Poinçons d'orfèvrerie

Poinçon sur un ostensoir (Charente).
Découvertes
 
  • Mis à jour le 16 juillet 2018
 

Des marques qui intriguent : les poinçons sont des marques de quelques millimètres, frappées en creux - “l'insculpation” - sur tous les objets réalisés en métal précieux (or et argent notamment) : objets religieux, bijoux, vaisselle... Difficilement identifiables à l’œil nu et de formes variées, les poinçons ont des fonctions bien précises.

Poinçons d’Ancien Régime

Les poinçons, dont l'origine remonte  aux 13e-14e siècles, permettent de savoir où, quand et par qui les pièces d’orfèvrerie ont été réalisées.

Poinçon de la jurande de Niort : tour crénelée et lettre N correspondant à l'année 1665.

Le premier en date est le poinçon de jurande (appelé aussi de communauté ou lettre-date). Il est placé sur l’œuvre par les jurés-gardes (d’où le nom de jurande) de la corporation dont dépend l’orfèvre.
Ce poinçon est destiné à garantir la teneur de métal précieux présent dans l’alliage, l’or et l’argent ne pouvant s’utiliser purs. Il est le plus souvent composé d’une lettre, renouvelée normalement tous les ans, ou d’un motif symbolisant la ville où la jurande est installée (un donjon pour Niort, la lettre P pour Poitiers, CHA pour Châtellerault, etc).

 

Poinçon de Mathieu MARCEL, orfèvre de Paris et auteur probable du calice de La Mothe-Saint-Héray, vers 1500. Il représente un visage humain de profil surmonté d'une fleur de lys couronnée.

L’autre poinçon est celui du maître orfèvre.
Il est constitué au début de motifs variés (animal, fleur de lys, étoile, croissant, cœur, etc).
À partir du 16e siècle, il est composé des initiales de l’orfèvre (dans l’ordre prénom/nom) accompagnées d’un ou de plusieurs symboles choisis par lui.

 

À partir de 1672 (date d’une réforme imposée par Louis XIV) et jusqu’en 1784, les pièces d’orfèvrerie sont pourvues de deux autres marques : les poinçons de charge et de décharge. Instaurés au profit du pouvoir royal qui en tire une source de revenu, ils sont frappés par le fermier général de la province (ou son représentant).

Poinçon de charge de la juridiction de Poitiers (G couronné)

Poinçon de décharge (chat) de Poitiers 1775-1781.

Le poinçon de charge est constitué d’une lettre majuscule, invariable pour chaque juridiction, dont la graphie change régulièrement : A pour Paris, G pour Poitiers, K pour Bordeaux, etc.

Le poinçon de décharge, plus petit, est de forme très variée : têtes d’animaux, fleurs, instruments de musique, objets divers (marmite, vase, casque, caducée, etc).

Quelques poinçons modernes

Avec la Révolution, toutes les corporations et jurandes sont dissoutes. Les poinçons sont alors remplacés par de nouvelles empreintes qui simplifient l’ancien système.

Poinçon de l'orfèvre parisien Charles Eugène Trioullier (initiales CT et burette au milieu), milieu du 19e siècle.

Poinçon de Minerve, avec le différent de Lyon, après 1838.

À partir de 1798, les orfèvres inscrivent leurs initiales (parfois leur nom entier), accompagnées le plus souvent de symboles, à l’intérieur d’un poinçon en forme de losange. Les marques de jurande, de charge et de décharge sont remplacées par des poinçons de titre et de garantie. Ces derniers changent de nouveau en 1809 et 1819 avant d'être remplacés, en 1838, par une seule et unique marque : la “Minerve”. Celle-ci figure une tête de femme grecque casquée vue de profil et sous le menton de laquelle se trouve un motif, appelé “différent”, qui change selon la ville où l’œuvre a été produite.

 

L'album-photos

Nous vous proposons de découvrir ces poinçons sur quelques objets étudiés lors des enquêtes d'inventaire des différents territoires de la région : objets de culte (calice, patène, ostensoir...) et des tâte-vins (ou taste-vins).

Auteur : Thierry Allard

 

Pour en savoir plus

  • Louis Carré, Guide de l'amateur d'orfèvrerie française, Paris, 1974.
  • Jacques Helft, Le poinçon des provinces françaises, Paris, 1968.
  • Elie Pailloux, Orfèvres et poinçons : XVIIe, XVIIIe, XIXe s. Poitou, Angoumois, Aunis, Saintonge, La Rochelle, 1962.
  • Michèle Bimbenet-Privat, La datation de l’orfèvrerie parisienne sous l’Ancien Régime : poinçons de jurande et poinçon de la Marque (1507-1792), Paris, 1995.
 
 

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