"Une vie, une usine" : pyrotechnicien au Vergeroux

"Une vie, une usine" :Pyrotechnicien au Vergeroux
Découvertes
 
  • Mis à jour le 15 octobre 2013
 

André B., Jean-Claude N., Dominique C., Bernard C., Félix R., Gaston G. et Joël B. témoignent de leur vie de travail à la Pyrotechnie du Vergeroux (Charente-Maritime). Cet établissement dépendait de la Marine et son activité concernait la fabrication, la conservation et la destruction des munitions, sur toute la côte atlantique. Pour l'ensemble de son personnel, la sécurité était le maître-mot.

Documentaire sonore

Documentaire sonore "La Pyrotechnie du Vergeroux", réalisé par Marlène Le Gal pour la Région Poitou-Charentes dans le cadre de l'inventaire des mémoires ouvrières de Rochefort, en 2012. Durée : 00:10:40
Trois anciens employés de la Pyrotechnie évoquent le site, l'affectation des divers ateliers et bâtiments, les directeurs qui s'y sont succédé, la surveillance du site, les dangers et l'accident mortel de 1975. La sirène ponctuait les entrées et les sorties du personnel. Des zones, signalées par des feux clignotants rouges, étaient interdites d'accès durant les opérations dangereuses.

Un service de la Marine

Sur les bords de la Charente, la Pyrotechnie est créée en 1771 au Vergeroux, à quelques kilomètres de Rochefort, à la suite d'une explosion à l'Arsenal : le but est d'éloigner les poudres de la ville. Jusqu'à sa fermeture en 1993, cet établissement de la Marine fabrique, stocke et détruit tous types de munitions, sur le site du Vergeroux comme sur la côte atlantique : « La Pyrotechnie du Vergeroux était chargée de délivrer des munitions à tous les établissements militaires de la Marine entre la Loire Atlantique et la frontière espagnole : c'était des phares, des sémaphores, la gendarmerie maritime de Rochefort... ».
Le site, qui comprend de nombreux bâtiments, s'étend sur près de 20 hectares. « Il y avait des bâtiments qui correspondaient à chaque munition ». L'établissement a employé jusqu'à 650 personnes pour confectionner des munitions pendant la Seconde Guerre mondiale.

Stocker et détruire les munitions

Les pyrotechniciens et les artificiers constituent le personnel spécialisé de la Pyrotechnie ; ils sont formés durant un an pour les premiers et quatre mois pour les seconds. «  Il y avait une bonne ambiance globalement au Vergeroux, il y avait tous les corps de métiers, on était autonomes : il y avait la chaudronnerie, la menuiserie, les maçons, un petit atelier de machines-outils pour faire nos pièces, et on était tous pompiers, on n'avait pas le choix. On recevait une formation, et toutes les semaines on faisait des exercices. Le directeur, c'était un ingénieur militaire .»
Toutes les activités sont tournées vers les munitions, mais elles évoluent puisque la fabrication cesse dans les années 1960 au profit de la destruction. Le noyage se fait en mer, tandis que les petits calibres sont détruits sur le site et que le brûlage de poudre est réalisé à l'extérieur de l'établissement.

La démolition de munitions

« Les gros calibres passaient dans les ateliers de démolition : c'était une chaîne pyrotechnique avec des murs de séparation en béton pour isoler les intervenants, pour limiter les risques d'accident et surtout, la propagation de l'accident. En cas d'explosion, il ne pouvait y avoir qu'un intervenant touché par l'accident. »
« J'ai commencé sur la chaîne de démolition des 57 mm, où il y avait plusieurs postes : le 1er poste était le décaissage, après, on prenait la cartouche pour la démilitariser. Dans une cartouche, vous avez plusieurs éléments : vous avez l'obus, la douille, avec la poudre et le système d'allumage. Il fallait désolidariser l'ensemble. On en faisait 864 par jour, c'est un bon souvenir ! ».

Le brûlage de poudre

« Une fois par semaine, on allait brûler la poudre sur une aire de brûlage ; ça se faisait en plein air, sur un terrain à côté de la Pyro. Ça durait toute la journée. La fumée, la poussière c'était dur ».

Le noyage au large

« Ces munitions étaient stockées dans des caisses en bois. Une fois ou deux par an, un bateau qui venait de Lorient s'amarrait au port de Rochefort. Les munitions étaient chargées dans des caisses lestées avec du béton et on allait les jeter à la mer. Ça durait à peu près 3 jours ».

« L'habitude crée le danger », la sécurité comme priorité

Le risque principal encouru par le personnel est l'explosion, suivie d'un incendie. Des mesures très strictes sont prises afin d'éviter tout accident : division du site en deux zones, consignes de sécurité affichées partout, tenues spéciales lors des opérations à risques au contact de la poudre, paratonnerres sur tous les magasins et ateliers, etc. Malgré ces mesures, un accident mortel est déploré en 1975.
« C'était gardé jour et nuit : la journée par des gendarmes et puis le personnel qui était à l'intérieur, et la nuit c'était un service de la Marine qui venait faire des rondes ».
« Dans la zone administrative, on avait le droit de fumer ; c'était interdit dans l'autre zone pyrotechnique, sensible ». « Le principe de sécurité en pyrotechnie, c'est de mettre le minimum de personnes là où il y a du danger. La rapidité était surtout bannie de notre façon de fonctionner ».
« La poudre est très sensible à l'électricité statique ; on avait donc des vêtements ignifugés, car les vêtements en nylon pouvait déclencher une étincelle ».
 

Auteurs : Camille Bodin, Pascale Moisdon

 
 

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