"Une vie, une usine" : façonneuse de cahiers de papier à cigarettes à la Papeterie Lacroix - Angoulême

"Une vie, une usine" : façonneuses de cahiers de papier à cigarette à la Papeterie Lacroix - Angoulême
Découvertes
 
  • Mis à jour le 1 avril 2015
 

Mauricette M. et Marie-Edmée N. ont travaillé à la Manufacture de papier à cigarettes Lacroix, à Angoulême. Elles décrivent les diverses tâches nécessaires à la réalisation des cahiers de papier à cigarettes. Toutes deux ont été profondément marquées par la cessation d’activité de l'usine, à la suite de l'incendie qui a détruit les ateliers en 1962.

Une usine aujourd’hui disparue

Une très vaste usine de papier à cigarettes Lacroix est bâtie en 1905, route de Saintes, dans le quartier de Saint-Cybard, pour remplacer les locaux trop exigus de l’avenue de Cognac. Seule l'activité de façonnage y est assurée, le papier étant fabriqué à Mazères en Haute-Garonne. Les ateliers à structure métallique sont détruits par un incendie en 1962 : « Quand ça a brûlé, quelle catastrophe ! Pour beaucoup de familles d'ailleurs, ça a été terrible. On s'est retrouvé sur le carreau, avec rien. » Rien ne subsiste aujourd’hui de cette usine, sur l’emplacement de laquelle a été bâti un centre commercial.

Les cahiers fabriqués à la main… puis à l’aide de machines

L’entreprise produit des cahiers de papier à cigarettes de la marque RIZ LA+ (Riz Lacroix), créée en 1867 par Léonide Lacroix.
« Les femmes faisaient les cahiers manuellement à de grandes tables immenses en bois. Il y avait plus de 50 femmes au départ, jusqu'à ce que les machines à enchevêtrer arrivent. Après, ça se faisait à la machine, ça allait plus vite, et vers la fin, il fallait toujours que ça aille plus vite, il fallait qu'une femme fasse marcher 2 machines au lieu d’en faire marcher qu’une. »

Témoignage de Mauricette qui a travaillé plus de 30 ans dans les papeteries angoumoisines. Elle a débuté à la confection des cahiers de papier à cigarettes à la papeterie Lacroix, rue de Saintes à Angoulême. Elle montre les gestes pour confectionner un tel cahier. Vidéo produite par la Région Poitou-Charentes et réalisée par Dominique Cambon, en février 2012. Durée : 00:14:02.


Mémoires ouvrières de Poitou-Charentes... par Region-Poitou-Charentes

Les bobines de papier en provenance de Mazères passent à la découpe, au service gommage, puis dans la salle des enchevêtreuses « Les machines à enchevêtrer, ça faisait du bruit ! Alors, il y avait le bruit et l'humidité, parce qu'il fallait une certaine humidité pour le papier, c’était plein de vapeur. »

Témoignage de Marie-Edmée N. qui a travaillé 22 ans à l'usine Lacroix, en s'occupant d'une, puis de deux machines à enchevêtrer.

Une nécessaire évolution

À la suite de la mécanisation de nombreuses tâches, la direction cherche à diversifier la production. Elle crée, en 1954, un atelier d’imprimerie pour des travaux de cartonnage-imprimerie destinés à l'entreprise et aussi à des commandes extérieures. Pour faire fonctionner une machine « il y avait le margeur qui alimentait la machine, qui mettait la machine en route pour faire passer le papier, et il y avait le conducteur qui s'occupait de régler les encriers, de faire mettre les couleurs . »

Des blouses et des bleus

« On faisait de 8 heures à 2 heures ou de 2 heures à 9 heures. Et mon mari faisait les trois huit, la nuit, le jour... On se croisait, souvent, sur la rue de Saintes… je lui laissais un mot : « y'a ça et ça à faire... » « On ne faisait pas 35 heures nous, on travaillait le samedi, on faisait 10 heures des fois, par jour, et aux pièces...» « Quand je suis rentrée, j'avais 15 ans, et c'était la guerre, c'était en 1940, je crois bien qu’ils nous donnaient des petits gâteaux, vitaminés à manger. » « Quand je suis rentrée, on était habillé comme on voulait, mais après, ça s'est modernisé et on avait des blouses. Les hommes avaient des bleus. » « Je revenais déjeuner à la maison. Pour les trajets, j'ai eu un vélo, puis une mobylette. »

Une ambiance familiale

« Au début, vous pouviez sortir acheter un casse-croûte en face, à l'époque il y avait encore pas mal de commerces dans la rue de Saintes, et en face de l'usine, il y avait une épicerie, souvent les femmes sortaient pour acheter quelque chose à manger… après ça a changé. » «  Il y avait la crèche, et on était aidé pour envoyer les enfants en vacances… il y avait un réfectoire où on pouvait manger. »

Mauricette décrit l'ambiance familiale de l'entreprise Lacroix.

La crèche de Mauricette

L’entreprise Lacroix, dont le personnel féminin est largement majoritaire, crée, dès 1889, une salle d’asile pour les enfants. Cette création précède l’installation d’une pouponnière, en 1923, à l’usine de la rue de Saintes, où les bébés sont reçus gratuitement et confiés à un personnel professionnel.

Film Crèche à l'entreprise Lacroix, Angoulême, 1949. Muet. © Archives Trafic Image.


"Une vie, une usine" : Crèche à l'entreprise... par Region-Poitou-Charentes


Extrait de l'article de Jean Peyretout paru dans la Nouvelle République de Bordeaux et du Sud-Ouest, le 9 décembre 1955.

« La crèche, dont le réfectoire vient d’être modernisé et entièrement refait, peut recevoir 40 enfants de 2 mois à 5 ans, dans d’excellentes conditions, grâce au personnel d’élite qui en a la charge. La garderie est ouverte à tous les enfants du personnel, âgés de 5 à 14 ans. Elle fonctionne tous les jours après l’école et le jeudi toute la journée. Une cinquantaine de gosses y trouvent asile. L’entreprise finance les séjours en colonie de vacances de tous les enfants du personnel qui bénéficient également d’un arbre de Noël en fin d’année. »

 

Auteur : Pascale Moisdon


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