De nouvelles découvertes en 2022 au Jardin de Gabriel

Le socle gravé découvert en 2022. (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel / C. Andreu.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 20 décembre 2022
 

Repéré par de nombreux amateurs d’art brut depuis les années 1970, sujet de nombreux articles dans les revues spécialisées, objet d’un inventaire détaillé réalisé par la Région en 2009-2010, le Jardin de Gabriel est, parmi les environnements créés par des artistes autodidactes, un site largement étudié. Il serait commun de penser que tout a été découvert sur le Jardin de Gabriel et que son créateur, Gabriel Albert, décédé en 2000, ne nous livrera plus de secrets. Pourtant, chaque année, de nouveaux éléments repérés sur le site, des documents ou des témoignages enrichissent notre connaissance sur l’œuvre de Gabriel Albert. Ces découvertes ont été particulièrement nombreuses en cette année 2022.

Deux visages exhumés

Durant le printemps 2022, à l’occasion du percement d’une tranchée pour les travaux d’effacement des réseaux électriques, deux sculptures en ciment ont été découvertes, enterrées, entre la route et la première maison de Gabriel Albert. Ces sculptures représentent les visages de deux célèbres personnalités politiques : Georges Marchais et Valéry Giscard-d’Estaing, personnages déjà représentés à plusieurs reprises dans le jardin. Cette découverte, déconcertante au premier abord, peut s’expliquer. Le lieu de la découverte correspond en effet à l’emplacement du premier atelier de Gabriel Albert. Lors de la destruction de cet atelier, vers 1985, Gabriel Albert a pu jeter ces visages sur place, ne les jugeant pas à son goût, et les a ensevelis sous les gravats. Ces sculptures sont aujourd’hui conservées, grâce à la vigilance des ouvriers qui les ont découvertes, dans l’atelier de Gabriel Albert.

Les deux sculptures découvertes. (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel / Y. Ourry.

Un socle gravé

Le 5 juillet 2022, lors du retour de la statue de danseuse restaurée, un pot, qui trônait depuis de nombreuses années sur un grand socle en ciment situé au milieu du jardin, a été déplacé. Quelques jours plus tard, des gravures, qui n’avaient jamais été remarquées jusqu’ici, sont repérées sur ce socle laissé nu. Tout d’abord illisibles, ces gravures sont apparues beaucoup plus clairement à la lumière rasante, lors d’un spectacle nocturne de la Comédie de l’Eperon. On y distingue la signature « Gabriel Albert », la date 1940 et un profil qui est probablement celui de Gabriel Albert. D’autres motifs et inscriptions sont présents mais n’ont pas pu être déchiffrés à ce jour. La présence d’une date et d’une signature sur un socle n’a rien d’étonnant dans le Jardin de Gabriel, puisque quinze socles ainsi gravés ont déjà été découverts. En revanche, l’ancienneté de la date, bien avant la création des premières statues, et le profil gravé sont totalement inédits. L’interprétation de cette découverte est pour l’instant hypothétique : il pourrait s’agir d’une sorte de « pierre de fondation » du Jardin de Gabriel gravée par Gabriel Albert afin de commémorer son arrivée sur le site vers 1940.

Le socle gravé. (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel / C. Andreu.

Une date sur la pierre de lest du moulin

Le moulin du Jardin de Gabriel, inspiré par la chanson « Moulin Rouge » est un témoignage d’amour de Gabriel pour sa femme Anita. Il était jusqu’ici couramment admis qu’il datait de la fin des années 1950. Cependant, une date peinte en rouge sur la pierre de lest du moulin – empêchant les ailes du moulin de tourner – a été mise à jour lors d’une visite cet été. Cette date est 1967, soit dix ans après la construction de la maison et deux ans avant la première statue en ciment. Cette découverte vient remettre en question la datation du moulin, ce qu'accréditent les images aériennes prises en 1964 qui montrent en effet que le moulin n’existait pas à cette date. Le moulin, qu’Anita Albert présentait comme la « première création » de son mari, aurait donc précédé de peu les premières sculptures.

Le témoignage de Guy Chartier et la photo de mariage de Gabriel et Anita

Guy Chartier, connu en Charente-Maritime pour être l’auteur d’histoires en langue saintongeaise sous le pseudonyme « Jhustine », est natif d’Asnières-la-Giraud, commune où Gabriel Albert et sa femme se sont installés après leur mariage, et où Gabriel exerçait la profession de laitier dans les années 1930. En septembre dernier, Guy Chartier nous a livré son témoignage sur Gabriel Albert qu’il a bien connu à cette époque. Il se souvient que ce dernier, alors laitier de profession, faisait ses tournées dans les fermes du secteur pour collecter chaque jour le lait dans les fermes et l’acheminer à la laiterie. Il était réputé pour ses capacités à inventer et fabriquer divers outils, machines et mécanismes. Il a par exemple fabriqué une éolienne pour s’alimenter en électricité. Guy Chartier signale également une autre facette du personnage : Gabriel Albert était de tempérament rêveur et pensif. Il nous fait revivre quelques anecdotes dans cet extrait sonore :

 

Guy Chartier a conservé une photographie prise en 1926 du mariage de Gabriel Albert et Anita Drahonnet à Asnières-la-Giraud, commune de la mariée. La mère de Guy Chartier, amie d'Anita, était présente à ce mariage. Cette photographie nous montre les habits de l’époque, quelques coiffes portées encore par certaines femmes âgées et la haute stature de Gabriel qui avait alors 22 ans.

Photographie du mariage de Gabriel Albert et d'Anita Drahonnet en 1926 à Asnières-la-Giraud. (c) Collection particulière.

De chaque côté de la photographie, quatre hommes apparaissent avec chacun un instrument de musique : deux clarinettes et deux trompettes. Ces quatre messieurs, qui ont vraisemblablement animé les festivités, sont probablement les musiciens avec qui Gabriel jouait de la musique dans les bals du secteur dans sa jeunesse, Gabriel jouant pour sa part de la clarinette. Leur identité n’est pas connue mais il s’agit probablement des musiciens cités par Gabriel dans l’entretien qu’il a accordé en 1991 à l’ethnologue Michel Valière, au moment où ce dernier s’intéresse au passé de musicien du sculpteur-modeleur :

 

Un réseau des habitants paysagistes charentais

A quelques dizaines de kilomètres du Jardin de Gabriel, un créateur autodidacte, André Degorças, continue de sculpter ses œuvres dans la cour de son domicile, à Genté. Rencontré récemment, André Degorças affirme qu’il a bien connu Gabriel Albert, mais aussi d’autres créateurs autodidactes charentais. Il se souvient d’avoir reçu un jour la visite de Gabriel Albert et Franck Vriet, autre artiste autodidacte, domicilié à Brizambourg. Les deux hommes étaient venus ensemble. En retour, André Degorças s’est également rendu à Nantillé et Brizambourg pour découvrir leurs œuvres. Il échangeait aussi régulièrement avec Lucien Favreau, créateur de la Bohême à Yviers, au sud de la Charente. Il précise que c’est lui qui a conseillé à Lucien Favreau de réaliser les peintures murales sur la façade de sa maison avec du lait de ciment teinté au lieu d’une peinture classique.

Ce témoignage prouve que ces artistes autodidactes n’étaient pas isolés. Ils connaissaient les productions d’autres créateurs, pouvaient s’en inspirer, étaient curieux de connaître leurs techniques et n’hésitaient pas à échanger des conseils.

 

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