Pierre Vincent, un peintre saintongeais à découvrir

Détail d'un tableau de Pierre Vincent, 1782, à Saintes. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / R. Jean, 2011.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 13 juin 2016
 

De Pierre Vincent, peintre saintongeais né au milieu du 18e siècle, on connaît aujourd'hui une vingtaine de tableaux conservés dans des églises de Charente, de Charente-Maritime et de Gironde.

En revanche on ne sait que très peu de choses de sa vie.
Pierre Vincent se marie le 12 juillet 1773 à Saintes (paroisse Saint-Eutrope) à Marie-Anne Lefèvre, avec qui il a (trois mois plus tard...) un fils, Jacques (né à Saintes le 25 octobre 1773). On peut ainsi supposer qu'il est né vers 1750 à Saintes - ou dans les environs - et qu'il est mort après 1815, date de sa dernière œuvre connue. Au début du 19e siècle, il transporte son atelier de peinture à Bordeaux, où il est sans doute mort, ou dans une commune avoisinante.

On ignore auprès de quel maître Pierre Vincent a été formé, on sait néanmoins qu'il a appartenu au milieu artistique saintais. Ces liens se vérifient du côté de la famille de son épouse, Marie-Anne Lefèvre, qui est la fille d'un peintre et doreur, Pierre Lefèvre (décédé en 1773 à l'âge de 57 ans) et de Marie Moreau, elle-même fille d'un peintre, Jean Moreau. En 1782, Pierre Vincent est le parrain de Marguerite-Elisabeth Moreau, fille d'un peintre Jean Moreau (le même que précédemment ?), baptisée à la cathédrale Saint-Pierre, tandis que la marraine est Marie Dumontet, épouse du sieur de Bellegarde, maître de danse. On trouve aussi, dans les registres paroissiaux de la ville, le nom de Marie-Jeanne Lefèvre (une cousine de Marie-Anne ?) qui se marie en 1768 à un peintre d'origine milanaise, Melchior Denis Briosky (ou Brioschi).
 

Les signatures de Pierre Vincent

Pierre Vincent est connu comme peintre de sujets religieux et ses œuvres sont conservées dans des églises de Charente-Maritime, de Charente et de Gironde. Son activité est attestée à partir de 1781, date de sa première œuvre connue. Il s'agit d'un tableau de Saint-Georges-des-Côteaux, près de Saintes, sobrement signé et daté « Vincent 1781 ». Par la suite, il fait accompagner ses signatures d'un « pinxit » [a peint], formule latine ancienne souvent utilisée par les peintres. En 1786 et 1787, sur les tableaux réalisés pour les églises de Barbezieux et de Lonzac, il y ajoute la formule latine maladroite « Santonibus » [littéralement « pour les Saintais »], qui traduit sa volonté d'appartenir au cercle des peintres de la ville. En 1788, on trouve trace de son activité à la limite de la Gironde et de la Dordogne, à Sainte-Foy-la-Grande où il peint pour l'église Notre-Dame pas moins de quatre tableaux, dont l'un est signé « P. Vincent pinxit 1788 ». Après la Révolution, vers 1810, sur les tableaux conservés à Mortagne-sur-Gironde et Saint-Dizant-du-Gua, il remplace ces expressions latines désuètes par « P. Vincent peintre à Bordeaux », qui indique son changement d'adresse.

L'artiste a eu une certaine notoriété puisqu'il a reçu de nombreuses commandes pour des églises de Saintonge et du Bordelais. Toutefois, la qualité de ses productions est inégale et certaines d'entre elles trahissent quelques maladresses dans le dessin. Le thème le plus fréquemment représenté est la Crucifixion, comme à Barbezieux, La Clisse, Le Douhet, Mortagne-sur-Gironde, Ozillac, Saint-Dizant-du-Gua et Saint-Fort-sur-Gironde. Il a aussi peint des sujets tels que l'Adoration des Mages ou des Bergers (Lonzac et Saintes) et surtout l'Assomption de la Vierge qu'il a figuré à quatre reprises (Pons, Barbezieux, Saint-Fort et Sainte-Foy-la-Grande). Dans ces deux dernières églises, force est de constater la similitude des Assomptions, inspirées de Rubens. Il a également réalisé, en 1785, un dessin figurant les ruines de l'amphithéâtre de Saintes, probablement destiné à une édition lithographique qui n'a pas vu le jour. Enfin, toujours en 1785, il a été mandaté comme expert pour la prisée de 97 estampes à l'occasion d'une succession.

Ruines de l'amphitéâtre de Saintes dessinées en 1785 par Pierre Vincent. © Bibliothèque nationale de France.


Cinq nouvelles œuvres

Grâce à la Fondation de Chambrun, cinq nouveaux dessins de Pierre Vincent ont été découverts. Conservées dans le fonds "Rohan-Chabot, branche de Jarnac", ces œuvres ont été vraisemblablement réunies par le dernier comte de Jarnac, Charles-Rosalie de Rohan-Chabot (1740-1813), militaire connu pour avoir un régiment à son nom, le Jarnac-Dragons.

Comme beaucoup de nobles de son temps, Charles-Rosalie de Rohan-Chabot appréciait les arts et collectionnait les œuvres. Il aimait aussi embellir son château de Jarnac (détruit à la Révolution) et le domaine qui l'entourait. Lui-même dessinateur, il a probablement acquis ces œuvres d'un jeune artiste prometteur de sa province, Pierre Vincent. Celui-ci en a représenté quelques paysages emblématiques, comme les ruines de l'Arc de Triomphe de Saintes ou celles d'un aqueduc romain situé alentour. Il a aussi dessiné la fontaine d'un village, ainsi qu'une scène pastorale.

Ces deux derniers dessins sont signés "P. Vincent invenit" et datés de 1786, tandis que les trois autres figurant des vues de Saintes sont datés de 1788. Bien qu'ils ne soient pas aquarellés, ils s'inscrivent dans la même veine que le dessin figurant les ruines de l'amphithéâtre de Saintes, daté de 1785, conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF) .

Remerciements

  • à Roland Eymard, conservateur délégué aux antiquités et objets d'art de la Gironde
  • à Jean-Philippe Maisonnave, chercheur au service du patrimoine et de l'inventaire de la Région Aquitaine
  • à la Fondation Josée et René de Chambrun pour nous avoir autorisé à publier leurs dessins et à Mélaine Boisseau, stagiaire à cette Fondation, qui nous les a signalés

Auteur : Thierry Allard, aril 2015, complété en juin 2016.

  • Si vous avez des informations sur cet artiste, merci de nous contacter.
 
 

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