"Une vie, une usine" : à la cantine des Bois Déroulés - Rochefort

"Une vie, une usine" : à la cantine des Bois Déroulés à Rochefort
Découvertes
 
  • Mis à jour le 25 juillet 2017
 

Sept anciens ouvriers et ouvrières relatent les souvenirs de leur vie à l'usine des Bois Déroulés de Rochefort, en Charente-Maritime. Ils évoquent la cantine, transformée en restaurant depuis la fermeture de l'établissement en 2000. Seul ce bâtiment subsiste aujourd'hui de l'entreprise, qui a compté jusqu’à 850 salariés.

Documentaire sonore "L'esprit de la maison"

Documentaire sonore réalisé par Marlène Le Gal pour la Région Poitou-Charentes dans le cadre de l'inventaire des mémoires ouvrières de Rochefort, en mars 2012. Durée : 00:10:15. Le restaurant du Port, à Rochefort, en Charente-Maritime, aujourd'hui, et les souvenirs de l'usine des Bois Déroulés autrefois.


La première usine de contreplaqué de la région

La Compagnie nantaise des Bois Déroulés est créée en 1918 pour la production de contreplaqués, d’emballages légers (boîtes à fromage et fûts) et d’allumettes. Le bois utilisé provient alors en majorité des peupleraies du Marais poitevin. Dès 1926, de l’okoumé est aussi importé, du Gabon essentiellement, l’installation de l’usine auprès d’un bassin du port permettant de décharger directement les bateaux. À partir de 1959, on y fabrique également des panneaux de particules. En 1970, cette entreprise à la mécanisation très poussée est en plein essor et arrive au quatrième rang national. Mais la concurrence des producteurs du Sud-Est asiatique entraîne, en 2000, la cessation d’activité de cette entreprise qui a fait l’objet entre-temps de plusieurs rachats.

Extrait de film "L'industrie des bois déroulés"

Extrait - durée : 1 min - muet. Réalisation A. Bouclaud, années 1950. Format d'origine 16 mm - noir et blanc - sonore magnétique - durée : 10 min. © archives Trafic Image.
La production d'une planche de contreplaqué, une des spécialités industrielles de Charente-Maritime, de l'arrivée des grumes du Gabon à Rochefort à la fabrication d'emballages légers ou de petits meubles, dans les années 1950.

La construction de la cantine

Pour la construction de la cantine, dans les années 1960, la direction fait appel à la main-d’œuvre de l'usine, celle des équipes de maintenance notamment. L'un des témoins raconte : « Je suis rentré à la menuiserie, notamment pour fabriquer le restaurant de l'entreprise ».

L'organisation en quarts

Marcel F. se souvient des quarts : « On embauchait le matin à 5 h jusqu'à 13 h, la machine ne s'arrêtait pas. Après 13 h, le copain venait me remplacer jusqu'à 21 h, puis un autre de 21 h à 5 h. Je mangeais au restaurant à 13 h en débauchant, ou avant d'aller embaucher ». Ces souvenirs croisent ceux de Michel D. : « Quand je débauchais à une heure et demi, je mangeais au restaurant de l'usine. Tous ceux qui le voulaient mangeaient là-bas, ils étaient trois, embauchés par l'usine, à y travailler. Aujourd'hui, c'est le restaurant du Port. Je mangeais avec les collègues, ou des fois tout seul quand je débauchais plus tard. On y mangeait bien, c'était un peu familial. »

Les tenues et les conditions de vie

« Au début, on était habillés de toutes les couleurs : en vert, en orange... on a eu ensuite des cottes bleues, avec des bretelles. » déclare Marcel F. qui a commencé  en 1950. Jacqueline M. complète : « Mon mari avait des bleus, moi j'avais des blouses, c'était marqué Océan dessus, même si on a eu beaucoup de noms. On nous fournissait les blouses. Les hommes avaient le haut, le bas, les chaussures de sécurité, pas les femmes. Ça a toujours été la couleur bleue à l'usine. On avait trois blouses par an, on ne les payait pas. On était tous habillés pareil ! Quand je suis partie, les femmes ont eu des sabots de sécurité. »
Christian C., qui a commencé en 1966, précise : « Les premières années, on avait affaire à un personnel à 90 % ouvrier, n'ayant aucune formation de base dans le bois, moi y compris. On venait tous à l'usine en bleu, le bleu de Bois Déroulés Océan, avec marqué "Océan" sur la poitrine. 80 % des gens arrivaient à vélo ; il n'y avait que cinq ou six voitures dans l'usine : la direction et deux ou trois ingénieurs. Dans les ateliers, il y avait une ambiance très agréable au début, de gens qui s'entendaient bien, qui s'aidaient mutuellement, c'était très sympathique. Je revois très bien l'heure du casse-croûte, c'était très convivial. Tout à fait à l'entrée de l'usine, c'était là où les langues se déliaient, pendant la demi-heure de pause : il y avait une petit coopérative, on y vendait du vin. »

Des conditions de travail difficiles

Jacques B. souligne « il y avait des postes assez difficiles, notamment au déroulage avec les billes de bois : les gens étaient soumis dehors aux intempéries, au froid : c'était un travail assez pénible. Dans les ateliers aussi, c'était difficile, il y avait beaucoup de courants d'air. On faisait des braseros. Il y avait beaucoup de postes, mais je ne connais pas les difficultés de tous. Il y avait des postes assez dangereux : si les billes étaient mal crochetées, on risquait d'être écrasés. Il y avait quand même un danger, il fallait faire très attention. On sortait des panneaux qui faisaient 3 mètres 50 par 1 mètre 75 ; la difficulté, c'était la colle à respirer, c'était vraiment atroce malgré les extracteurs. On avait les yeux qui piquaient, la gorge qui était prise. Ceux qui n'avaient pas l'habitude devaient sortir. Nous, on arrivait à s'adapter et à supporter. Ça tournait 24 heures sur 24, même les dimanches, dans les presses, avec la chaleur. Une partie du corps, quand on met le panneau sous la presse, rentre dans la presse quand on insère le panneau : c'était dur. » 

Reproduction. Photographie Studio Colbert. Archives municipales de Rochefort.

Rermerciements à Jacqueline et Jean-Claude M., Jacqueline et Jean-Alexis F., Marcel F., Jacques B. et Christian C.

Auteurs : Camille Bodin et Pascale Moisdon

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