14-18 : des monuments aux morts réalisés par les sculpteurs poitevins Albert Désoulières et Delphin Pelletier

Saint-Sauvant (Vienne), monument aux morts réalisé en 1923, par Pelletier.  © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel.  T. Allard, 2016.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 6 mars 2018
 

 

Dans la Vienne, en Charente ou en Deux-Sèvres, comme partout en France, la plupart des monuments aux morts, édifiés entre 1920 et 1925, ont été produits en série par des entreprises de dimension nationale comme les Marbreries Générales ou Jacomet. Certains d'entre eux sont des créations originales, réalisées par des artistes réputés tels Aimé Octobre, Émile Peyronnet, Pierre-Marie Poisson ou Maxime Real del Sarte. D'autres, enfin, sont nés des mains de sculpteurs locaux comme Albert Désoulières et Delphin Pelletier.

Les monuments d'Albert Désoulières

Albert Désoulières (1882-1959) est le dernier directeur de l'atelier de sculpture Saint-Savin, créé en 1872 par Alfred Bordas. Au lendemain de la guerre 14-18, après la fermeture de cet atelier qui a réalisé de très nombreux meubles religieux ou statues pour les églises des diocèses de Poitiers et d'Angoulême, Désoulières trouve une reconversion dans la sculpture de monuments aux morts que les collectivités commandent alors en grand nombre. Également architecte, il diversifie son activité en produisant des statues funéraires destinées aux sépultures, comme on peut en voir dans de nombreux cimetières.

Pour les monuments aux morts, Albert Désoulières a principalement proposé à la vente deux modèles, au choix pour les communes en fonction de leurs moyens financiers : un modèle simple, sous forme de pyramide, et un autre, sculpté, qui intègre une statue de soldat.

Le modèle de type pyramide

Le premier modèle consiste en une pyramide sur laquelle apparaît l'inscription « Aux enfants de [suivi du nom de la commune] morts pour la France (ou la Patrie) » accompagnée d'une branche de laurier surmontée, le plus souvent, de la croix de la Légion d'Honneur. Ce modèle se retrouve, à quelques variantes près, dans la Vienne à Jazeneuil, Luchapt, Montamisé, Vouzailles et, dans les Deux-Sèvres, à Pamproux.

Le modèle de type Poilu

Le deuxième modèle, dit sculpté, a donné lieu à deux variantes en fonction de l'attitude donnée au Poilu.

Le Poilu vainqueur

La première version montre un soldat prenant appui sur la jambe droite, brandissant triomphalement un drapeau de son bras droit levé, le regard tourné vers le ciel. Il porte deux cartouchières à la ceinture, une épée à son côté gauche et une Croix de guerre épinglée sur le torse. C'est ce modèle que l'on peut voir à Lésigny, Ligugé, Mouterre-sur-Blourde, Saint-Georges-les-Baillargeaux ou à Vivonne.

Le Poilu triomphant

La seconde version montre un Poilu solidement campé sur ses jambes, placées de part et d'autre d'une panière tressée, les mains posées sur le canon d'un fusil, la tête fièrement levée et le regard lointain. C'est ce modèle qui a été choisi à Moussac, Neuville-de-Poitou, Nieuil-l'Espoir, Smarves, Usson-du-Poitou ou à Vouillé.

Les monuments de Delphin Pelletier

Comme Albert Désoulières, Delphin Pelletier (1860-1949) est un ancien directeur d'atelier de sculpture de Poitiers, celui de Saint-Hilaire, dont les portes ont fermé vers 1907. Il semble s'être très tôt associé à l'Association coopérative des ouvriers tailleurs de pierre et maçons de Poitiers, plus connue sous le nom de « La Fraternelle », fondée en 1897. Il est d'ailleurs probable qu'il ait travaillé pour elle dès la fermeture de l'atelier Saint-Hilaire, réalisant en sous-traitance les figures de Poilus, suite aux contrats obtenus par La Fraternelle à partir de 1919.

Comme Désoulières, en plus d'un modèle simple et peu onéreux de type pyramide, Pelletier a proposé pour ses monuments aux morts deux types de Poilu.

Le Poilu serein

Un premier modèle figure un soldat au visage serein et idéalisé, presque souriant, tenant dans sa main droite un fusil, la crosse posée au sol, et de l'autre main un drapeau frappé des mots « Honneur et Patrie ». C'est ce type de représentation qui a été adopté dans la Vienne pour les communes de Champagné-Saint-Hilaire, Pressac, Saint-Sauvant et, en Charente, à Saint-Christophe.

Le Poilu grave

Un deuxième modèle montre un Poilu portant à deux mains le drapeau national frappé des mots « Honneur et Patrie ». À la différence du précédent modèle, le visage du soldat n'est pas idéalisé, mais il apparaît empreint de gravité et son regard est lointain. On peut trouver cette représentation à La Chapelle-Viviers et à Rouillé, dans la Vienne.

Tous ces monuments portant la signature de Delphin Pelletier ont été exécutés dans le cadre de contrats signés entre les communes concernées et Eugène Blanchard, directeur de La Fraternelle dans les années 1920.

Et d'autres sculpteurs locaux moins connus...


À côté de Désoulières et de Pelletier, d'autres sculpteurs locaux moins connus ont réalisé un certain nombre de monuments en Poitou :

  • Eugène Boireau à Anché, Availles-Limouzine, Chouppes et Gençay ;
  • Narcisse Bordeaux à Coussay-les-Bois, Lencloitre, Naintré et Verrue ;
  • Germain Giraud à Amberre, Avanton, Chabournay et Chasseneuil-du-Poitou ;
  • Ildefonso Berdeguer à Chiré-en-Montreuil, Messais, Saint-Chartres (Moncontour), ainsi qu'en Gâtine deux-sévrienne.

Par leur production, ces artistes locaux complètent la demande d'érection de monuments aux morts, à mi-chemin entre ceux réalisés par les manufactures nationales et ceux des ateliers régionaux de sculpture.

 


Auteur : Thierry Allard, octobre 2017.

Photographies (sauf indication contraire) : © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. T. Allard, 2015, 2016.

 



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