"Une vie, une usine" : mécanicien dans une laiterie coopérative

Gérard Bonnin, qui a été mécanicien frigoriste dans plusieurs laiteries coopératives de Charente-Maritime, entre 1964 et 2004.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 16 mars 2016
 

Gérard Bonnin a été mécanicien frigoriste dans plusieurs laiteries coopératives de Charente-Maritime, entre 1964 et 2004. Il nous livre ses souvenirs.

 

Vidéo "Le tank à lait"

Vidéo réalisée par Dominique Cambon pour la Région Poitou-Charentes dans le cadre de l'inventaire des mémoires ouvrières régionales, avril 2014.
Gérard Bonnin, mécanicien dans quatre laiteries coopératives de Charente-Maritime, évoque les fermetures de sites qu'il a connues et la difficulté pour les employés de se réinsérer dans de nouvelles structures.
 


"Une vie une usine" : le tank à lait par Region-Poitou-Charentes


De 1964 à 1974, à la laiterie d'Écoyeux

La ferme familiale ne pouvant l'accueillir, Gérard Bonnin, à son retour du service militaire, postule pour un emploi à la laiterie d'Ecoyeux. Il est recruté pour s'occuper de la chaudière et du séchoir de caséine, ainsi que de l'entretien de l'usine. Il prend des cours du soir de mécanique et de soudure pour parfaire ses connaissances.

« À l'époque, quand on rentrait en laiterie coopérative, on disait qu'on avait un emploi sûr, on était tranquille... »
« L'embauche était à 5 heures. On allumait la chaudière qu'il fallait approvisionner en charbon. Ensuite, les collègues arrivaient et on commençait à travailler le lait de la veille pour faire la caséine. On faisait du caillage dans des cuves en cuivre qui étaient chauffées à la vapeur ; ce grain de caillé était ensuite retiré des cuves avec des tamis, et pressé. Le surlendemain, on passait ce grain de caillé dans un séchoir, qui chauffait à la vapeur également, et on obtenait un grain sec qui s'appelait la caséine. Elle servait à faire de la galalithe, des manches de couteau, des colles et toutes sortes de produits. »
« Moi c'est une partie de ma vie, Ecoyeux, parce que, étant mécanicien, je bénéficiais d'un logement de fonction et ça m'a bien aidé, même si c'était parfois contraignant quand je devais me lever en pleine nuit parce qu'il y avait un problème sur une chaudière ou sur une machine. »
 


À la laiterie de Matha, de 1974 à 1983

En raison de la fermeture de la laiterie d'Ecoyeux, Gérard Bonnin rejoint celle de Matha. Grâce aux cours de formation professionnelle de frigoriste qu'il suit, il devient responsable du refroidissement du lait à la ferme, c'est-à-dire de la mise en place, de l'entretien et du dépannage des tanks dans les fermes des sociétaires. Les tanks appartenaient à la laiterie et étaient loués aux producteurs de lait.

«  Ah oui, à l'époque, il y avait 1 000 sociétaires à Matha et même un peu plus, j'avais autant d'appareils à entretenir ! »


À Tonnay-Boutonne, de 1983 à 1998

En 1983, Gérard Bonnin est muté à la laiterie de Tonnay-Boutonne, mais conserve la même fonction de mécanicien-frigoriste sur cet autre secteur géographique.

« Jusqu'à une certaine époque, le lait était ramassé tous les jours et, ensuite, on a changé tous les appareils pour les mettre plus grands, pour faire du ramassage tous les deux jours, afin de réduire les frais de ramassage. »

À la suite de problèmes de santé, il change de poste et passe à l'entretien de la laiterie en 1990.

« Ça a été passionnant à Tonnay-Boutonne. Quand je suis arrivé dans cette usine, il y avait 100 ouvriers qui travaillaient à la fromagerie ; on faisait des pâtes pressées, des raclettes, de l'édam français, c'était des fromages remarquables. À l'époque, quand on manquait de personnel, on comptait sur le personnel d'entretien pour aller tourner des fromages dans les caves, mais on le faisait dans une ambiance formidable ! »


À Surgères de 1998 à 2002

Après la fermeture de la laiterie de Tonnay-Boutonne, Gérard Bonnin reste une année pour démonter les installations, puis il est muté à la laiterie de Surgères où on lui demande de vider un bâtiment de tous les matériels stockés, provenant des laiteries fermées, qui seront finalement ferraillés. Au cours de sa carrière, Gérard Bonnin a vu la fermeture de nombreuses laiteries coopératives à la suite des restructurations successives.

« C'est une période qui n'a quand même pas été facile, parce que ces unions étaient en réalité des fusions. C'est ce que les salariés vivent mal, parce qu'on n'est pas un numéro qu'on balance d'une unité sur l'autre. Surtout lorsqu'on s'aperçoit après que ça ne marche pas mieux ailleurs ! »


L'album

Remerciements à Gérard Bonnin.
Auteur : Pascale Moisdon

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