Monuments disparus : Ancienne église paroissiale de Pas-de-Jeu (Deux-Sèvres)

Les ruines de l'église de Pas-de-Jeu, en 1973.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 23 juillet 2015
 

L’ancienne église de Pas-de-Jeu a été entièrement démolie en 1973, année de la prise de vue par l'inventaire de ces photographies. Elle était déjà ruinée en 1878, au moment de la consécration de l’édifice qui l'a remplacée.

La Semaine liturgique du diocèse de Poitiers de cette année-là évoque le nouvel édifice, « en face de l’ancien temple ruineux ».
Les constructions environnantes avaient même commencé à se développer dans la partie ouest du sanctuaire, encastrant dans un mur ce qui pouvait être le balcon de bois de la tribune, cependant que sureaux, figuiers et lauriers pénétraient le reste de la bâtisse, becquetée ça et là par les oiseaux avides de calcaire.

Album-photos

Photographies © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / Alain Maulny, 1973.

L’église pouvait remonter à l’époque romane. Couverte de tuiles creuses, elle avait déjà été maintes fois remaniée, comme en témoignaient les portes et les baies comblées dans les murs tout autour. À la jonction de la nef, rectangulaire, et du chœur, s’élevait un clocher-porche ; cette disposition pouvait indiquer que l’édifice, de taille plus modeste auparavant, avait été agrandi ultérieurement vers l’est. La différence de facture des murs confirmerait cette hypothèse.
Un ornement de métal subsistait encore au sommet du clocher, dont les deux baies ne portaient pas de traces apparentes de suspension de cloches. Une porte en arc brisé, ornée d’un discret bourrelet et surmontée d’un larmier, ouvrait l’église vers le sud. L’abside portait extérieurement une rangée de modillons ; la disposition des pierres qui les surmontait suggérerait une couverture antérieure en lauzes. Elle abritait un chœur voûté en cul-de-four, encadré de colonnes aux chapiteaux succinctement ornés, avec des petits bénitiers encastrés dans les murs. Le linteau de l’une des baies murées portait un minuscule blason.

Mais ce qui rendait la ruine spectaculaire était un imposant retable architecturé en pierre, de facture classique, et qui occupait tout le fond du chœur. Il présentait, au-dessus d’un autel tombeau, un foisonnant décor d’exécution soignée. Des rangées de modillons soulignaient des motifs végétaux d’inspiration baroque, et ponctués d’une figure centrale d’angelot. Une niche voûtée en coquille, encadrée de deux colonnettes de marbre aux chapiteaux corinthiens, couronnait le tout. Elle était sommée d’un Sacré-Cœur d’où fusaient des volutes de flammes - ou de feuilles d’acanthe. Quatre colonnes soutenaient la partie supérieure du retable ; elles avaient disparu en 1973 mais on en devinait encore la trace. Elles enserraient des chutes sculptées, aux fleurs et aux fruits retenus par des nœuds. Au nord et au sud, en bas, la silhouette du retable était encore élargie par des ouvertures de même facture, plaquées sur d’anciennes baies de l’édifice. Au centre du monument se devinaient les vestiges d’une peinture murale, un arbre, peut-être – préfigurant ceux qui l’envahissaient alors.

Auteur : Marie-Paule Dupuy

 
 

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