Lieux de pèlerinage à l'époque romane

Le mur nord du chœur roman de l'église Saint-Eutrope à Saintes (Charente-Maritime).  Eutrope est un des rares saints martyrs de la région. Selon sa légende, il aurait évangélisé la Saintonge au 1er siècle et serait mort pour sa foi. À la fin du 11e siècle, ses reliques sont déposées dans la nouvelle église Saint-Eutrope dont il subsiste le chœur et la crypte.  © Région Poitou-Charentes, Inventaire général du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2010.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 22 mai 2014
 

Le pèlerinage, voyage vers un lieu saint plus ou moins lointain, est particulièrement favorisé par l'Église à l'époque romane (11e -12e siècles). Jérusalem et Rome sont les lieux les plus sacrés des chrétiens.

En Galice, au nord-ouest de l'Espagne, la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, où est conservé le tombeau de l'apôtre Jacques, attire de plus en plus de fidèles. Mais de nombreux autres sanctuaires possèdent des reliques : corps ou fragment du corps d'un saint, objet sacré...

En Poitou-Charentes

La majorité des sanctuaires romans honorent, depuis plusieurs siècles déjà, des saints locaux, figures des premiers temps du christianisme en région. C'est le cas de l'église Sainte-Radegonde à Poitiers, qui conserve le tombeau de la fondatrice de l'abbaye Sainte-Croix, morte en 587. L'abbaye de Saint-Maixent conserve le corps de Maixent, mort vers 515 en odeur de sainteté.

Les tombes des saints évêques Hilaire (vers 315-367) à Poitiers et Eutrope à Saintes sont particulièrement vénérées. Ces deux sanctuaires sont aussi des étapes pour les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle qui empruntent la voie de Tours. Cet itinéraire, décrit dans le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle - rédigé au 12e siècle -, traverse le Poitou et la Saintonge. Outre Poitiers et Saintes, le pèlerin est invité à faire une halte à l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély où était conservée la tête supposée de saint Jean le Baptiste, exceptionnelle relique. De nouveaux sanctuaires apparaissent à l'époque romane. Ainsi Notre-Dame de Celles-sur-Belle, près de Melle, devient progressivement un important lieu de pèlerinage à la Vierge, dont l'intervention miraculeuse aurait sauvé Saint-Maixent de la peste, en 1095...


 

Des églises de pèlerinage ?

L'essor du culte des reliques s'inscrit dans une période de mutation de l'Église et de la société qui se traduit, en architecture, par la (re)construction de nombreux châteaux et églises. Les édifices de culte abritant des reliques doivent combiner les espaces réservés aux religieux pour la célébration des offices et ceux destinés aux processions, ainsi qu'à l'accueil et à la circulation des pèlerins. 

Plusieurs églises de pèlerinage adoptent un plan en croix latine mis au point au 11e siècle : nef à vaisseau central et collatéraux, transept, chevet à déambulatoire et chapelles rayonnantes. On le retrouve à Saint-Savin, Saint-Hilaire-Le-Grand et Sainte-Radegonde à Poitiers, Saint-Eutrope à Saintes... Ce plan n'est cependant pas réservé aux seules églises de pèlerinage. D'autres plans peuvent être choisis. Ainsi, l'église romane de l'abbaye de Saint-Amant de Boixe, où était conservé le tombeau de saint Amant, présentait un chœur (transformé à l'époque gothique) sans déambulatoire ; l'abside était encadrée de chaque côté par deux absidioles.

Maquette de l'abbaye Saint-Sauveur de Charroux (hypothèse de restitution)

L'église de l'abbaye Saint-Sauveur de Charroux, reconstruite au 11e siècle, présente des dimensions (114 mètres de longueur) et un plan exceptionnels. Ce dernier associe un plan en croix latine : nef, transept, chevet, et un plan centré : une rotonde, édifiée à l'emplacement de la croisée du transept, est composée d'une tour-lanterne construite au-dessus d'une crypte et entourée de trois déambulatoires. 
Ce parti pris témoigne de l'importance de l'abbaye qui possédait de nombreuses reliques dont le saint Prépuce ou encore un fragment de la croix du Christ.... Il subsiste aujourd'hui de l'église la tour-lanterne, des vestiges du chevet et des éléments sculptés du portail gothique.

Un exemple d'église de pèlerinage à l'époque romane : l'église de l'abbaye Saint-Savin-et-Saint-Cyprien.

Dans la nouvelle église de l'abbaye de Saint-Savin, édifiée dans la seconde moitié du 11e siècle, le pèlerin vient vénérer les saints Savin et Cyprien. 
Après avoir franchi le clocher-porche, il pénètre dans la haute nef de l'église. Par les collatéraux (couloirs de circulation), il se dirige vers le chœur. Le sanctuaire, où s'élève l'autel, est édifié au-dessus de la crypte (chapelle souterraine) qui abrite les tombes de Savin et Cyprien ; il est ceinturé par une colonnade qui délimite l'espace dédié aux moines.

En empruntant le déambulatoire (couloir demi-circulaire), le pèlerin peut apercevoir l'intérieur de la crypte grâce à de petites ouvertures. Dans les chapelles rayonnantes qui ouvrent sur le déambulatoire, il prie devant les autels où ont été déposées les autres reliques de l'abbaye. Au passage, il admire les peintures murales ornant les murs et les voûtes de l'église. Ce décor peint fait de l'église de Saint-Savin un monument exceptionnel, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture).

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