Monuments disparus : Chapelle Saint-Nicolas de Charzay à Mazières-sur-Béronne (Deux-Sèvres)

La chapelle de Charzay dessinée dans les années 1890 par Gabriel Robuchon, pour les Paysages et monuments du Poitou.
Découvertes
 
 

Les acquéreurs des biens nationaux mis en vente à la Révolution étaient souvent plus intéressés par les terres dépendant des prieurés et abbayes, que par les bâtiments eux-mêmes. Ainsi, nombre de ces derniers laissés à l'état de ruines ont complètement disparu de nos jours. C'est le cas de la chapelle du prieuré Saint-Nicolas à Charzay, dans la commune de Mazières-sur-Béronne, en Pays mellois. Les seuls souvenirs qui en subsistent sont des dessins de Gabriel Robuchon, réalisés dans les années 1890.

Le prieuré dépendait de l'abbaye de Fontdouce en Saintonge. Sa chapelle, fondée à une époque inconnue, était encore en bon état lors d'une visite au milieu du 18e siècle. Plus grande que l'église paroissiale de Mazières - à tel point que le culte faillit, en 1769, y être transporté – la chapelle fut vendue comme bien national en 1796. Elle comportait alors une seule nef, avec un chevet plat, ce qui facilita sa transformation en habitation : elle fut divisée en deux niveaux par un plancher, et une cheminée fut construite au rez-de-chaussée et une autre à l'étage. Puis elle devint une dépendance agricole, et le manque d'entretien conduisit à sa ruine complète en 1954.

La chapelle de Charzay dessinée dans les années 1890 par Gabriel Robuchon, pour les Paysages et monuments du Poitou. Reproduction Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / C. Rome, 1994.

La chapelle de Charzay, dessinée dans les années 1890 par Gabriel Robuchon, pour les Paysages et monuments du Poitou. Reproduction Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / C. Rome, 1994.

Dans les années 1910, la construction montrait encore des traces de retombées d'arcs, de colonnes, de chapiteaux, qui prouvaient qu'avant sa disposition avec une seule nef et un chevet plat, elle avait compté plusieurs travées voûtées en ogives, de la fin du 12e ou du début du 13e siècle. Quelques vestiges conservés ont été remontés dans la grange de la cure de Mazières.

Une partie de ces voûtes aurait été remployée, entre 1850 et 1876, dans une chapelle funéraire au château des Ouches, à Saint-Génard, tout proche. Curieusement, cette chapelle à toit polygonal en pierre n'apparaît dans aucune des sources, ni aucun des plans relatifs au château, si ce n'est sur un dessin de Gabriel Robuchon datant des années 1890.

Gabriel Robuchon "Mérovak" (1874-1955)

Fils cadet du photographe Jules Robuchon, Gabriel Robuchon avait participé à l'illustration des Paysages et monuments du Poitou, entre 1892 et 1895.
Fugitivement inscrit à l'école des arts décoratifs en 1891, il vivait à Paris au Quartier latin. Sa passion de l'histoire médiévale l'avait fait surnommer Mérovak, en 1897, par l'astronome Camille Flammarion, qui lui trouvait la chevelure du roi Mérovée.
Il dessinait des cathédrales, réelles ou idéales et imaginaires. Il illustra en 1898 La cathédrale de Huysmans.
Passant des heures entières dans les clochers – ceux de Rouen, Paris, Reims, Strasbourg, Metz, ou de l'abbatiale de Redon, vêtu d'une cape romantique, d'un pourpoint de velours et d'un chapeau de feutre à larges bords, il composait des poèmes mystiques.
Il improvisait à l'orgue et au piano, était poète, acteur et chanteur ; l'acteur Louis Jouvet le qualifiait d'hugolâtre.
Féru d'occultisme, il disait : "je date du règne de Louis XI et j'ai bien connu Jeanne d'Arc".
Il épousa Éléonore Staub en 1912. Sa "fleur des cathédrales", rencontrée à Metz, partageait sa vie vagabonde. Mais elle mourut en 1918, peu de temps après le retour de Gabriel, qui avait été pendant deux ans prisonnier de guerre en Allemagne.
Conférencier d'art et d'histoire novateur, il parcourait les écoles avec son phonographe pour y appliquer sa méthode de pédagogie sonore. Il avait fondé, en 1932, le Bulletin de la pédagogie sonore, et aussi, en 1901, Le vieux Lisieux, le Journal de l'homme des cathédrales.

  Couverture d'un carnet "Le Mont-Saint-Michel interprété par Mérovak, l'homme des cathédrales - Souvenir du Mont Saint-Michel", sans date (collection particulière).

Couverture d'un carnet "Le Mont-Saint-Michel interprété par Mérovak, l'homme des cathédrales - Souvenir du Mont Saint-Michel", sans date (collection particulière).


Auteur : Marie-Paule Dupuy

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