Publication "Découverte... de Rudolf Gowenius"

Détail d'un des quatre tableaux du manoir de Beauvoir : Le pardon accordé à Marie-Madeleine. © Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / G. Beauvarlet, 2008.
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  • Mis à jour le 29 mai 2012
 

Le peintre et décorateur suédois Rudolf Gowenius a réalisé à Poitiers et à Mignaloux-Beauvoir, en 1934 et 1935, cinq peintures murales représentatives de la production des années 1930. Ces œuvres révèlent l'influence de l'enseignement reçu par l'artiste auprès des peintres cubistes André Lhote et Fernand Léger, ainsi que celle d'un de ses maîtres suédois, Carl Wilhelmson.

Les œuvres qu'il exécute ici ont été commanditées par le Poitevin Maurice Gilbert, riche négociant en café, pour sa maison de campagne située à Mignaloux-Beauvoir et pour son hôtel particulier de Poitiers.

C'est en 1934 et à Paris, où l'artiste est installé depuis dix ans, que Gowenius rencontre Maurice Gilbert. Ce dernier possède dans la capitale une usine et un magasin. Désireux d'afficher sa réussite, Maurice Gilbert se fait construire, entre 1933 et 1935, un hôtel particulier à Poitiers, 15 rue de Blossac (aujourd'hui siège du tribunal administratif) et fait rénover en même temps, à Mignaloux-Beauvoir, une maison de campagne (l'actuel golf-hôtel du manoir de Beauvoir) qu'il a acquise quelques années auparavant. Les réalisations en sont confiées aux architectes poitevins Maurice Martineau et André Ursault.

Rudolf Gowenius réalise pour chacune de ces propriétés des peintures aux sujets totalement différents : à Poitiers, une vue du quartier de la cathédrale et, à Mignaloux-Beauvoir, quatre  scènes religieuses.

Peinture murale, hôtel Gilbert (actuel siège du tribunal administratif) à Poitiers

À Poitiers, sous le porche d'entrée de l'hôtel Gilbert, Gowenius a créé, en 1934, une peinture monumentale haute de 3,70 mètres.
Elle représente la cathédrale Saint-Pierre et l'église SainteRadegonde vues depuis le quartier des Dunes, de l'autre côté du Clain. Partiellement masquée par des arbres, la rivière est visible dans la partie basse de la composition, une barque flottant près de la berge. 
À proximité, les figures de deux moniales, complétées par celle d'un ecclésiastique, indiquent l'existence du couvent Notre-Dame qui était alors situé dans l'enceintede l'église Sainte-Radegonde.
Plus haut, les édifices religieux sont entourés des maisons d'habitation qui s'étalent à flanc de coteau et entre lesquelles apparaissent des tâches de couleur verte suggérant la végétation.
Le quartier est représenté de manière assez fidèle. Les édifices y sont traités en volume et en perspective, composés de lignes simples et formes droites. Cette géométrisation est accentuée, pour les toitures, par la juxtaposition de couleurs opposées, brun et gris-bleu.

Quatre peintures murales, manoir de Beauvoir à Mignaloux-Beauvoir

À Mignaloux-Beauvoir, dans la chapelle construite dans le parc du manoir de Beauvoir, Rudolf Gowenius a réalisé, en 1935, quatre peintures murales. Disposées sous la forme de tableaux encadrés, elles font partie du décor de la chapelle qui traduit la reconnaissance du commanditaire, Maurice Gilbert, à l'occasion de la naissance de son petit-fils, Claude.
Les sujets représentés sont puisés dans la vie du Christ : la Nativité, le pardon accordé à Marie-Madeleine, le Christ en croix et la Résurrection. 
Les scènes sont représentées d'une manière personnelle par l'artiste. Elles offrent toutes un arrière-plan montagneux et très dépouillé. Elles présentent aussi une palette riche de couleurs et témoignent de l'influence de l'Art Déco : lignes épurées et formes géométriques pour les  personnages (visages anguleux, anatomie et drapés stylisés) ou les éléments architecturaux (tombeau de la Résurrection, cabane de la Nativité).

Rudolf Gowenius

Rudolf Gowenius est né en 1896 à Öjebyn, dans le nord de la Suède. Après une initiation artistique auprès des peintres Caleb Althin et Carl Wilhelmson, il est élève à l’école des Beaux-Arts de Stockholm, de 1919 à 1921.
Attiré par le prestige d'une capitale artistique internationale, il part en 1923 à Paris et s'installe dans le quartier de Montparnasse où est implantée une importante communauté d'artistes suédois. En 1924, il entre dans l’atelier du peintre cubiste André Lhote puis, l'année suivante, dans celui de Fernand Léger.
Gowenius conçoit, après de longues recherches, une technique inédite de peinture sur étoffes précieuses, qui lui permet d'orner de larges surfaces ; c'est cette technique qu'il met en œuvre pour la décoration des murs du bar O.K. En 1929.
L'artiste expose aussi dans les sections d'art religieux et arts décoratifs des Salons  parisiens, ce qui lui permet d'exécuter, entre 1930 et 1939, des décors d'églises autour de Paris comme à Montgeron, Sens, Colombes, Cachan, Chevilly-Larue ou Conflans-Sainte-Honorine. Il utilise dans ces créations principalement les techniques de la  fresque et de la mosaïque de verre.
En 1939, après la déclaration de guerre à l'Allemagne, Rudolf Gowenius quitte la France après avoir achevé une peinture murale pour l'église Sainte-Anne à Tavaux, dans le Jura. Il retourne alors dans son pays natal. Il meurt à Stockholm, en 1960.

Orientations bibliographiques

  • René Chavance, "Les velours peints de R. Gowenius", Art et Décoration, janvier 1930, pp. 13-16.
  • Catalogue du Salon d'Automne, 1930, p. 270.
  • "Un bar à Montparnasse", La construction moderne, 6 novembre 1932, pp. 93-95.
  • Musée des arts décoratifs, catalogue d'exposition d'art sacré 1938.
  • N. Noé, "Quelques œuvres de H. Vidal", l'Artisan liturgique, janvier-février-mars 1940.
  • Archives départementales de la Vienne, fonds André Ursault, série J.
  • Musée des Années 30, Boulogne-Billancourt, centre de documentation, dossier Gowenius.
  • Franck Claustrat, "Les artistes suédois à Paris 1908-1935 : tradition, modernisme et création", thèse de doctorat de l'Université Paris I, Panthéon-Sorbonne, 1994.

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