"Une vie, une usine" : implanteuse chez Hyvernat

Modèles de perruque, catalogue Hyvernat, dans les années 1960.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 25 septembre 2013
 

Madame T. livre les souvenirs de son travail à la perruquerie Hyvernat à Saint-Benoît (Vienne), de 1963 à 1972, d'implanteuse de perruques à la machine à responsable de l'atelier des filets.


Hyvernat

Créée en 1936 par Fernand Hyvernat, l'entreprise prend rapidement de l'importance et compte environ 500 salariés à la fin des années 1960. Le personnel y est essentiellement féminin, et l'entreprise demeure familiale jusqu'en mars 1975, date de sa fermeture.

Photographies et reproductions : Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel, Stéphane Baillargeau et Camille Bodin, 2013.



40 000 perruques par an

Tout d'abord implanteuse de cheveux à la machine, Madame T. s'occupe ensuite de la fabrication des filets destinés à être piqués de cheveux, tandis que sa sœur implante à la main les cheveux sur les perruques haut de gamme. En 1964, la production de l'usine est d'environ 40 000 perruques par an. Un deuxième bâtiment a déjà été construit afin de répondre à la demande en matière de postiches : « il y avait trois bâtiments, enfin ça s'est monté au fur et à mesure, le temps que j'y étais. Déjà à l'époque en 1963, il y avait deux bâtiments, et il en a été construit deux autres ». À la fin de sa carrière, Madame T. devient chef de l'atelier de fabrication des filets, avec une quarantaine d'ouvrières sous sa responsabilité.


L'implantation et le coiffage des perruques

Madame T. aime son travail et évoque avec précision la fabrication des filets. Travaillés lorsqu'ils sont humides, ils s'adaptent parfaitement au gabarit choisi et sont prêts à être piqués de cheveux, implantés par rang, à la main ou à la machine.

Le texte de l'entretien :

- Oui, c'est-à-dire qu'on avait pour mouler notre filet, et on avait ce qu'on appelait une tête, une forme de tête sur un petit socle. Une tête en... je pense qu'il devait y avoir du son et c'était recouvert de toile, et notre filet étant mouillé, on moulait là-dessus parce que comme ça mouillait on pouvait bien le tendre et on avait exactement la forme du crâne.
- Et vous faisiez ça donc pour chaque filet, qui allait ensuite dans les machines pour être...
- Ah oui fallait en débiter, en débiter, moi je sais pas, il y a eu des journées, je sais pas, où on en faisait 800 !

Sa sœur, implanteuse à la main, travaille uniquement des cheveux naturels à l'aide d'un crochet, à raison de 3 ou 4 cheveux par maille. L'atelier manuel est nettement moins bruyant que les immenses ateliers des machines à piquer où sont réalisées des perruques en cheveux synthétiques ou naturels, démêlés et teints avant d'être travaillés : « c'était assourdissant ».

Le texte de l'entretien :

"Parce que les cheveux ils arrivaient tout mêlés, vous voyez, on avait coupé les cheveux et les avait mis dans un sac, enfin des cheveux naturels je parle. Mais autrement c'était des cheveux synthétiques pour les perruques à la machine, les perruques à la main c'était des cheveux naturels, c'est-à-dire qu'elles avec un petit crochet elles faisaient un petit nœud avec 3-4 cheveux, à chaque maille du filet. Mais les perruques où j'étais, les perruques à la machine, c'était des cheveux synthétiques, alors il fallait les préparer, les dénouer, après fallait les teindre."

La dernière étape de la fabrication est le coiffage : plusieurs coiffeuses placées en bout de chaîne « arrangent » la coiffure, placent les mèches, avant le conditionnement de la perruque.


Ses plus belles années de travail

Pour Madame T., ses années comme implanteuse chez Hyvernat sont les meilleures de sa vie de travail : « quand on est rentré travailler chez Hyvernat, moi j'étais très heureuse, parce que premièrement on avait une heure d'embauche et une heure de débauche, c'est-à-dire que le soir on avait envie d'aller faire un petit tour en ville, on allait faire un petit tour. Après, mes enfants sont nés, j'ai recommencé à faire des heures de ménage à droite, à gauche. C'est la période chez Hyvernat qui, pour moi, a été la meilleure de ma carrière ».

Auteurs : Stéphane Baillargeau et Camille Bodin (Mission de service civique Mémoires ouvrières de Saint-Benoît)

 

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