Artisanat de tranchée de la Grande Guerre en Poitou et en Charentes

Détail d'un vase fabriqué à partir de douilles d'obus.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 16 juillet 2018
 

Dans les tranchées ou à l'arrière, pour occuper le temps avant de retourner au combat, les Poilus inactifs, blessés ou mutilés, ont fabriqué de nombreux objets de la vie quotidienne, à partir de douilles d'obus ou de matériaux récupérés sur les champs de bataille. Ces objets qui témoignent de la dextérité de leurs créateurs qui étaient, dans la vie civile, ouvriers ou artisans qualifiés, ou bien paysans habiles, sont aujourd'hui conservés dans les familles ou les églises. Quelques exemples en Charente, Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vienne...

Deux vases signés SB dans l'église de Vouneuil-sous-Biard

À Vouneuil-sous-Biard, l'église Notre-Dame conserve deux vases à fleurs réalisés à partir de douilles d'obus. Ces objets en laiton portent les inscriptions suivantes, gravées maladroitement : au recto de l'un "S B Remereville, 1917" et sur l'autre "S B Erbéviller, 1917". Ces inscriptions sont accompagnées au revers du mot « souvenir » placé au centre d'un pot à fleurs et du mot "campagne" gravé sur les lobes supérieurs des douilles. Sur un fond criblé de motifs circulaires irréguliers, réalisés à la bouterolle (poinçon), se dégagent une bande ornée de losanges et, plus haut sur le recto, un cœur surmonté d'une croix de Lorraine. Cette dernière représentation allie les symboles religieux (cœur de Jésus) et patriotique (croix de Lorraine) qui rappellent la lutte des soldats français face aux envahisseurs allemands.

Le Poilu qui a signé ces objets de ses initiales SB (à ce jour non identifiées), faisait probablement partie du 125e régiment d'infanterie de Poitiers. Ce régiment avait été envoyé dès le début de la guerre sur le front de l'Est, notamment en Lorraine, avant d'aller combattre dans les Flandres, l'Artois et la Somme. C'est en Lorraine, à l'Est de Nancy, qu'il a subi, à Réméréville, ses plus lourdes pertes. Ce village, ainsi que celui d'Erbéviller, ont été les témoins des exactions des Allemands qui ont fusillé certains de leurs habitants et détruit leurs maisons. Le 125e RI retournera en 1917 dans ces villages afin de reprendre les positions qui avaient été alors perdues. Ce sont peut-être ces combats meurtriers que ce Poilu de Vouneuil a voulu rappeler sur ces douilles. Catholique pratiquant, il les a offertes en guise d'ex-voto à l'église de sa commune.

Les culots des douilles portent des marques gravées indiquant que ces obus étaient destinés à des canons de campagne français de 75 millimètres. Ils portent les marques suivantes :

  • 75 DE C SN 145L 1cxP (avec un 6 effacé en dessous) et en bordure : DB ;
  • 75 DE C MGM 133L 16 USA (poinçon triangulaire au bout) ; la mention USA indique que l'obus a été fabriqué avec du laiton provenant d'Amérique.

Auteur : Thierry Allard

Un vase et un coupe-papier rapportés par Paul D.

Ce vase en cuivre et ce coupe-papier en cuivre et laiton, fabriqués avec des fragments de douille de balle et d'obus, ont été rapportés de la guerre par Paul D., né à Romans (Deux-Sèvres) en 1897 et mort en 1953. Il avait 19 ans quand il est parti, en 1916. Malgré une taille légèrement trop petite, il avait tenu à s'engager, comme les jeunes de sa génération, formés par l'école publique dès la prime enfance au patriotisme et à la revanche après la défaite de 1870.

Paul D., auteur du coupe-papier, a gravé dessus : Licourt. C'est dans cette commune du département de la Somme, au sud de Péronne, qu'il avait été affecté à la garde de prisonniers, après avoir été gazé sur le front de Verdun. En août et septembre 1918, Licourt à son tour fut le théâtre de l'offensive de Picardie, ce qui lui valut d'être une ville décorée de la croix de guerre 1914-1918.

Les chiffres sur le culot de la cartouche 5 15 S67, indiquent que cette dernière a été fabriquée en mai 1915, et que son étui est en alliage de laiton à 67 % de cuivre.

Le vase est un cadeau fait à Paul D. par un camarade de tranchée. Il est constitué de deux douilles d'obus à fuselage conique, de petit calibre (une quinzaine de cm de diamètre), emboîtées l'une dans l'autre. Il est décoré de fleurs d'iris de fantaisie, dans la mouvance du style Art nouveau. Malgré l'extrême régularité du motif, il a bien été réalisé lui aussi sur le front. L'ami de Paul D. était en effet un technicien du travail des métaux.La coloration verte du feuillage a été ajoutée par la suite.

Auteur : Marie-Paule Dupuy.

Détail du vase fabriqué à partir de douilles d'obus, cadeau fait à Paul D. par un camarade de tranchée. Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel / C. Rome, 2014.

Depuis 2014, les collectes des souvenirs familiaux de la Première Guerre mondiale contribuent à révéler au grand jour, parmi les milliers d'archives personnelles, ces objets réalisés par les soldats. Leur présentation dans des expositions physiques ou virtuelles de plus en plus nombreuses participe à la connaissance de cet artisanat particulièrement développé en 14-18.

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