Les Girouard : une dynastie de sculpteurs poitevins aux 17e et 18e siècles

Poitiers, détail de la tête de Louis XIV sculptée en 1686-1687 par Jean II Girouard, conservée au musée Sainte-Croix de Poitiers. © Collection des musées de Poitiers / Musées de Poitiers, Christian Vignaud.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 25 juin 2015
 

À la fin du 17e et au début du 18e siècle, Poitiers abrite des sculpteurs de talent réputés dans tout le Poitou, et au-delà : les Girouard. Travaillant aussi bien le bois que la pierre, ces artistes ont réalisé des œuvres destinées principalement à des églises ou des abbayes. L'un d'entre eux, Jean II, le plus connu et probablement le plus doué de la famille, a poursuivi sa carrière en Anjou et dans le Maine, avant de finir sa vie en Bretagne.

La dynastie des Girouard s'étend sur deux générations : d'un côté les parents, Jean Girouard (Jean Ier) et son épouse Joachinne Pastureau, de l'autre quatre de leurs sept fils : Jean II, Pierre, Joseph et Jacques. Les trois autres fils, René, Louis et Jean III, ne semblent pas avoir exercé le métier de sculpteur. La famille était également constituée de trois filles, Marie, Suzanne et une autre Marie.

Abbaye de Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Détail de la partie centrale de l'ancien jubé, sculpté par Jean II Girouard en 1680. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / T. Allard, 2015.

Jean Ier

Né vers 1640 à Chartres (Eure-et-Loir), Jean Ier est venu s'installer à Poitiers en 1660. Il y épouse Joachinne Pastureau, fille d'un doreur poitevin qui pratique elle-même l'art de la dorure. À ce jour, on ne connaît aucune œuvre de Jean Ier. On sait de lui qu'il tient une boutique de petits meubles liturgiques comme des tabernacles. Après sa mort prématurée, le 13 décembre 1676, ce commerce sera poursuivi par sa veuve, avec l'aide de ses enfants, puis avec des sculpteurs engagés selon les besoins.

La deuxième génération est constituée de Jean II (1661-1720), de Pierre (1664-après 1722), sieur de Villiers, de Joseph (1668-?), sieur du Tillet, et de Jacques (1669-?), tous nés à Poitiers dans la paroisse Saint-Porchaire. Ces sculpteurs ne semblent pas avoir de lien avec un autre Jean Girouard (né à Carpentras) qui a réalisé à Bordeaux, vers 1675, deux statues pour l'église Saint-Bruno.

Jean II

Parmi les Girouard poitevins, Jean II occupe une place importante, avec son frère Pierre. Sa réputation est solidement établie dès 1680 et il reçoit de nombreuses commandes. Il travaille principalement pour le clergé régulier, notamment les abbayes qui dépendaient de la congrégation de Saint-Maur, comme Nouaillé-Maupertuis, Saint-Maixent ou Saint-Cyprien de Poitiers. Il réalise pour ces édifices du mobilier liturgique ou des statues monumentales. C'est d'ailleurs dans la réalisation de ces dernières qu'il se fera une réputation, le distinguant de son père ou de ses frères. On peut différencier chez lui deux périodes d'activité, séparées par le décès de son épouse en 1694, l'une poitevine entre 1680 et 1694, l'autre bretonne entre 1695 et 1720.

Quelques-unes de ses réalisations sont conservées, totalement ou partiellement, en Poitou-Charentes.

Saint-Maixent (Deux-Sèvres), abbaye, 1680

Stalles, jubé (remonté au revers de la façade occidentale), chaire à pêcher, confessionnal, statues d'anges.

Poitiers, 1686 et 1687

Portail de l'ancienne juridiction consulaire, 1686 : statues allégoriques de la Justice et de la Prudence (actuellement au musée Sainte-Croix de Poitiers) ; place Royale (actuellement Maréchal Leclerc), 1687 : statue monumentale de Louis XIV, détruite lors de la Révolution (seule la tête est conservée au musée Sainte-Croix de Poitiers).

Nouaillé-Maupertuis (Vienne), abbaye Notre-Dame , 1689-1691

Clôture de chœur, stalles, statues de la Vierge et de saint Jean.

Verruyes (Deux-Sèvres), commanderie Saint-Rémy, 1692-1693

Statues de la Vierge, de saint Jean-Baptiste et de saint Rémy (actuellement conservées au musée d'Agesci à Niort).

En Anjou, puis en Bretagne, Jean II poursuit durant 25 ans son activité de statuaire, délaissant celle de sculpteur de mobilier. Entre 1695 et 1720, on le retrouve à l'abbaye de Saint-Maur-sur-Loire, près d'Angers, aux Chartreux et aux Cordeliers d'Auray, aux Augustins et aux Mauristes de Rennes, à Ancenis et à Vannes. Il réalise dans ces villes essentiellement des statues de saintes ou de saints. Il décède en 1720 alors qu'il est en train de sculpter un ange pour l'abbaye cistercienne de Prières, à Billiers (Morbihan). La commande sera achevée par son frère Pierre.

Pierre, Joseph et Jacques

Pierre est le seul à posséder en propre ses armoiries, signe d'un statut social élevé. Il travaille avec Jean II, à plusieurs reprises, comme à l'abbaye de Saint-Maixent, en 1680, ou plus tard au monastère de Prières (Morbihan), en 1720.
À Poitiers, Pierre réalise, en 1682, les deux statues de la Charité et de la Foi destinées à couronner le portail des Augustins. L'une de ces sculptures se trouve aujourd'hui dans la cathédrale de Poitiers. Il exécute également une statue de femme assise (sainte Madeleine ?), qualifiée de « déesse de la Raison », conservée au musée de Chièvres à Poitiers. En 1699, il travaille pour les religieuses de la Visitation de Poitiers, mais ne pouvant achever la commande, il confie la suite du chantier à son frère Joseph. Il procède de la même façon à Béruges, où le retable qu'il a commencé pour l'abbaye du Pin est achevé par Joseph en 1701. Entre 1714 et 1722, il exécute des œuvres pour le couvent de la Visitation au Mans.

Sur Joseph, on sait peu de choses sur sa vie et son œuvre, en dehors du retable de Béruges. En 1696, il part habiter à La Rochelle. Il se marie à Marguerite Gautron avec laquelle il a une fille, baptisée dans l'église Saint-Sauveur en 1697. On lui attribue aussi les deux bras-reliquaires conservés dans l'église de Magné, près de Gençay.

Quant à Jacques, on ne sait rien de lui, en dehors d'un texte de 1706 dans lequel il est cité comme maître sculpteur.

Bibliographie sélective

  • Anne-Laure Quitté, Jean II Girouard, sculpteur poitevin aux XVIIe et XVIIIe siècle, Mémoire de maîtrise de l'Université de Poitiers, 1997.
  • Pierre Rambaud, Notes et documents sur les artistes en Poitou jusqu'au XIXe siècle, Archives historiques du Poitou, T. XLIII, 1920, p. 82-86.

Auteur : Thierry Allard.

 
 

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