Les artisans de L'HERMIONE : armateur et maîtres d’œuvre

Les artisans de L'HERMIONE : armateur et maîtres d’œuvre
Découvertes
 
  • Mis à jour le 6 juillet 2017
 

L'Association Hermione-La Fayette est l'armateur de L'Hermione. Sa déléguée générale, Maryse Vital, a suivi le projet depuis le début. C'est l'entreprise Yacht Concept, notamment l'ingénieur Jean-Philippe Houot, qui assure la maîtrise d’œuvre du chantier depuis 2007, succédant à deux autres maîtres d’œuvre. Maryse Vital et Jean-Philippe Houot évoquent l'audacieux défi de cette construction..

 

Maryse Vital décrit les difficultés rencontrées par l'association dans son rôle d'armateur novice, qui découvre chacune des étapes. Elle revient sur  l'aventure de plus de vingt ans, la disponibilité des membres de l'association, le coût et le financement du projet. L'entretien a eu lieu pendant les essais en mer de L'Hermione, à l'automne 2014.

Cela a été une aventure complexe, pas de tout repos et ce n’est pas fini, loin de là, mais l’aventure de la construction a déjà été compliquée. En fait, on est dans une succession d'aventures, parce qu’on a eu d’abord les charpentiers qui avaient tout l’espace. Ils ont dû ensuite le partager avec d’autres travailleurs, et puis, plus récemment, il y a une autre aventure, celle où l'on ne parle plus que de navigation, des gréeurs d'abord, et maintenant des marins, de nos jeunes volontaires notamment.
Maryse Vital


Un défi humain

L'Association Hermione-La Fayette a vu le jour à la fin de l'année 1992, à l'initiative de passionnés, quelques membres du Centre International de la Mer installé à la Corderie Royale et plusieurs élus de la Ville de Rochefort.

Ensuite, on a eu les années de préparation, entre 1992 et 1997. D’abord, pour retrouver les éléments historiques sur ce bateau parce qu’on ne s’est pas posé tellement de questions sur le choix du navire, c’était L’Hermione et pas autre chose. Puis, il fallait sélectionner un maître d’œuvre pour préparer quelques plans préparatoires, lancer un appel d'offres pour trouver une entreprise de construction et chercher les moyens financiers qui permettaient de construire au moins la première tranche. Donc en 1997, on a posé le premier morceau de bois.
[La quille a, symboliquement, été posée le 4 juillet 1997 , fête de l'Indépendance américaine.]
Pour la construction, le choix de l'entreprise Asselin, une entreprise du bâtiment, a été mal perçu par tous les gens du domaine maritime, même si, en fin de course, elle a été reconnue pour ses compétences.
La bonne nouvelle de cette aventure, c’est que, c’est un projet populaire pour lequel l’adhésion ne s’est pas démentie jusqu’à aujourd’hui. On a quand même financé à plus de 60 % le projet grâce au public ; on est à 7 000 adhérents et à 4 millions de visiteurs à Rochefort depuis le début de l’aventure. Le sponsoring d'entreprises, ça vient un petit peu maintenant, mais proportionnellement c’est négligeable. 
Maryse Vital

Une aventure technique

Trois maîtres d’œuvre se sont succédé sur les 17 ans de chantier. La troisième, Yacht Concept, a commencé sa prestation en 2007.

Un fonctionnement associatif n’est forcément pas toujours homogène, parfois il y a des avis divergents, chacun croit détenir une vérité, c'est la raison pour laquelle l’association s’est dotée d’entités d’arbitrage. Il y a un rapporteur du collège d’experts capable d’entendre des avis éventuellement contradictoires des experts et de décider.
Jean-Philippe Houot

Sur chaque décision, il y a  discussion, parfois bataille, pour savoir où on met le compromis, jusqu’où on va, est-ce que c’est l’historicité visuelle ou est-ce que l’on va plus loin.
Maryse Vital
Il a été utilisé des ponts roulants, des scies, des perceuses, des visseuses, des moyens modernes pour  mettre en œuvre la matière, notamment la charpente. De même, il y a un certain nombre d’éléments d’assemblages discrets, voire invisibles, qui sont modernes, on a des boulons, on a des tire-fonds, à l’époque cela n’existait pas, soit on rivetait, soit on clouait. Là, on est déjà dans une forme de compromis pour que ce soit faisable, mais avec nos critères actuels, de solidité et de facilité de maintenance.
Une réplique la plus historique possible, avec des compromis. Dès lors que ce bateau est appelé à naviguer, il faut se plier à un certain nombre de contraintes de sécurité à voir avec les Affaires maritimes et le bureau Véritas : L'Hermione est équipée de cloisons étanches,  de compresseurs, de moteurs extérieurs, d'une réservoir à mazout, de pompes, de systèmes de ventilation et de protection contre l'incendie ; bref, tout un matériel un peu anachronique dans un bateau du 18e siècle…
Jean-Philippe Houot
Il y avait plusieurs arguments en faveur du lamellé-collé pour les mâts. La solidité et le coût, puisque c'était du simple au double, et en terme de maintenance. D'autre part, pour les mâts peints, cela ne se voit pas du tout, cela se voit uniquement pour le mât d'artimon, à l'arrière, qui n'est pas peint. Il ne faut surtout pas le cacher aux visiteurs, mais plutôt  expliquer ce choix. Il est possible que si l'on refaisait certains choix aujourd’hui, ils seraient différents.
Maryse Vital
S’agissant de la partie gréement, on a fait un certain nombre d’enquêtes, de recherches sur des matériaux, qui ont permis d’aboutir à un gréement qui est à 97 % la réplique exacte du gréement historique et qui marche bien comme tel. On a fait ces choix-là après s’être assurés qu’avec nos maigres moyens humains d’aujourd’hui, on arriverait effectivement à naviguer.
Entre nous et les artisans, il y a eu une démarche de recherche appliquée, recherche pragmatique ; aller tester, creuser, casser des petits bouts de bois et dire tiens ça c’est bien, ça c’est moins bien. Toujours sous l’œil de notre collège d’experts qui avait des compétences.
Jean-Philippe Houot


Films

"Portrait : Benedict Donnelly" - Association Hermione. Par Imagine Créations, 2011. 00:05:12

Clip Hermione - Région Poitou-Charentes. Par Imagine Creations, janvier 2015. 00:03:20.


Remerciements à Maryse Vital et à Jean-Philippe Houot, ainsi qu'à l'association Hermione-La Fayette.
Entretiens recueillis par Willy Paroche, association AREAS.
Article : Pascale Moisdon.


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