"Une vie, une usine" : pelotonneuse à la Filature de Ligugé

Quelques productions de la Société de filature et tissage de Ligugé. © Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel, 2008.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 20 octobre 2015
 

Six anciens employés de la Filature de Ligugé (Vienne) livrent leurs souvenirs de travail et de vie quotidienne.

Documentaire sonore "Au cœur de la filature"

Documentaire sonore réalisé par Dominique Cambon, dans le cadre de l'inventaire des mémoires ouvrières, en avril 2013. Durée : 00:10:47.
Suzanne Gagnadoux, dont les parents habitaient une maison de garde bâtie vers 1920 dans l'usine, raconte ses débuts à la filature, à 14 ans. Elle décrit son premier poste de travail comme pelotonneuse à la ficellerie, dont l'apprentissage a été assez long et difficile avec des semaines de 48 heures de travail. Elle évoque les machines et les tâches manuelles. Elle se souvient des fêtes organisées sur la plage de Ligugé, auxquelles participaient les ouvriers de l'usine. Elle parle du déclin de l'activité, de la fermeture de la filature et de l'état d'abandon du site depuis.

Filature, tissage, puis cartonnerie

L'entreprise naît, en 1856, de la transformation d'une minoterie en usine de filature et de tissage. On y fabrique de la ficelle de chanvre ou de jute, et on y tisse des draps et des torchons en lin et en chanvre, ainsi que des bâches. L'atelier de tissage ferme en 1957, au moment où les matières synthétiques arrivent sur le marché. L'activité se diversifie alors avec le cartonnage : cela commence par des boîtes coniques (silicones) servant d'emballages pour le vinaigre Dessaux d'Orléans (Loiret) et pour les insecticides de l'usine Geigy de Saint-Benoît (Vienne). « Après, on a installé des machines de production de pots de yaourts en carton paraffiné. On était, paraît-il la quatrième usine de fabricant de pots de yaourts, Danone beaucoup, Yoplait, Chambourcy... La ficellerie continuait, elle. Plus tard, il y a eu une partie imprimerie. »

L'usine emploie une majorité de personnel féminin, formé sur le tas. Une crèche existe dans l'entreprise jusque vers 1942. Les enfants y sont gardés sous la responsabilité d'une sage-femme. Les mamans peuvent s'absenter de leur atelier pour allaiter leurs bébés.


 

« J'ai connu la Filature à l'âge de deux ans jusqu'à trois-quatre ans - je ne m'en rappelle pas, bien entendu - à la crèche de la Filature. Vous voyez qu'ils étaient aussi en avance qu'aujourd'hui, parce que les crèches, à ce moment-là, étaient rares. C'était Madame Babin, qui était sage-femme dans le village, qui faisait aussi la crèche. Je ne me rappelle plus de la crèche bien entendu, elle a dû fermer en 1941-1942, je crois.  »

L'usine possède une grande quantité de logements à Ligugé, et même à Smarves, qui sont loués aux employés ; les loyers - généralement modiques – sont directement retenus sur les salaires. Les ouvriers, dont certains habitent à Smarves, à environ 4 km de la filature, font les trajets à pied, jusqu'à ce qu'ils utilisent des vélos à partir des années 1950, puis des vélomoteurs.

« Mes parents habitaient à Smarves, ma mère a travaillé 37 ans à cette usine, elle faisait quatre fois le voyage par jour, à pied, Smarves-Ligugé. Elle était pratiquement obligée de faire ces trajets à pied parce qu'à cette époque-là, il n'y avait pas de moyen de locomotion. Smarves-Ligugé, à cette époque-là, il y avait une grande passerelle en bois, qui n'existe plus, bien entendu, à la Bournigual, et quand il y avait les grandes eaux, c'était un camion électrique qui venait nous chercher pour passer la rivière. C'était une batterie qui était rechargée tous les soirs. C'était après la guerre, de toute façon, c'était entre 1945 et 1947-1948. »

Des balles de chanvre à la ficelle

La filasse de lin, de jute ou de chanvre, une fois peignée, est étirée en ruban de plus en plus fin par de passages répétés sur des métiers à étirer. La ficelle est ensuite fabriquée sur des métiers à filer, ou bancs-fileurs, appelés les mackies. Pour les femmes qui assurent le peignage du chanvre et du jute, les conditions de travail sont pénibles en raison de la poussière qu'elles respirent « Les pauvres, elles étaient plus noires que le charbon. »

Une place de premier rang dans la vie communale

Depuis le début du 20e siècle jusqu'aux années 1950, la Filature soutient toutes les activités sportives de Ligugé (entretien des terrains, déplacements) : gymnastique, tir, football, natation, basket. Une fanfare est formée par des ouvriers de la Filature dès la fin du 19e siècle. Vers 1937, une plage est creusée dans l'étang de la Filature : la baignade surveillée y est autorisée jusqu'en 1967. Tous les 15 août s'y déroule une fête nautique qui voit s'affronter les équipes de filles et garçons de Ligugé, Poitiers, Vivonne, Lusignan, Jaunay-Clan et Châtellerault. En outre, la Filature prête des terrains et du matériel pour les toutes fêtes des associations et des écoles de Ligugé.
 

Quelques productions de la Société de filature et tissage de Ligugé. © Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel, 2008.

Remerciements à Louise C., Gaston H., Louis D., Andrée D., Édith G. et Suzanne G.
Auteur : Pascale Moisdon

 
 

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