Monuments disparus : Manoir de la Roche-Pichier à Sainte-Éanne (Deux-Sèvres)

Le manoir de la Roche-Pichier à Sainte-Éanne (Deux-Sèvres), en 1983, avant sa destruction.
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Nombre de manoirs, désertés par les familles seigneuriales qui les avaient édifiés, sont peu à peu tombés en ruines après la Révolution ; à tel point que parfois, leur nom même a disparu lui aussi. Ce fut le cas pour le manoir de la Roche-Pichier, dans la commune de Sainte-Éanne, dans les Deux-Sèvres, détruit en septembre 1983.

Entre les hameaux du Coudré et de la Ronce s'étend aujourd'hui un vaste espace cultivé, sur les hauteurs dominant la vallée du Pamproux. La maison forte de Rocha super Fayam (la forteresse au-dessus de la hêtraie) s'y élevait depuis le milieu du 13e siècle. Acquise par la famille Picher un siècle plus tard, elle devint la Roche-Picher, ou Piché, ou Pichier. À la fin du 17e siècle, les Picher l'occupaient encore. Ces trois siècles avaient ôté à l'édifice son aspect de maison forte ; quatre archères seules demeuraient, dans ce qui était devenu un manoir soigneusement entretenu par ses propriétaires : un marché de 1635 conservé aux archives départementales des Deux-Sèvres révèle la commande d'une garniture complète de vitres "en verre de France bien plombées", un autre, en 1691, concerne la réfection complète des toitures du manoir et de ses dépendances, "en ardoises, tuiles plates et bardeaux". C'est sous son aspect du 17e siècle que le manoir fut livré à l'abandon.

Le cadastre de 1831 montre un bâtiment en quadrilatère ouvert, assez tôt entièrement disparu, et  au sud, un bâtiment parallèle qui subsista jusqu'en 1983. Plus au sud encore s'élevait la chapelle Sainte-Éanne ou Sainte-Annaire ; son vocable d'origine (qui est celui d'un saint, Éanne, Aunarius ou Annarius), mal compris sans doute, fut transformé en Notre Dame dès 1769. C'était une chapelle aux revenus florissants.
Au sud de la chapelle, une fuie (petit pigeonnier) fut édifiée au début du 18e siècle. Sa porte d'entrée était surmontée des armes des Picher, d'argent à trois pichets de gueules, avec d'autres armes figurant une croix.

Cet ensemble était ceint de deux vastes garennes boisées, celle de la Roche-Picher et celle de la métairie voisine de la Ronce, qui appartenait à la seigneurie, comme les métairies de Rivière, de Parthenay, et des Chasseignes. Des hameaux portent encore les noms de ces métairies.

Le domaine fut acquis au siècle dernier par l'école militaire de Saint-Maixent, qui y aménagea un haras. Des générateurs furent installés au rez-de-chaussée du bâtiment, dont l'agencement fut modifié pour servir de dépendance militaire, elle-même bientôt obsolète puis abandonnée.

Plan du rez-de-chaussée du manoir la Roche-Picher ou Pichier, commune de Sainte-Éanne, Deux-Sèvres. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / Zoé Lambert, 1983. Plan du rez-de-chaussée du manoir la Roche-Picher ou Pichier, commune de Sainte-Éanne, Deux-Sèvres.
© Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / Zoé Lambert, 1983.

Le manoir de la Roche-Picher ou Pichier, dans la commune de Sainte-Eanne, dans les Deux-Sèvres. L'élévation nord du logis. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / A. Maulny, 1983. Le manoir de la Roche-Picher ou Pichier, dans la commune de Sainte-Éanne, dans les Deux-Sèvres. L'élévation nord du logis.
© Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / A. Maulny, 1983.

 

Auteur : Marie-Paule Dupuy