Un monument de Laurent Roustan en l’honneur d’une famille de musiciens : les Planchat

La sépulture de la famille Planchat à Saintes.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 21 juillet 2017
 

 

À Saintes, un monument funéraire rappelle l’histoire singulière de la famille Planchat, aujourd’hui tombée dans l’oubli. Tout au long du 19e siècle, cette famille reste attachée à la musique : on retrouve ainsi ses membres, de père en fils, professeurs de musique, musiciens à l’Opéra-Comique ou chef de fanfare dans l’armée…

Un monument original et de qualité…

Le monument funéraire est situé à l’entrée du cimetière Saint-Vivien de Saintes. Il présente la particularité d’honorer trois membres d’une même famille : Jacques Planchat, professeur de musique à Saintes, et ses deux fils, Faustin et Charles, musiciens à l’Opéra-Comique.

Édifié en 1911, le monument semble être un hommage particulier à Faustin, mort à la fin de l’année précédente. En effet, celui-ci est représenté par un buste en bronze mis en avant, tandis que Jacques et Charles sont figurés dans des médaillons en bronze insérés dans la pierre.

Les trois sculptures sont ornées de palmes, couronnes et feuilles de lauriers, symboles de la réussite et de la gloire, qui renvoient aussi à leur rang d’Officier d’académie et d’Instruction publique. Deux lyres y sont aussi sculptées, symboles de la musique.

Le monument funéraire de la famille Planchat à Saintes, réalisé en 1911 par Laurent Roustan.


 

… réalisé par le célèbre sculpteur et décorateur Laurent Roustan
(1877, Toulouse – 1952, Châtillon-sous-Bayeux)

Élève auprès de son père Louis Roustan, sculpteur de bois à Rabastens, près de Toulouse, Laurent Roustan se perfectionne dans l’art du dessin et du décor sur bois. Il poursuit sa formation en partant très jeune à Paris, à l’École des Arts Décoratifs. Il collabore, avec l’architecte Binet et pendant plusieurs années, aux travaux artistiques liés à l’aménagement des grands boulevards parisiens. Il travaille ensuite à la Manufacture nationale des Gobelins, où il exécute des ameublements d’une grande qualité.

Très tôt reconnu pour son travail, il est admis au Salon des Artistes Français à l’âge de 25 ans. Il participe à de nombreuses expositions, notamment celle de Montauban en 1902 - où il reçoit la médaille d’or pour deux bustes et un bas-relief intitulé Rêve d’Harmonie -, celles de Besançon et de Castres en 1905,  et de Gand en Belgique en 1913. Il expose aussi régulièrement au Salon à Paris dès 1907 et au moins jusqu’en 1944.

Dans sa ville natale, Laurent Roustan est surtout connu pour avoir sculpté le monument à Auger Gaillard, dont l’architecture, la sculpture décorative et le buste en bronze sont faits de sa main. Ce monument est inauguré le 13 août 1911, année où il reçoit les palmes académiques. Le buste est fondu en 1941 ; une copie sera faite à partir du modèle en plâtre, aujourd’hui installée à l’emplacement d’origine du monument, quai de la Libération.

Après s’être illustré en sculpture, ébénisterie et ornementation, Laurent Roustan s’essaie à la peinture à la suite de la mort de son épouse.

Il est à l'apogée de sa gloire lors de la rétrospective qui lui est consacrée au Musée des Arts décoratifs en 1949, où il est reconnu comme un "ornemaniste, sculpteur et peintre attaché à la tradition du naturalisme français".

Il décédera à Châtillon-sous-Bayeux (aujourd’hui Châtillon) le 18 octobre 1952, à l’âge de 75 ans.

On sait peu de choses sur cet artiste renommé en son temps. Les oeuvres connues à ce jour témoignent du parcours singulier d'un artisan d'art et artiste, non académique, habité d'une formidable curiosité pour les techniques.


Les Planchat, musiciens de père en fils

Trois de ses membres sont représentés sur le monument : le père, Jacques …

Tout commence avec le père, Jacques Planchat (Lyon, 1813 – Marseille, 1901). Professeur de musique à la ville de Saintes, il a, de son union avec la saintongeaise Adélaïde-Eléonore de Brusse, cinq fils et cinq filles. Tous les fils auront une passion pour la musique.

… et les deux fils aînés

Le premier fils, Faustin (Paris, 1847 – 1910), fait carrière pendant dix-huit ans dans l’orchestre de l’Opéra-Comique à Paris - institution créée en 1714 qui présente des morceaux chantés s’intégrant au théâtre parlé. Il est également joueur de piano et devient marchand d’instrument de musique. Au cours de sa carrière, il est nommé Officier de l’instruction publique. Faustin Planchat décède à Paris mais ses obsèques sont célébrées à Saintes le 1er janvier 1911, en l’église Saint-Pallais.

Le deuxième fils, Charles (Paris, 1850 – 1904), est également musicien à l’Opéra-Comique comme joueur de trombone. Il devient par la suite agent central de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique à Marseille et directeur du journal Le Petit Marin, également à Marseille. Il est nommé Officier de l’instruction publique en 1898 et décèdera en juin 1904 à Paris.


Les trois autres fils musiciens

Édouard (Perpignan, 1856 – Evian, 1900) suit d’abord des cours au Conservatoire et, en 1881, devient clarinette solo à l’Opéra-Comique. Il devient  le directeur de l’Harmonie cognaçaise en 1886. Deux ans plus tard, son mérite est reconnu et comme ses frères, il est nommé Officier d’académie. À la suite de la fermeture de l’Harmonie, il dirige l’Orphéon puis la Société philharmonique de Cognac. Il est également chef du Petit Casino de Royan. Sa carrière de musicien est brillante. Malade, il meurt à Evian à l’âge de 44 ans. Ses obsèques ont lieu à l’église Saint-Léger de Cognac, en présence d'une foule nombreuse. Édouard Planchat est inhumé au cimetière du Breuil.

On s’étonnera qu'Édouard ne soit pas représenté sur le monument, alors qu'il semble  avoir été l’un des plus connus de la famille...

Raphaël (Saintes, 1865 – Tananarive, 1904) se démarque de ses autres frères en réalisant une carrière musicale dans l’armée. Il s’illustre plus particulièrement au sein du 13e Régiment d’Infanterie coloniale. Engagé volontaire pour cinq ans en janvier 1884 au bureau de Saintes, il part au 6e Régiment d’Infanterie et occupe un poste de soldat musicien. Quatre ans après, il est nommé sous-chef de musique au 3e Régiment du Génie. Il se réengage par deux fois, en 1888 et 1893, pour subvenir aux besoins de son épouse et de ses trois enfants, nés d’un précèdent mariage et qu’il a adoptés. Nommé chef de fanfare au 8e Régiment d’Infanterie coloniale en 1899, il intègre le 13e Régiment d’Infanterie coloniale quatre ans plus tard et part pour Madagascar, alors en proie à de nombreux conflits intérieurs. Il y connaîtra une fin tragique puisqu’il est tué en août à Tananarive.

Ferdinand (Saintes, 1868 – Royan, 1931), cinquième et dernier fils, devient Officier d’académie en 1910 et exerce la profession de professeur de musique, comme son père, dans la ville de Reims. Il décède en mai 1931 à Royan.

Remerciements au Musée d'Orsay et à l'association des Amis du musée du pays rabastinois


Auteurs : Tiphaine Langot, juillet 2017.
Photographie : Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire général du patrimoine culturel. T. Langot, 2017.


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