L'histoire des tuileries et des briqueteries

Vue aérienne de l'usine de Loubert 2 à Roumazières-Loubert (Charente). Collection particulière.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 5 avril 2017
 

Les terres de la Charente, de la Charente-Maritime, des Deux-Sèvres et de la Vienne présentent de nombreux gisements d'argile. 80 usines de céramique - dont 70 tuileries et briqueteries - étudiées dans le cadre de l'inventaire du patrimoine industriel témoignent de l'évolution de cette activité, qui s'industralise tardivement à la fin du 19e siècle. 

Argile : terre provenant de la décomposition de roches imperméable, de couleur variée selon les minéraux qu'elle contient, elle peut être façonnée une fois pétrie avec de l'eau. Après cuisson, elle se transforme en céramique (mot provenant du grec keramos, argile).

80 usines liées à la transformation de l'argile

Deux tiers des soixante-dix tuileries et briqueteries industrielles sont implantées sur la frange est de la Charente et la partie nord des Deux-Sèvres. Les autres usines sont dispersées, en nombre égal, en Charente-Maritime et dans la Vienne. Traditionnellement, ces établissements produisent aussi bien des tuiles que des briques, des carreaux ou la chaux nécessaire aux maçons locaux.

Les dix autres usines de céramique sont réparties sur l'ensemble du territoire : six d'entre elles, qui concernent la fabrication de chamotte, sont regroupées dans le sud de la Charente et de la Charente-Maritime ; deux usines de faïence, spécialisées dans la fabrication de carreaux mosaïque utilisés comme revêtement de sols ou ornement de façades, se sont installées à Saintes (en 1880) et à Cerizay (en 1910) ; les deux seules porcelaineries sont situées dans la Vienne, l'une à Persac, l'autre à Chauvigny.


Carte de localisation des usines liées à la transformation de l'argile - Source : Région Nouvelle-Aquitaine, inventaire du patrimoine culturel - Fonds : Cartographes associés, 2007.


Les tuileries et les briqueteries, principaux établissements de fabrication de céramique...

C'est dans la seconde partie du 19e siècle que la région a compté le plus de tuileries-briqueteries artisanales. Elles fournissent les matériaux indispensables aux constructions locales : tuiles creuses ou plates, qui recouvrent la majorité des toits de la région, ainsi que briques et carreaux utilisés pour les souches de cheminées et les sols. Elles emploient généralement trois ou quatre ouvriers.

À partir des années 1880, le perfectionnement du matériel et l'amélioration des voies de communication, qui permet de trouver des marchés plus lointains, entraînent l'industrialisation de quelques établissements. Parallèlement, un grand nombre de fabriques poursuit son activité artisanale et ce, jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Les tuileries-briqueteries de Roumazières-Loubert et de La Rochefoucauld en Charente, regroupées en Comptoir des tuileries et briques des Charentes et de l'Ouest, connaissent dès le début du 20e siècle une notoriété nationale. Ces établissements sont encore aujourd'hui parmi les plus grands producteurs français de tuiles.


... qui s'industrialisent tardivement

La seconde moitié du 19e siècle est l'époque du plein développement des tuileries-briqueteries artisanales, qui fournissent les matériaux nécessaires (tuiles, briques, chaux.) aux nombreux chantiers de construction locaux alors en cours (architecture publique et religieuse, habitat). Ces nombreux établissements s'installent à proximité des gisements de terre adaptée à leur production. Ils ne fonctionnent généralement que de manière saisonnière, pendant l'été, alors que l'hiver est consacré à l'extraction de la terre.

La modernisation des équipements débute dans les années 1880 avec l'utilisation de premières presses entraînées par des machines à vapeur et l'installation de fours plus performants. Certains établissements sont alors en mesure de travailler également pendant l'hiver. La première tuilerie mécanique de la région fonctionne à partir de 1898, à Roumazières-Loubert, grâce à l'ingénieur Eugène Polakowski ; ce dernier y met au point la fabrication par pressage automatique de tuiles mécaniques - tuiles à emboîtement dont le premier brevet a été déposé par Gilardoni en 1844.

Au début du 20e siècle, un grand nombre des tuileries-briqueteries ferment faute de pouvoir investir dans un équipement onéreux. Certaines se modernisent peu à peu, tout en restant de taille modeste. D'autres s'industrialisent et généralement se spécialisent dans la fabrication d'un produit unique destiné à la construction : tuiles, briques pleines ou creuses, drains, accessoires de couverture. (et, après la Seconde Guerre mondiale, briques plâtrières). Aucune d'entre elles ne produit plus de chaux, fabriquée désormais dans des usines spécifiquement équipées. Certains de ces établissements industriels deviennent d'envergure nationale, comme les tuileries de Roumazières-Loubert.

Les cinq usines regroupées en Comptoir des tuiles et briques de Charente et de l'Ouest emploient, en 1922, 1 500 ouvriers, logés pour certains dans des cités conçues pour eux.

À partir des années 1920, les améliorations techniques concernent toutes les étapes de fabrication : l'extraction de l'argile (par l'utilisation de pelleteuses, wagonnets.), sa préparation (grâce à des malaxeurs, presses.) et sa cuisson (dans des fours à très haute température qui fonctionnent non plus au bois, mais au charbon, au fuel, puis au gaz).

La crise pétrolière des années 1970 entraîne durant la décennie suivante non seulement la fermeture de la plupart des petits établissements, mais aussi celle des grandes structures vivement concurrencées par des firmes internationales.

La majorité des sites actuellement en activité dépend de grands groupes, comme Terreal (par le rachat de Tuilerie Briqueterie Française [TBF] ) et Monier (fusion de Perrusson, Rohmer et des Grandes tuileries de Roumazières [GTR]).


De nombreuses poteries artisanales, une seule porcelainerie industrielle

Jusqu'au début du 20e siècle, de nombreuses fabriques de poterie et de faïence sont présentes dans la région, surtout dans le Confolentais, en Gâtine et en Saintonge ; elles fournissent des objets destinés à la vie domestique (vaisselle courante et grandes cuves servant à la lessive appelées « ponnes ») qui sont parfois commercialisés au-delà des limites régionales. Ces établissements artisanaux ne se sont pas industrialisés, à l'exception de l'entreprise de poterie créée en 1826 à Chauvigny et devenue la Porcelainerie Deshoulières.


Une particularité : la chamotte

À partir des années 1910, une argile kaolinique, réfractaire (qui résiste à une température d'au moins 1500° C.), est exploitée dans l'extrême sud de la région, en Charente et en Charente-Maritime, aux confins de l'Aquitaine.

Six usines s'installent pour son exploitation et sa transformation en chamotte ; cette poudre, issue de la cuisson, du broyage et du tamisage de l'argile, est destinée à l'industrie de la céramique : mêlée à la terre crue, elle facilite le séchage et évite les déformations et les fentes qui se produisent souvent après cuisson. La chamotte est également employée dans l'industrie chimique à partir des années 1960.

Ces établissements utilisent d'abord des fours monumentaux verticaux, puis, à partir des années 1950, des fours rotatifs semblables à ceux des cimenteries.


Auteur : Pascale Moisdon, en collaboration avec Catherine Tijou, février 2017.
 

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