Monuments disparus : Couvent des Filles de Notre-Dame, puis gendarmerie, à Poitiers (Vienne)

Couvent des Filles de Notre-Dame puis gendarmerie. Le réfectoire. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / Alain Dagorn, 2001.de la Tour-Chabot (Niort), en 1970, vue intérieure. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / J.-P Joly, 1970.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 23 juillet 2015
 

La nécessité d'aménager, au cœur des villes, de nouveaux équipements, a parfois conduit à la disparition d'édifices plus anciens qui avaient une tout autre destination. Ce fut le cas pour le couvent des Filles de Notre-Dame à Poitiers, transformé à la fin de la Révolution en gendarmerie, et démoli deux cents plus tard pour accueillir l'actuel TAP (Théâtre Auditorium de Poitiers).

Les Filles de Notre-Dame, religieuses enseignantes dont la règle était une adaptation de celle des jésuites, s'installèrent en 1618 en cet endroit, dans l'hôtel Jarno Du Pont. Leur nombre augmentant (il y eut jusqu'à 90 religieuses, autant de pensionnaires et 200 élèves), elles acquirent alentour des terres et des immeubles, et firent édifier à leur place, par le maître-maçon Barthélemy Gilles, entre 1635 et 1637, un édifice doté d'un demi cloître, avec une aile à angle droit, qui donnait sur la rue des Hautes-Treilles (rue de la Marne), alors seule voie d'accès à cet endroit.

Suivant une chronique des religieuses carmélites, leurs voisines au nord, le site présentait en 1717 « côté du couchant une belle prairie, au milieu de laquelle serpente un petit ruisseau toujours plein. Cette prairie est bordée d'un côté d'une longue chaîne de rochers escarpés couverts de champs et de vignes. Du côté du septentrion est une belle campagne arrosée de la petite rivière du Clain ».
De cette prairie, on pouvait alors contempler une ligne de clochers, tous semblables, sommant des établissements issus de la Contre-Réforme : carmélites, Filles de Notre-Dame, visitandines et ursulines. En témoignent les vues de Gaignières (1699) et de Beaumesnil (milieu du 18e siècle), conservées à la Médiathèque de Poitiers. On voit sur un plan de Gaignières que l'église des Filles de Notre-Dame a son chevet au sud ; un dessin du même, fait depuis les coteaux de l'ouest, montre l'imposante construction, établie sur quatre niveaux, avec sept travées très régulières.

Les religieuses furent dispersées en 1792. Six ans plus tard, l'architecte Vétault fut sollicité pour l'installation d'une gendarmerie. Les bâtiments avaient souffert déjà, la stabilité des travées de Barthélémy Gilles ne reposant que sur la relative solidité des voûtes du cloître et du réfectoire. Pendant un siècle, des travaux, menés par les ingénieurs et architectes Duvaucelle, Dulin et Royer, se succéderont pour la mise en conformité de cet édifice, où il fallait installer bureaux, buanderie, réserves de bois, greniers, offices, écuries (dont une pour les chevaux malades), prison, gendarmes ordinaires et sous-officiers, et leurs épouses...
Entre temps, la prairie, asséchée par Zacharie Galland, avait fait place en 1851 à une voie de chemin de fer et à un boulevard (Solférino), conçu entre 1856 et 1867. La rue Boncenne ne fut percée qu'en 1860.

En 1975, la caserne de gendarmerie fut transférée aux Dunes, à l'est de la ville.
Et, après une campagne de fouilles débutée en 2001, c'est en 2005 que fut posée la première pierre du TAP, inauguré le 4 septembre 2008.

Le TAP (Théâtre Auditorium de Poitiers), œuvre de l'architecte portugais João Luís Carrilho da Graça, fut inauguré en 2008. Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / C. Rome, 2014

Auteur : Marie-Paule Dupuy

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