Les ateliers de sculpture Saint-Hilaire et Saint-Savin de Poitiers

Photographie de l'intérieur de l'atelier Saint-Hilaire à Poitiers, prise vers 1870 par Séraphin-Frédéric Mieusement.  Médiathèque François-Mitterrand, Poitiers.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 19 janvier 2016
 

Dans la seconde moitié du 19e siècle, sous l'impulsion de l'évêque Louis-Édouard Pie, deux ateliers de sculpture sont créés à Poitiers : l'atelier Saint-Hilaire, en 1855, et l'atelier Saint-Savin, en 1872. Leur production considérable a permis de meubler, durant un demi siècle, nombre d'édifices religieux du diocèse, et parfois bien au-delà. Ils ont cessé leur activité autour des années 1910-1920.

 


L'atelier Saint-Hilaire

Un atelier d'artistes chrétiens créé à la demande de l'évêque...

L'atelier Saint-Hilaire a été créé à la demande de Monseigneur Pie, qui souhaitait que des artistes chrétiens meublent les églises du diocèse dans le style néo-gothique ou néo-roman du moment. C'est Jean-Baptiste Bény (1814-1881), prêtre de la congrégation des oblats de Saint-Hilaire de Poitiers (d'où le nom donné à l'atelier), mais aussi artiste reconnu pour ses talents de sculpteur, qui est chargé de cette mission. Après une période de formation dispensée auprès de l'abbé Choyer, directeur de l'atelier Saint-Joseph d'Angers, il réalise sa première création au couvent de Larnay, à Biard, de 1853 à 1855. Là, avec l'aide de quatre autres artistes issus pour la plupart de l'atelier angevin (Raymond Monereau, Prosper Landais, Raphaël Neveu et Armand Mollay), il sculpte entièrement le décor de la chapelle, ainsi que le mobilier liturgique. Ces travaux constituent les débuts de l'atelier Saint-Hilaire, dont la réputation va alors se répandre rapidement.

… avec des sculpteurs qui se succèdent : Multon, Charron, Beausoleil, Pelletier…

Installé boulevard du Pont-Neuf (devenu Pont-Joubert) et placé sous la responsabilité des oblats de Saint-Hilaire, l'atelier est cédé en 1865 aux sculpteurs Armand Multon et Amédée Charron. En 1872, l'architecte Adolphe Beausoleil succède à Multon. Chargé de dessiner et d'adapter des modèles de meubles religieux aux édifices auxquels ils sont destinés, Beausoleil s'associe à Charron. Leur collaboration se poursuivra jusqu'en 1897, comme l'attestent de nombreuses signatures portées sur les autels. En 1897, Delphin Pelletier remplace à son tour Charron comme responsable de la sculpture à la tête de l'atelier ; sa collaboration avec Beausoleil prendra fin en 1907. C'est à cette date que l'activité de l'entreprise décline, à la fois en raison de l'évolution de la mode et de la diminution des commandes au lendemain de la loi de Séparation des Églises et de l’État.

… pour réaliser autels, retables et statues pour de nombreuses églises poitevines...

Beaucoup d'églises et de chapelles du diocèse de Poitiers ont été meublées par l'atelier Saint-Hilaire. Celui-ci a sculpté dans la pierre, le marbre, l'albâtre ou le bois, des autels, tabernacles, retables, chaires, confessionnaux, fonts baptismaux, statues ou monuments funéraires. Seuls les autels sont en général signés, postérieurement à 1872, et probablement à l'initiative de Beausoleil, comme le montrent les signatures (parfois rehaussées d'une peinture rouge) : « Ateliers St-Hilaire Charron et Beausoleil Poitiers » ou « Ateliers St-Hilaire Pelletier et Beausoleil Poitiers ».

… et du Sud-Ouest

La qualité d'exécution a valu à l'atelier une solide réputation qui s'est propagée du Sud-Ouest de la France (œuvres répertoriées à Toulouse, Bordeaux, Libourne, Hagetmau, Pau) à la région parisienne (Auvers-sur-Oise, Raizeux), en passant par les départements de la Charente (Alloue, Bassac, Magnac-sur-Touvre, Montboyer, Montchaude, Nieul, Puyréaux, Réparsac, Roumazières-Loubert, etc), de l'Indre (Châteauroux, Le Blanc, Concremiers) ou de l'Indre-et-Loire (Yseures).


L'atelier Saint-Savin

Un atelier issu de l'atelier Saint-Hilaire et concurrent renommé

L'atelier Saint-Savin est fondé en 1872 par Alfred Bordas (1848-1923), sculpteur talentueux de l'atelier Saint-Hilaire, dans lequel il a travaillé durant dix ans sous la protection du Père Bény.

Bordas installe son atelier non loin de la cathédrale, dans l'ancienne église désaffectée Saint-Savin (d'où le nom donné à l'atelier). Vraisemblablement aidé d'autres sculpteurs venant de l'atelier dirigé alors par Multon et Charron, Bordas obtient de nombreuses commandes et rivalise avec ses anciens employeurs. Sa renommée est telle que sa production se développe hors des limites du diocèse. Des succursales sont ouvertes à Montauban et à Paris (rue du Four Saint-Germain), comme le montrent des encarts publicitaires publiés dans la presse locale. Comme son concurrent, l'atelier Saint-Savin propose de meubler les églises, les chapelles de châteaux dans le style néo-gothique ou néo-roman, ou de réaliser des monuments funéraires.


Parinaud, Rouzeau et Désoulières

En 1878, Alfred Bordas s'associe à Maurice Parinaud, originaire comme lui du proche Limousin, comme le montre une signature portée sur un autel de l'église de La Chapelle-Bâton (Deux-Sèvres). Cette association est rapidement dissoute en 1881. En 1887, quelques mois après l'obtention d'une médaille à l'exposition artistique de Poitiers, Bordas vend son entreprise à un fils d'entrepreneur en maçonnerie châtelleraudais, Georges Rouzeau. Celui-ci poursuit l'activité de l'atelier jusqu'à la fin de 1899, mais en proposant pour la fabrication des meubles religieux des matériaux plus variés comme le marbre de Carrare, l'onyx d'Algérie et le porphyre. En 1900, un proche de Bordas, Joseph Désoulières, reprend à son compte l'entreprise mais il la cède dès 1907 à son fils Albert. Ce dernier maintiendra l'activité jusque autour des années 1920.


Signatures d'ateliers

Après la fermeture des ateliers Saint-Hilaire et Saint-Savin, certains sculpteurs comme Delphin Pelletier et Albert Désoulières trouvent une reconversion dans la réalisation de monuments aux morts. Ils exercent alors pour leur propre compte ou pour celui d'une association coopérative de tailleurs de pierre et de maçons de Poitiers, La Fraternelle.
 

Orientation bibliographique

  • Philippe DURAN, « Un atelier de sculpture à Poitiers au XIXe siècle : l'atelier Saint-Savin », Revue historique du Centre-Ouest, tome XI, 2e semestre 2012.

Auteur : Thierry Allard.
Remerciements à Jean-Philippe Maisonnave, chercheur, et Christophe Rambert, documentaliste, Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes.

 
 

À la une de l'Inventaire

  • Découvertes

    Le jardin de l'hôtel de ville de Lencloître

    L’inventaire du patrimoine de la commune de Lencloître a permis de retrouver les archives du jardin de l’hôtel de ville réalisé sous le Second Empire, il y a 150 ans.

  • Découvertes

    Les tableaux de René Kunz à Gouex

    L’inventaire du patrimoine de Gouex a permis la redécouverte de quatre tableaux, présentant des scènes de la vie de la commune, réalisés dans les années 1950 par René Kunz, militant communiste et peintre.

  • Actualités

    L'inventaire du patrimoine de Lencloître

    En partenariat avec la Région Nouvelle-Aquitaine, le service Pays d’Art et d’Histoire de l'Agglomération de Grand Châtellerault conduit l'inventaire du patrimoine de Lencloître.

  • Actualités

    L'ethnologue Michel Valière

    Michel Valière, disparu en février 2019, était une personnalité majeure du patrimoine régional. Dans un entretien réalisé par le service des archives de la Région, il témoigne sur son parcours.

  • Découvertes

    Les trois ports de Dompierre-sur-Charente

    Connus autrefois pour leurs expéditions de vins rouges vers Rochefort et d'eaux-de-vie vers Cognac, ces trois ports témoignent de l’intense trafic fluvial qui existait sur la Charente.