"Une vie, une usine" : chaudronnier aux Chantiers navals de La Rochelle-Pallice

Soudage des traverses supérieures de presses à pneus pour Michelin, en 1970. © Fonds Paroles de Rochelais.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 27 août 2015
 

De 1948 à 1987, les Ateliers et Chantiers de La Rochelle-Pallice (ACRP) ont produit de nombreuses machines et pièces industrielles, ainsi que 350 bateaux, dont le célèbre navire océanographique Alcyone conçu pour le commandant Cousteau. Six anciens ouvriers de l'entreprise livrent leurs souvenirs de travail, des années 1950 jusqu'à la fin des années 1980.

 

Documentaire sonore "Ils avaient oublié le Chantier naval"

Documentaire sonore réalisé par Dominique Cambon, pour la Région Poitou-Charentes dans le cadre de l'inventaire des mémoires ouvrières des Chantiers navals de La Rochelle-Pallice, en mai 2014. Durée : 00:13:31
Daniel Robert, fils et frère d'ouvrier des Chantiers navals de La Rochelle-Pallice, raconte son parcours au sein de cette entreprise entre 1961 et 1987, année de sa fermeture. Il travaillait, au sein du secteur industriel, dans l'atelier de chaudronnerie qui regroupait une centaine de personnes. Les Chantiers ont été intégrés dans le dispositif amiante pour la période 1923-1990. Aujourd'hui retraité, Daniel Robert constitue, depuis 2003, des dossiers de reconnaissance de maladie professionnelle - 80 à ce jour.

 

À l'école d'apprentissage

Les Chantiers navals de La Rochelle possèdaient leur propre école d'apprentissage, où étaient formés la plupart de leurs ouvriers chaudronniers, ajusteurs et tourneurs. Après l'obtention de son CAP, chaque jeune rejoignait l'atelier où il était encadré par un ouvrier qualifié qui complétait sa formation.

Chaudronnier

Aux Chantiers navals, les chaudronniers avaient chacun des tâches spécifiques.

« Il y a le traceur de coque qui trace les pièces dans les tôles, celui qui les découpe et qui les meule, un autre assemble les tôles sur le ber [le chantier] quand on commence à monter les morceaux de bateau, il les pointe et après le soudeur vient souder. »

Le métier de traceur de coque

Le traceur de coque est celui qui, à partir des plans du bateau, trace les formes des différentes pièces à confectionner en tôle. À partir de 1961, le métier de traceur de coque aux Chantiers navals de La Rochelle-Pallice a évolué considérablement, le tracé de tôles en vraie grandeur étant remplacé par le tracé au dixième.

Le traçage en vraie grandeur se faisait dans une grande salle d'environ 120 m de long sur 12 m de large, dotée d'un sol en bois. Le tracé qui se faisait directement sur le plancher comprenait une vue longitudinale, c'est-à-dire une vue de face, une vue horizontale, une vue de dessus, et des coupes transversales. Les formes étaient développées avec des lattes en bois de 8 m de long sur 3-4 cm de large et 8 à 10 mm d'épaisseur. Pour tenir ces lattes, on se servait de poids de15 et 20 kilos que l'on posait aux endroits de points de tracés définis. Pour traduire la forme de la pièce ainsi développée, un gabarit en bois cloué était confectionné. Ce gabarit servait à tracer à la craie la forme voulue sur une tôle, découpée ensuite au chalumeau à la main ou fixé sur un petit chariot circulant sur des rails. Les deux tôles symétriques, correspondant à chaque côté, étaient faites l'une après l'autre.

Le tracé au dixième reprend le principe du tracé en vraie grandeur, mais tout est divisé par 10 : le tracé d'un bateau de 100 m ne fait plus que 10 m. Sur une table de 10 à 12 m de long, le traceur dessine à l'encre, souvent avec une loupe. Les lattes en bois sont remplacées par de petites lattes en plastique et les poids ne font plus que 2 kilos. Des calques spéciaux sont utilisés à la place des gabarits. À la production, le découpage se fait par lecture optique, le trait sur le calque étant lu par un œil électronique qui retransmet le mouvement démultiplié à deux chalumeaux qui découpent en symétrie la tôle sur une table.

Petite histoire de l'entreprise ACPR

Les Chantiers navals de La Pallice (CNLP) à La Rochelle sont nés de rachats et de regroupements successifs depuis le début du 20e siècle. Après avoir exercé l'activité d'entretien et de réparation de bateaux, ils se tournent vers la construction navale à partir de 1948. En 1960, après la fusion avec les Ateliers et Chantiers de La Rochelle du Gabut (ACR), les Chantiers deviennent les Ateliers et Chantiers de La Rochelle-Pallice (ACRP). À cette époque, ils emploient, avec leurs sous-traitants, plus de 2 000 personnes.

L'entreprise est alors structurée en deux grands secteurs : la partie navale, qui comprend la préparation, la construction et l'armement des bateaux, ainsi que leur réparation, et la partie terrestre, destinée à l'industrie, avec un atelier de chaudronnerie et de mécanique. Tous les corps de métier sont présents : dessinateurs, chaudronniers, traceurs, serruriers, menuisiers, électriciens, ajusteurs, tuyauteurs, mécaniciens se relaient dans les cales et les ateliers. La production n'est pas exclusivement localisée à La Pallice, un atelier d'usinage et de montage terrestre de 100 personnes fonctionne en ville, au Quai-Ouest, à la Ville-en-Bois.

Pendant 40 ans, quelque 350 navires de type varié sont sortis des Chantiers navals, d'une vingtaine de mètres jusqu'à 145 mètres : bateaux de pêche (chalutiers et thoniers), bateaux de transport de personnes et de marchandises (vedettes et cargos), remorqueurs... Quelques bateaux prestigieux y ont été construits tel l'Alcyone, le navire océanographie en aluminium du commandant Cousteau, ou le bateau indien de géophysique Samudra Sarvekshak. Le secteur industriel, très bien équipé, a permis des fabrications extrêmement diverses, allant des treuils de pêche et gouvernails de bateau aux pièces de fusées et éléments de plate-forme pétrolière, en passant par les presses, autoclaves et tourelles de plongée.

Alcyone, la fille du vent

Le célèbre bateau d'expédition de l’Équipe Cousteau, Alcyone, a été construit par les Ateliers et Chantiers de La Rochelle-Pallice et mis à l'eau en avril 1985.
Long de 31 mètres, le bateau est équipé d'un système de propulsion mixte (voile et moteur) innovant : la voilure est composée de deux Turbovoiles. Sa coque, en aluminium soudé, est elle aussi originale : double à l'arrière comme celle d'un catamaran (pour la stabilité), et simple à l'avant comme celle d'un monocoque (pour fendre la houle).Toujours en activité, le bateau est aujourd'hui hébergé dans le port de Caen.

Remerciements à James Durand, Alain Lemasson, Jean-Luc Neveu, Daniel Robert, Guy Saureau, Jean-Paul Texier, ainsi qu'à l'association Paroles de Rochelais.
Auteur : Pascale Moisdon

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