Les premières laiteries coopératives en Poitou-Charentes

La salle des écrémeuses de la laiterie de Marans (Charente-Maritime), après 1922, année de sa transformation en coopérative. Carte postale.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 25 juin 2015
 

Avec 4 400 salariés en 2011, les coopératives du domaine agricole étaient deux fois plus fortes en Poitou-Charentes que dans le reste de la France. Cette spécificité prend racine dans l'essor exceptionnel, à la fin du 19e siècle, du mouvement coopératif qui anime l'activité laitière.

Parmi les 200 établissements industriels de produits dérivés du lait (beurre, fromage, caséine, poudre de lait) créés dans la région entre 1880 et 1950, deux tiers dépendent du système coopératif. Ces laiteries-fromageries sont situées.en grande majorité en Charente-Maritime et Deux-Sèvres.

Des laiteries coopératives pionnières...

La première laiterie coopérative de Poitou-Charentes (et l'une des premières de France) est créée à Saint-Georges-du-Bois, en Charente-Maritime, en 1888, par l'agriculteur Eugène Biraud. Ce mouvement prend rapidement une grande ampleur : en six ans, une cinquantaine de beurreries coopératives sont ainsi fondées dans la région et leur nombre atteint 110 en 1908, situées principalement en Aunis et au sud des Deux-Sèvres.

... nées d'une reconversion solidaire...

L'essor de la coopération laitière en Poitou-Charentes résulte de la crise du phylloxéra qui, à partir de 1875, anéantit les vignobles, quasi-monoculture de la majorité des exploitations des Charentes et du sud des Deux-Sèvres. À l'exception des exploitants de la zone de grands crus de cognac qui reconstituent les vignes grâce aux greffes sur plants américains, les agriculteurs reconvertissent les terres à la culture fourragère et à l'élevage laitier. Cette reconversion se fonde sur une tradition d’entraide et de solidarité du monde rural ; les agriculteurs se regroupent, mutualisent la production ainsi que la vente du beurre et se partagent les bénéfices. En limitant les intermédiaires, cette organisation « coopérative » permet d'imposer des prix de vente plus élevés et de faire bénéficier de revenus supérieurs les sociétaires, qui sont majoritairement de petits propriétaires, possédant en moyenne deux vaches.

... qui se fédèrent...

Pour améliorer la production, étendre les débouchés et défendre leur intérêt, les laiteries coopératives se fédèrent, dès 1893, en créant l'Association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou. Cette association est à l'origine notamment de l'Inspection des laiteries coopératives de l'Ouest créée en 1897, puis de l'installation, à Surgères, d'une station d'industrie laitière, en 1902, et d'une école professionnelle, en 1905.

... et diversifient leurs productions

Les productions des laiteries se diversifient peu à peu avec la fabrication de caséine, élaborée à partir du petit lait précédemment utilisé, comme le sérum, pour l'élevage de cochons dans des porcheries annexées aux laiteries. Des fromages, puis de la poudre de lait sont aussi parfois produits, conduisant à la spécialisation de certains établissements. Une concentration s'opère, imposée par l'emploi de matériels de plus en plus perfectionnés, qui multiplient par vingt ou trente les capacités de production des unités du début du 20e siècle. Les coopératives se regroupent alors au sein d'unions, qui ne sont plus que quelques-unes aujourd'hui.

Vidéo de l'INA : Industrie beurrière dans les Charentes et le Poitou, 1927

Produit par le Ministère de l'Agriculture en 1927, ce film a été tourné dans le Marais poitevin et à la laiterie coopérative de Surgères. Les laiteries coopératives des Charentes et du Poitou sont alors placées au premier rang dans la production beurrière française.

Voir le film sur le site de l'INA (nouvelle fenêtre)

Industrie beurrière dans les Charentes et le Poitou
1927 – 17min57s
Ce film muet décrit les différentes opérations de la fabrication industrielle du beurre dans une laiterie coopérative de la région Charentes Poitou. Les cartons explicatifs alternent avec les séquences filmées : ramassage et acheminement des bidons de lait par barque sur le Marais poitevin ou par charrette, livraison à la laiterie, stérilisation des bidons vides, écrémage (schéma de fonctionnement d'une écrémeuse centrifuge , montage de l’écrémeuse), fermentation dans les bacs de maturation, pasteurisation, ensemencement avec des ferments lactiques, barattage, délaitage,malaxage mécanique, moulage en mottes ou pains de beurre et emballage.
Production : Ministère de l'Agriculture

Auteur : Pascale Moisdon

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