rochefort à Brouage…

L'aménagement de la première partie du canal, d'une quinzaine de kilomètres, est destiné à relier Brouage à Rochefort. Il est commencé, entre 1782 et 1785, sous la direction de l'intendant Réverseaux. Ce canal doit faciliter la navigation entre la mer et la Charente, tout en assainissant les territoires marécageux de Pont-l'Abbé-d'Arnoult et de Champagne, dans les marais de Brouage. François Philibert Boischot, adjudicataire des ouvrages de dessèchement des marais de Rochefort en 1783, est chargé des travaux. 

Après avoir été interrompu une vingtaine d'années, le chantier reprend sous la direction des ingénieurs Champion de la Bretonnière et Masquelez, au début du 19e siècle. La partie déjà réalisée est curée et deux écluses sont construites, l'une à l'embouchure du canal dans la mer, l'autre à celle avec la Charente à la Bridoire. Le canal, ainsi rendu navigable à partir de 1807, sert au transport de sels, de vins, d'eaux-de-vie et de bois de construction. Le halage se fait à bras d'hommes et par chevaux. Le canal est imposé au droit de navigation au profit de l'Etat ; les droits s'acquittent aux bureaux de Brouage, de Tonnay-Charente ou de Rochefort.

Pour permettre la navigation, le canal fait 17 mètres de large avec une profondeur de 2,50 mètres. Des gares et des élargissements pratiqués à chacune de ses inflexions servent de points de repos et facilitent le croisement des bateaux de fort tonnage à fond plat. Ainsi, les chargements peuvent partir de Brouage et remonter la Charente directement, sans subir de transvasements entre des bâtiments de mer et des bateaux de faible tirant d’eau. 

… jusqu'à Marennes

Entre 1855 et 1862, le canal est prolongé de près de 12 kilomètres pour relier la Seudre, dans le canal maritime de Marennes, à Port-des-Seynes (aménagé à la même époque) où une écluse est construite.

Le canal est alors principalement destiné à faciliter le transport du sel du bassin de la Seudre et des pierres extraites des carrières situées à proximité. Son activité est particulièrement forte à partir de la création, en 1864, d'une usine de produits chimiques au Port-des-Seynes à Marennes, qui fabrique des produits dérivés du sel marin : le sel et la soude partent pour le port de Tonnay-Charente. Quelques années plus tard, l'usine, reprise par Saint-Gobain, produit des engrais chimiques qui sont également transportés vers Tonnay-Charente. Parmi les carrières de pierre exploitées auprès du canal, celle de Carlot, à Saint-Agnant, est très active dans les années 1880 pour fournir les pierres des quais du bassin aménagé dans le chenal de la Cloche.

Une nouvelle écluse à Biard

Un décret en 1876 prévoit le remplacement des écluses aux extrémités et l’amélioration de la navigabilité du canal. Ce dernier est alors dévié d’environ 200 mètres du côté est, à son embouchure dans la Charente. En 1884, les travaux sont terminés, une nouvelle écluse à sas a été établie à Biard, ainsi qu’une maison éclusière et un pont mobile. L'écluse de la Bridoire, maintenue en état les premières années, est ensuite peu à peu abandonnée.
Le canal est alors généralement fréquenté par des gabares de 70 tonnes, d'un tirant d'eau moyen de 1,60 mètre, halées par des bœufs. Il n'existe de chemin de halage empierré que sur une longueur de 1 kilomètre, le reste est en terrain naturel. Au total, douze ouvrages d'art sont établis sur cette voie, dont cinq écluses, trois ponts fixes, un pont-levis, deux ponts tournants et une passerelle mobile. Financièrement, l'exploitation du canal rapporte par ses plantations - à Pillay, une pépinière qui fournit des arbres au département et à l'État en dépend -, le fermage de la pêche, le fermage des francs-bords et les prises d'eau.

Déclassé depuis 1926, le canal est désormais dédié aux loisirs

En 1920, Saint-Gobain ferme son usine de Marennes en la fusionnant avec celle de Tonnay-Charente, rachetée en 1899 ; le canal, déjà fortement concurrencé par le chemin de fer depuis 1889, perd encore de son utilité. Depuis son déclassement pour la navigation en 1926, des ponts fixes ont remplacé certains ponts mobiles.

Depuis 2007, le canal appartient au Conseil départemental de la Charente-Maritime qui l'entretient. Fermé à toute navigation, il reste le collecteur majeur du marais de Brouage pour son drainage. À cette fin, le canal de l'Unima (syndicat mixte pour la gestion de l’eau en Charente-Maritime) abonde ses eaux douces durant la période estivale. 

Carte du canal de la Charente à la Seudre. https://www.geocarp.com/item/le-canal-charente-seudre/

Le canal de la Charente à la Seudre, en bleu foncé. Carte Geocarp.com https://www.geocarp.com/item/le-canal-charente-seudre/

L’écluse de la Bridoire

L'écluse de la Bridoire est construite au tout début du 19e siècle, lorsque les travaux du canal de la Charente à la Seudre sont repris afin d'amener à son terme le projet commencé en 1782. Elle est située à environ 500 mètres de l'embouchure dans la Charente et, à cet endroit, le canal est creusé dans le lit d'un ancien cours d'eau. Ce dernier met en mouvement un moulin à blé qui se trouve en aval de l’écluse. Une deuxième écluse est construite, en même temps, à l'autre extrémité du canal, à Brouage. Ces écluses empêchent l'entrée des eaux salées de la marée montante et permettent d'assainir et irriguer les prairies alentours. 

Les travaux s’avèrent plus compliqués que prévu et, commencés en 1803, ils ne se terminent qu’en 1808. Cette écluse est dotée de deux portes à deux vantaux chacune formant un angle : une porte d'èbe (du côté amont) et une porte de flot (du côté du fleuve). Ces portes forment une petite passerelle qui permet le passage des piétons.
En 1881, à la suite d'une pétition des habitants, le ministre des Travaux publics accorde l'autorisation d'établir un pont mobile à 50 mètres en amont de l'écluse, de façon à éviter aux voitures et troupeaux un parcours de près de 20 kilomètres pour traverser le canal à Pillay. Un premier projet de pont roulant est supplanté, en 1884, par celui d'un pont-levis, moins onéreux.

De nos jours, l'écluse, fermée par une paroi de béton et traversée par une passerelle, est envahie par la végétation. Sont encore visibles les bajoyers de pierre de taille, distants de 6,50 mètres, dont la forme permettait aux portes de s'ouvrir complètement en s'effaçant dans l'épaisseur de l'avancée formant la partie la plus étroite de l'ouvrage.

L’écluse de Biard

En 1882 est mis en service l'embranchement du canal par Biard qui évite le tronçon de la Bridoire. Une nouvelle écluse a été construite à environ 600 mètres de la confluence du canal de la Bridoire avec la Charente. Appelée à l'origine écluse de Chavêche, elle protège le canal et l'Arnoult, en amont, des entrées d'eau salée de l'estuaire de la Charente. Le projet est élaboré par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Ernest Victor Polony. Il s'agit de la seule écluse à sas sur les cinq que compte le canal.  Ce système de bassin, dans lequel on fait monter ou descendre un niveau d’eau, permet l'accès à la Charente dans toutes les circonstances de marées.

Cette écluse est bâtie en pierre de taille. Le sas a 50 mètres de longueur utile, pour une largeur de 6,50 mètres. À chaque extrémité, il est fermé par des portes d'èbe et de flot, manœuvrées par des treuils. Une maison éclusière et un pont mobile sont bâtis au même moment.

Les anciennes portes en bois ont été remplacées par des portes métalliques en 1909, mais les treuils de manœuvre sont toujours en place. Du côté amont, ce système a disparu assez récemment au profit d'une vanne wagon (elle comporte des galets fixés sur ses montants qui roulent sur un rail), à double vantelle. Le pont mobile a été remplacé par un pont fixe dans les années 1960.  

Auteur : Pascale Moisdon, juin 2018.


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