Regards sur la Première Guerre mondiale : les livres du centre de documentation

Regards sur la Première Guerre mondiale : les livres du centre de documentation
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  • Mis à jour le 15 février 2018
 

À l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, le centre de documentation du service Patrimoine et Inventaire (site de Poitiers) de la Région Nouvelle-Aquitaine a acquis une cinquantaine d'ouvrages sur la Grande Guerre. Ces rééditions, témoignages, livres d'histoire racontent tous la guerre et révèlent l'évolution du regard des historiens au fil des années.

La « Grande Guerre »...

Apparue dès 1914, cette expression reflète rapidement l'ampleur du conflit qui, en quatre années, va tuer près de 10 millions de personnes provenant des cinq continents. Les blessés, encore plus nombreux, marqués par la vie dans les tranchées sous les obus et les gaz toxiques, vont peiner à retrouver leur place dans la vie civile et familiale, la société d'avant-guerre ayant disparu au cours des quatre années de combats.

Si beaucoup tentent d'oublier la « boucherie », la nécessité de comprendre, de témoigner voit jour dès la fin du conflit.


Une production importante, des approches qui évoluent

Dès la fin de la guerre, en France (et dans les autres pays belligérants), de nombreux ouvrages sont publiés pour expliquer, raconter, comprendre. Les militaires écrivent leurs souvenirs, les historiens, dont beaucoup sont d'anciens Poilus, et aussi des diplomates s'interrogent sur les origines et les conséquences internationales, tentent d'expliquer le conflit.

L'éloignement dans le temps ne diminue pas l'intérêt pour la première guerre moderne. Cependant, le regard des historiens évolue, souvent en rapport avec les questions qui agitent le monde intellectuel de leur temps.

Dans un essai d'historiographie publié en 2004, les historiens Antoine Prost et Jay Winter distinguent de la masse d'études historiques, trois grands axes de recherches : dans un premier temps, le récit de la guerre et la question de ses origines constituent le substrat des livres d'histoire ou militaires (et du discours officiel) ; après la Seconde Guerre mondiale, la recherche historique sur la Grande Guerre s'amenuise avant de reprendre dans les années 1960. Le point de vue est autre : c'est celui du peuple, et non de l'élite. De même, nombre d'historiens étudient le conflit à travers le prisme du modèle social et économique. À partir des années 1990, découlant des travaux précédents, les études portent sur la société en guerre, ses peurs, ses aspirations...


1. L'Entre-deux-guerres : pourquoi la guerre ?

Pendant l'Entre-deux-guerres, la question des origines de la guerre agite de nombreux historiens, militaires, diplomates - les tensions internationales ayant joué un rôle prépondérant dans le déclenchement de la guerre. Qui est responsable de ce conflit si meurtrier ? Comment s'est-il mondialisé et a-t-il ouvert des fronts dans les colonies du Proche-Orient et d'Afrique... Les colonies ou les protectorats anglais, français, italiens sont mobilisés pour venir défendre la patrie dans les tranchées, mais aussi pour contrer l'empire ottoman, allié de l'Allemagne ou pour conquérir les colonies allemandes.

L'histoire, jeune science, est écrite par d'anciens poilus appartenant à l'élite intellectuelle, militaire ou sociale, qui ne remettent pas en cause l'ordre établi. Le discours sur la guerre est « officiel ». Il est patriote, il glorifie le sacrifice des héros morts pour la France. En revanche, le sombre tableau de la vie dans les tranchées n'a pas cours.


2. Après la Seconde Guerre mondiale : le peuple, les rapports socio-économiques

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, après un fléchissement, l'intérêt pour le conflit 1914-1918 connaît un second souffle. La recherche prend une autre orientation, peut-être en partie influencée par la pensée marxiste, alors très présente. Études sociales, rapports socio-économiques dominent. Le point de vue des élites militaires, intellectuelles de l'Entre-deux-guerres cède la place à celui des soldats.

3. Depuis les années 1990 : la société dans et après la guerre

Les années 1990 questionnent la guerre 1914-1918 à travers le prisme de l'histoire culturelle, et l'homme prend la première place. Au front et à l'arrière, comment les hommes et les femmes ont-ils vécu le conflit et comment l'ont-ils représenté ? Quelle est la part du récit et de la propagande militaire et politique ? L'armistice signée, comment le soldat, souvent blessé, traumatisé, s'est réinséré dans sa famille, dans la société, profondément transformée par la guerre ?

Outre les archives écrites, les historiens étudient les documents iconographiques (affiches, journaux...), les documents sonores, les témoignages privés (lettres, photographies de de soldats) qui rendent compte de la vie pendant le conflit.


Cent ans après, commémorer

Le centenaire de la guerre 1914-1918 est l'objet de commémorations officielles. Celles-ci ont pour principal objectif, outre le devoir de mémoire, de faire connaître et comprendre ce conflit mal connu, voire méconnu, d'une partie de la population. Quel est l'intérêt de cette guerre vieille de cent ans ? Quel message veut-on transmettre, au-delà du fait strictement historique ?

La Mission du centenaire, créée à cette occasion, a décerné depuis 2014 le label « Centenaire » à de nombreuses initiatives locales qui participent de la compréhension de la guerre, des répercussions que ce conflit si meurtrier a eu à l'échelon national mais aussi local, dans les familles, dans la société.
Y participent également les nombreux ouvrages (livres scientifiques et grand public, journaux de poilus…), les publications numériques (bases de données, blogs, sites Internet...) publiés depuis une dizaine d'années. Aux côtés d'études d'historiens, de journalistes... explorant le conflit d'un regard neuf, les éditeurs choisissent des format divers, avec des entrées multiples comme les dictionnaires, les abécédaires... Des livres richement illustrés abordent des thèmes nouveaux comme la notion de « petite patrie » ou le travail des femmes.


 

Les monuments aux morts

Les monuments aux morts ont aussi fait l'objet de nombreuses études. Dans les années qui suivent la fin de la guerre, parfois même durant le conflit, des monuments dédiés au sacrifice des Poilus sont érigés dans chaque commune de France. Pour la première fois, les noms des morts pour la France y sont inscrits. Dans les églises également, des tableaux, des vitraux commémorent les morts et les blessés. En Poitou-Charentes, près de 1 500 monuments ont été réalisés entre 1920 et 1925.

Cent ans après, ces monuments à vocation mémorielle sont devenus des objets d'études artistiques qui leur confèrent une autre valeur et il est fréquent de parler, pour la décennie 1920, d'âge d'or pour les sculpteurs français.


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Auteur : Christine Sarrazin, février 2018.
Photographies (reproductions des ouvrages) : © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. G. Beauvarlet, 2018.

 

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