La statue du cardinal Pie à Montmorillon

La statue du cardinal Pie dans la cour du petit séminaire à Montmorillon en 2019. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel / T. Allard.
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  • Mis à jour le 7 août 2020
 

À Montmorillon, dans la cour de l’ancienne Maison-Dieu, devenue au 19e siècle le petit séminaire, trône la statue d’un des plus hauts prélats que l’Église de France du 19e siècle ait connus, Louis-Edouard Pie. Issu d’une famille très modeste de la campagne chartraine, celui qui a été l’un des conseillers personnels du pape Pie IX et l’a secondé dans toutes ses grandes prises de décision, est devenu en 1849 le plus jeune évêque de France avant d’être nommé cardinal en 1879. La statue qui le représente dans cette dignité a été réalisée peu après sa mort en 1880 par le sculpteur Louis Amédée Charron, et inaugurée le 9 juillet 1882 dans les jardins de l’Œuvre de Notre-Dame-des-Dunes à Poitiers.

Qui est Louis-Edouard Pie ?

Né en 1815 à Pontgouin (Eure-et-Loir), Louis-Edouard Pie est le fils d’un père cordonnier mort très tôt et d’une mère très pieuse, Anne-Elisabeth Gaubert. Élevé et instruit à la fois par celle-ci et son grand-père maternel dans une foi héritée de l’Ancien Régime, Louis-Edouard Pie est ordonné prêtre en 1839 dans la cathédrale de Chartres, puis en 1843 il est nommé vicaire général du diocèse chartrain. Grand orateur et ardent défenseur de la papauté, il est nommé le 28 septembre 1849 par le pape Pie IX à la tête de l’évêché de Poitiers, devenant à 34 ans le plus jeune évêque de France.

Voulant restaurer le prestige de l’Église mise à mal en 1789 et la défendre de ses ennemis, Louis-Edouard Pie entre en lutte sur le plan politique contre les républicains, les démocrates et les libéraux et sur le plan religieux contre les protestants, les jansénistes et les gallicans, entre autres. Monarchiste déclaré souhaitant le retour du comte de Chambord, héritier de la branche aînée des Bourbons, il apparaît malgré tout, et de manière surprenante, comme l’un des fondateurs du catholicisme social fondé en France par Albert de Mun en 1871. Défenseur acharné du pape et de l’ultramontanisme – pouvoir absolu du pape dans le domaine temporel et spirituel –, il participe directement aux grandes décisions pontificales du moment : proclamation des dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Infaillibilité papale, ouverture du premier concile du Vatican, proclamation des encycliques qui condamnent toute forme de modernisme dans l’Église, etc. Considéré comme un « second Hilaire » par le pape Pie X, il a décliné malgré tout les archevêchés de Paris et de Tours, et il a aussi refusé une candidature à la députation.

Désirant une Église de France forte, il agit dans son diocèse pour un redressement moral des prêtres et pour une restauration matérielle des édifices religieux : il demande aux familles aristocrates d’aider à la construction ou à la restauration des églises de leurs territoires, il rétablit les jubilés anciens et les processions séculaires, il renoue avec le culte des saints locaux en offrant des reliques des saints Hilaire, Martin ou Radegonde, il bénit de nombreux sanctuaires, chapelles, calvaires, statues, etc.

Louis-Edouard Pie est mort le 18 mai 1880 à Angoulême, un an après avoir été élevé à la dignité de cardinal. Il a été inhumé, selon son souhait, dans la collégiale Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, sanctuaire marial qu’il vénérait. En son honneur, une statue le représentant agenouillé a été érigée en 1886 dans la cathédrale de Poitiers, œuvre en marbre de Jean-Marie Bonnassieux. 

La statue du cardinal Pie et son inauguration en 1882

Financée en grande partie par le clergé et le milieu catholique de Poitiers, la statue du cardinal Pie a été sculptée dans une pierre blanche suffisamment dure pour résister aux assauts du temps. Le sculpteur a figuré Louis-Edouard Pie debout, en grand costume de cardinal portant une aube qui tombe sur ses pieds, un rochet à dentelle très ouvragée s’arrêtant au niveau des genoux, et une longue et ample chape dotée d’un chaperon tombant dans le dos. Il tient la barrette cardinalice (bonnet de forme carrée) de sa main gauche appuyée contre sa poitrine, la main droite posée sur une pile de livres placés sur une console.

Sur la face antérieure du piédestal sont sculptées ses armoiries. Elles se rapportent à la cathédrale de son enfance et sont blasonnées « d’azur à la Vierge de Chartres, habillée à l’antique d’argent, posée sur une colonne du même ».

L’inauguration de la statue s’est tenue à Poitiers le 9 juillet 1882 dans les jardins de l’Œuvre de Notre-Dame-des-Dunes, à l’actuel emplacement de la caserne d’Aboville, et a donné lieu à un discours de l’abbé Fossin, directeur du cercle catholique d’ouvriers fondé à Poitiers en 1872. Le Journal de la Vienne relate également cette cérémonie : « L’inauguration de la statue de S. E. le cardinal Pie a eu lieu, hier, à Notre-Dame-des-Dunes devant une assistance considérable. Le matin avait eu lieu, à travers les rues de la ville, le défilé des différentes œuvres, bannière en tête, qui étaient venues apporter leur concours à cette cérémonie. Quand on a enlevé le voile qui recouvrait la statue, des applaudissements ont éclaté. La ressemblance du cardinal est frappante, et la statue fait le plus grand honneur à son auteur, M. Charron. »

La statue est restée jusqu’en 1913 dans les jardins de l’Œuvre de Notre-Dame-des-Dunes. Après la transformation en caserne du lieu où elle était alors installée, elle a été transportée dans la cour du petit séminaire de Montmorillon, qui prend alors le nom d’École du cardinal Pie.

Le sculpteur : Louis Amédée Charron

Louis Amédée Charron, dit Amédée Charron, est né le 18 octobre 1837 à Saint-Denis-sur-Loire, près de Blois, d’un père vigneron, Pierre Charron, et de Marguerite Faucheux. Venu s’installer à Poitiers, il y suit l’enseignement de l’École des Beaux-Arts de la ville et obtient en 1862 deux prix pour des modelages d’après l’antique.

En 1865, il s’associe au sculpteur Armand Multon afin de prendre la direction des ateliers de sculpture Saint-Hilaire créés dix ans plus tôt à l’initiative de Mgr Pie. Il occupe cette fonction jusqu’en 1897, aux côtés de l’architecte Adolphe Beausoleil qui succède à Multon en 1872.

En 1880, suite au décès de Louis-Edouard Pie, c’est tout naturellement vers Amédée Charron que se tournent les regards afin d’honorer la mémoire du cardinal Pie. Charron apparaît d’autant plus légitime pour mener à bien ce projet qu’il travaille depuis 15 ans, à la demande expresse de l’évêque, à l’ameublement des églises du diocèse en sculptant statues, autels, retables, chaires à prêcher, etc. La statue sera achevée deux ans plus tard.

Amédée Charron est connu pour avoir réalisé deux autres œuvres du cardinal Pie : l’une est un buste en plâtre, signé des ateliers Saint-Hilaire de Poitiers, qui est conservé au musée royal du château de Blois, ville proche du lieu de naissance de Louis-Edouard Pie (n° d'inventaire 2010.0.239) ; l’autre est un médaillon en plâtre patiné imitant le marbre, signé également des ateliers Saint-Hilaire de Charron & Beausoleil, daté de 1881, qui est conservé au musée Sainte-Croix de Poitiers (n° d'inventaire 2566).

Enfin il faut noter l’existence de deux autres œuvres de Charron conservées dans des collections publiques : au château de Chambord, un buste en plâtre d’Henri d'Artois, comte de Chambord et héritier des Bourbons, réalisé en 1879 par Charron ; et au musée royal du château de Blois, une statue en terre cuite du roi saint Louis réalisée dans les années 1860.

Louis Amédée Charron est mort le 15 juillet 1916 à son domicile, 14 rue de Sèvres à Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine) où il s’était retiré, et où a ensuite habité son fils Alfred (1863-1955), également sculpteur.

Auteur : Thierry Allard, avril 2020.

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