"Une vie, une usine" : papetier chez Laroche-Joubert à Basseau, Saint-Michel

"Une vie, une usine" : papetier chez Laroche-Joubert à Basseau, Saint-Michel
Découvertes
 
  • Mis à jour le 12 juin 2014
 

Francis P., Michel P., Claude R., Mauricette et Auguste M. témoignent de leur travail à la Papeterie Laroche-Joubert à Basseau, sur la commune de Saint-Michel (Charente), des années 1950 à 2000.

 

L'entreprise Laroche-Joubert

C'est Jean-Edmond Laroche-Joubert qui crée cette entreprise en 1840 et la transforme, 28 ans plus tard, en coopérative – il s'agit du seul cas de coopérative dans cette activité en Poitou-Charentes. La « Papeterie coopérative d'Angoulême » comprend alors plusieurs usines de fabrication, dont celles de l'Escalier (jusqu'en 1921) et de Girac à La Couronne, et deux ateliers de façonnage créés en 1843 à Angoulême, avenue de Cognac et rue Léonard-Jarraud. En 1888, une nouvelle unité de fabrication de papier est adjointe, par le rachat de l'annexe de la Papeterie du Martinet appartenant à Laroche frères, située à Basseau, sur la commune de Saint-Michel.

Détruit par un incendie en 1940, l'atelier de façonnage de l'avenue de Cognac est transféré dans une nouvelle usine, bâtie à Chantoiseau, à proximité de Basseau. À cette même époque, l'entreprise est transformée de coopérative en société anonyme.
En 1974, l'entreprise compte au total 1 348 employés, à Saint-Michel et à Angoulême.
En 1978, des difficultés mettent fin à l'entreprise familiale ; elles conduisent à la séparation des deux secteurs d'activité et à leur reprise par d'autres sociétés, dès 1978 pour la transformation, et en 1983 pour la fabrication.
La partie fabrication est par la suite rachetée par Godard de Cognac pour être transformée en cartonnerie sous le nom de OTOR. Le site est, depuis peu, repris par le groupe Thiollet de Cognac.

Un reportage commandé au photographe E. Mésière, en 1913, permet de découvrir les différents sites de la papeterie coopérative, les ateliers et leur personnel.

Le métier de papetier

Une autre spécificité de Laroche-Joubert est d'être à la fois fabricant et transformateur de papier dans la seconde moitié du 20e siècle. À partir de pâte de papier, achetée sous forme de balles, y est fabriqué du papier de diverses qualités. Ce papier est coupé, trié, compté, mis en rames, empaqueté et expédié, ou transformé sur place, dans les ateliers de Chantoiseau, pour la confection de cahiers, carnets, registres, enveloppes, agendas...

Le texte de l'entretien :
L'atelier de production du papier, ce n'est pas simplement la fabrication du papier, c'est aussi la continuité de la transformation du papier. Le papier sort de la machine, en grosses bobines, ça fait deux tonnes, une tonne. Et cette bobine après, elle va dans un autre atelier, qui est attenant, pour le conditionnement. Cette grosse bobine, on peut pas, on peut pas la vendre en.. il faut qu' elle soit découpée, la bobine elle est découpée, donc on passe ça sur ce qu'on appelle des bobineuses. Il y avait aussi le satinage du papier, il fallait le satiner, lui donner un certain lissé, ça passait dans une calandre ; il y avait une continuité. Et puis après, ça allait dans un magasin, et c'était l'expédition qui arrivait à dégager tout ça. Parce que aussi, ce qu'il y avait, c'est que, derrière les machines à papier, il y avait donc l'atelier des apprêts, c'est comme ça qu'on l'appelait, mais après, la transformation. La transformation, Laroche-Joubert, c'était quand même un très gros, un des plus importants producteurs de papier à lettres, et d'enveloppes. Donc, c'était dans le secteur de Chantoiseau, on appelait ça, c'est une annexe à la machine à papier, où ces papiers étaient transformés.

 

Dans les années 1950, comme dans de nombreuses autres entreprises, le métier de papetier s'apprend le plus souvent sur le tas. L'apprenti, puis le jeune ouvrier, est amené, petit à petit, à se former à différents postes en commençant par les moins techniques. À la production, les postes en faction permettent à l'entreprise de produire du papier sans interruption, à l'exception du mois d'août consacré à l'entretien général des machines.

Le texte de l'entretien :
Le début, ça a été de toucher la machine à papier avec un torchon, pour faire du nettoyage, des trucs comme ça, on me faisait astiquer la machine, si vous voulez, mais ça n'a pas duré longtemps. Mais petit à petit, bon, c'est assez long quand même pour apprendre le métier, le métier de papetier, parce que, il y a, c'est des équipes, c'est, on est intégré dans une équipe. Donc on est soit tête d'équipe, soit alors, au milieu, soit en queue d'équipe. Enfin, j'ai été obligé de travailler beaucoup, pour me faire, pour devenir un papetier, et alors après, ça a été la reprise, la rentrée dans une équipe en faction. Les factions, il y avait quatre équipes, en rotation, c'étaient des équipes qui tournaient... Alors, c'était la nuit, c'était le jour, c'était le samedi, le dimanche, les jours de fête ; les Noël, on les passait davantage à l'entreprise qu'à la maison.

Les hommes travaillent plus généralement dans la partie fabrication, tandis que les femmes sont employées dans la partie transformation ou dans les bureaux. Dans les années 1970, l'effectif total se partage équitablement entre les hommes et les femmes.

Le texte de l'entretien :
Foliotage, le numérotage des ordonnanciers. Tout de suite, j'ai fait ça pendant..15 ans. J'ai débuté en haut de la Rampe du Palet à l'époque, et après, ils ont mis notre service avec Laroche-Joubert, en bas, là où il y avait la fabrication. À Basseau, c'était la fabrication, mais j'ai fait le même boulot, le même travail. Et aux pièces, toujours aux pièces. Enfin, j'aimais bien, c'était pas.. désagréable à faire, une fois qu'on avait pris la cadence. C'était une machine à pédale, avec la jambe, et à chaque coup de pédale, on tournait la page, et il y avait un numéro qui tombait. Fallait pas se tromper hein, parce que des fois,.. fallait gommer. On tournait les pages comme ça, on avait un doigt en caoutchouc et la machine tombait au fur et à mesure, voyez, fallait pas prendre deux pages à la fois, ou non, parce que c'était à refaire. Et c'était des gros ordonnanciers comme ça à l'époque, maintenant je ne sais pas s'ils font, ils ne font plus ça.

 

Vidéo de l'INA : La main d’œuvre féminine, 1972

Produit par l'Office national de radiodiffusion télévision française, ce film  est un reportage sur les papeteries LAROCHE-JOUBERT, et plus particulièrement sur sa main-d’œuvre féminine. Il a été présenté le 11 février 1972 à l'émission Poitou-Charentes actualités. (07min 05s)



Voir le film sur le site de l'INA

Claude R. a terminé sa carrière comme chef de fabrication. Il évoque l'évolution technique qu'il a connue et les papiers spéciaux fabriqués dans cette usine.

Le texte de l'entretien :
Moi, quand je suis rentré dans cette entreprise, la vitesse de la machine à papier, la plus lente quoi, c'était à peu près 30 mètres de papier à la minute, vous voyez, c'est pas beaucoup 30 mètres de papier à la minute. Mais quand je suis parti, on était à 300, 400 mètres. Ça fait quand même un bruit, hein, ça fait, ça faisait une sacrée augmentation de production, et alors, on a amélioré la qualité aussi, la qualité du papier. Parce qu'on avait une spécialité aussi, c'étaient les papiers filigranés. Les papiers filigranés, vous regardez le papier à travers, puis, bon, je vous ai même amené un petit échantillon pour votre curiosité, de la toile qui filigrane le papier. On a fait, on avait fait des, les sortes de papier, royal LJ, le Basseau Strong, la Basseau extra Strong, le vélin d'Angoulême, heu, l'Oxford. Là aussi, l'Oxford, c'est moi qui l'ai créé, sur la machine à papier, avec un collègue. On l'a, il y avait ce fameux directeur qui était là, on l'a mis au point, et l'Oxford, c'était une réussite, quoi.

 

Auteur : Pascale Moisdon

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