Les peintures murales de Notre-Dame de L'Absie

Détail de la scène de saint Michel terrassant le dragon, peinte dans le chœur. © Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 14 octobre 2019
 

L'église de l'abbaye Notre-Dame de L'Absie, dans les Deux-Sèvres, conserve des vestiges exceptionnels de peintures murales du 15e siècle. D'autres peintures datant du début du 18e siècle ont été découvertes et font aujourd'hui l'objet d'un programme de restauration, financé notamment par la Région Nouvelle-Aquitaine.

Une abbaye fondée à l'époque romane

Située au cœur de la Gâtine deux-sévrienne, à la limite de la Vendée, l'abbaye Notre-Dame de L'Absie est la plus ancienne abbaye cistercienne du Poitou. Fondée en 1120 par Géraud de Sales, elle a participé, au début du 13e siècle, à l'assèchement du nord du Marais Poitevin grâce au canal des Cinq-Abbés, creusé avec le concours des abbayes de Maillezais, Nieul-sur-l'Autize, Saint-Maixent et Saint-Michel-en-l'Herm.

Vue cavalière restituant l'abbaye Notre-Dame de l'Absie en 1735 (avec l'église coloriée en jaune), d'après un plan publié dans les mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest en 1936. © Reproduction Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.


L'église reconstruite au 15e siècle...

Après la destruction de l'abbaye lors de la guerre de Cent Ans, l'église abbatiale est reconstruite par les abbés Bernard d'Appelvoisin (1442-1468) et son neveu François (1472-1482), dont les armoiries sont visibles sur les clefs de voûte. Ce sont ces ecclésiastiques qui ont commandité au 15e siècle une grande partie des peintures murales que l'on peut voir dans l'église.

L'église est construite en granit local et couverte d'ogives à huit voûtains. Elle présente un plan en croix latine, dont le bras nord du transept est prolongé par la chapelle de La Trémoille à la fin du 15e siècle. Le clocher, édifié à la croisée du transept, sera remplacé par le clocher actuel, construit au 19e siècle devant l'ancienne façade gothique située à l'ouest.


… et ses peintures murales

Parmi les décors peints au 15e siècle sur les murs de la nef, du chœur et du transept, seuls quatre panneaux sont aujourd'hui visibles, mis à jour au cours des 19e et 20e siècles :

  • en 1877, par Letouzé de Longuemar, qui découvre dans la chapelle de La Trémoille une scène figurant la messe de saint Grégoire ;
  • en 1925, par Édouard Raison, qui dégage dans le bras nord du transept un panneau représentant la Crucifixion ;
  • en 1991, par le restaurateur Serban Angelescu, qui met à jour une grande figure de saint Michel sur le mur sud de la nef ;
  • enfin, en 1999, par la restauratrice Véronique Legoux, qui dégage une scène de la Nativité sur le mur est du chœur.

Les deux premiers panneaux, peints à la fin du 15e siècle, ont été classés monuments historiques en 1932, en même temps que l'église (son clocher est quant à lui inscrit depuis 1926). Les thèmes abordés, très en vogue à l'époque de leur réalisation, expriment la quête de piété d'une société préoccupée par l'idée de la mort et cherchant son salut dans l'au-delà.
Les deux autres panneaux sont antérieurs à ceux du transept et datent probablement du 3e quart du 15e siècle.


Le panneau de la Crucifixion, dans le bras nord du transept

Le Christ en croix est entouré, à droite, de l'apôtre Jean figuré en train de prier et, à gauche, de la Vierge qui détourne la tête de son fils et serre ses mains en signe de détresse. La scène s'inscrit devant une vue de Jérusalem, figurée à la manière d'une ville médiévale.

La scène de la Crucifixion peinte dans le bras nord du transept. © Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.


Le panneau de la Messe de saint Grégoire, dans la chapelle de La Trémoille

Le pape Grégoire le Grand est figuré en train de célébrer la messe en l'église Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome. Entouré de deux anges portant les instruments de la Passion, le Christ de douleur lui apparaît sur l'autel, en réponse à sa prière pour convertir une personne doutant de la présence réelle du Christ lors de l'eucharistie.

La scène de la Messe de saint Grégoire peinte dans la chapelle de La Trémoille. © Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.


Le panneau de la Nativité, sur le mur est du chœur

Cette peinture, très effacée, laisse deviner la Vierge Marie entourée de trois anges qui contemplent l'Enfant Jésus nu posé sur le sol. La scène est surmontée d'une architecture à tenture que semble écarter un autre ange.

Détail de la Nativité : on distingue à gauche la Vierge Marie, agenouillée et les mains jointes, qui contemple l'Enfant Jésus entouré de trois anges. © Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel / T. Allard, 2016.


Le panneau de saint Michel, sur le mur sud de la nef

Cette scène de saint Michel terrassant le dragon est d'un graphisme remarquable. L'archange Michel est figuré transperçant de sa lance le dragon de l'Apocalypse. Les ailes déployées et couronné d'un diadème crucifère (qui porte la croix du Christ), il est revêtu d'une cuirasse blanche à doublure rouge.

Détail de la scène figurant saint Michel terrassant le dragon, peinte dans le chœur. © Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2016.


La découverte de peintures murales du 18e siècle

En 2014, de nouveaux sondages ont révélé dans la nef des peintures du début du 18e siècle, comme l'indique la date de 1707 découverte dans la partie haute du mur sud. C'est l'atelier de Brice Moulinier, restaurateur à Blois, qui entreprend, l'année suivante, le dégagement partiel de ce décor peint, sur financement de l’État, de la Région et de l'association Les Amis du patrimoine de L'Absie.

Ce décor, très lacunaire, montre des têtes d'anges, des fragments de personnages non identifiables, des motifs floraux, des chevrons ou encore un chrisme (symbole chrétien composé des deux lettres grecques du mot "christ" X et P), visibles dans la nef et recouvrant partiellement les peintures du 15e siècle.


Orientation bibliographique

  • Claudine Landry-Delcroix, La peinture murale gothique en Poitou, XIIIe-XVe siècle, Presse universitaire de Rennes, 2012, p. 215-216 et 227.
  • Édouard Raison, « L'abbaye de L'Absie-en-Gatine (1120-1735) », étude revue et publiée par Marcel Garaud, Mémoire de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. 13, 1936.
  • Bélisaire Bedain, « Cartulaire et chartes de l'abbaye de l'Absie », Archives historiques du Poitou, t. XXV, 1895.

Auteurs : Thierry Allard, Adeline Rocher, octobre 2016.

 
 

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