La restauration d'une statue de danseuse par une étudiante de l'Ecole supérieure d'art et de design TALM-Tours

L’étudiante Marion Benda et la statue de danseuse à son arrivée à Tours. © Région Nouvelle-Aquitaine / J. Chalard-Deschamps.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 9 juillet 2021
 

Une statue de danseuse du Jardin de Gabriel est actuellement en cours de restauration par une étudiante de l’Ecole supérieure d'art et de design TALM-Tours. En plus de parfaire la formation d’une future restauratrice d’œuvres d’art, cette opération va permettre d’expérimenter des traitements susceptibles d’être ensuite appliqués sur les autres sculptures altérées du site.

En vertu du partenariat conclu entre la Région Nouvelle-Aquitaine et l’école, Marion Benda, étudiante en conservation-restauration des biens culturels, spécialité œuvres sculptées, a choisi pour son mémoire de fin d’études de restaurer une statue en mortier de ciment armé du Jardin de Gabriel Albert, propriété de la Région. Elle va se consacrer pendant 18 mois à la restauration de cette œuvre, aujourd’hui en très mauvais état. La statue étant protégée au titre des Monuments historiques, l’ensemble des traitements réalisés par l’étudiante, encadrée par ses professeures, est réalisé sous le contrôle scientifique de la Conservation régionale des Monuments historiques. A terme, la statue restaurée sera réinstallée au sein du Jardin de Gabriel.



Le choix de la statue 207

Le choix de l’étudiante, en accord avec ses enseignantes, s’est porté sur une statue de danseuse, numérotée 207 dans l’inventaire des œuvres du Jardin de Gabriel. Cette statue est l’une des 59 œuvres « en péril », mises à l’abri en 2017, dans le but de les protéger des intempéries en attendant une restauration. Pour répondre aux attentes de la formation, la sculpture choisie devait comporter des dommages importants et variés, permettant à l’étudiante de se confronter aux différentes questions liées à la restauration des œuvres en mortier de ciment armé. Le travail de Marion Benda est également une opportunité pour la Région qui disposera d'une solide connaissance pour de futures restaurations.

Parmi les œuvres en mauvais état du Jardin de Gabriel, cette sculpture est probablement la plus dégradée. Tombée lors de la tempête Xynthia en 2010, elle est fracturée en différents endroits : la tête et le bras sont détachés, la robe est morcelée en une multitude de fragments. Certaines parties, notamment à la base du cou, sont lacunaires. Enfin, de nombreuses fissures sont visibles, laissant les armatures métalliques à découvert, ce qui entraîne leur corrosion. La statue a conservé sa couche picturale sur certaines zones, mais d’autres parties soumises au ruissellement et au vent ont perdu leur polychromie et laissent apparaître l’épiderme du mortier.


 

Le transport de la statue à Tours

Le partenariat entre l’école et la Région prévoyait un transport de la sculpture dans les locaux de l’école. Le transport délicat de cette œuvre fragile a été confié à l’entreprise spécialisée Bovis. Les transporteurs ont réutilisé la caisse en bois qui avait permis de transporter la statue à l’abri en 2017. Des bancs de calage – sortes de cales composées de bois et de mousse – ont été fixés afin de maintenir la statue parfaitement stable pendant le trajet. La statue a ainsi été livrée en mars 2021 dans les ateliers de l’école de restauration des œuvres sculptées de Tours.

 


 

Les analyses sur l'état de la statue

Dès l’arrivée de la statue, Marion Benda a pu réaliser un certain nombre d’observations qui ont complété les précédents constats sur l’état de l’œuvre.

La première étape a été d’identifier et de photographier chaque élément ou fragment de la sculpture. Une visite au Jardin de Gabriel lui a permis également de retrouver quelques éléments détachés de la statue qui étaient tombés sur le sol. Presque tous les fragments de la robe ont ainsi été retrouvés.

Puis, les semaines suivantes ont été consacrées à différentes analyses, sur la statue mais aussi sur d'autres sculptures du jardin, à des fins de comparaison.

Les techniques de mise en œuvre de Gabriel Albert, l’exposition en extérieur ainsi que l’instabilité de la statue sur son socle sont les principales causes d’altérations de la Danseuse 207.
Les altérations de surface observées sont le lessivage des couleurs, la pulvérulence de la peinture blanche, l’encrassement local et les résidus de colonisations biologiques.
Cependant, les altérations les plus inquiétantes sont majoritairement structurelles. Au niveau de la jonction des membres et au dos de la robe, différents niveaux de rupture sont constatés (fissures et fractures dans le béton et le mortier de ciment de Portland, et armatures métalliques rompues). Cela a conduit à la corrosion des armatures apparentes, au détachement progressif de la tête et du bras dextre, et à la fragmentation et à l’affaissement brusque de la robe.
Enfin, le mortier est carbonaté sur plus d’un centimètre de profondeur, abaissant ainsi le pH à 8 (ciment de Portland non altéré : pH 12-13).
L’état de conservation de la statue s’avère préoccupant et évolutif en cas de réexposition en extérieur en l’état.

BENDA, Marion. Rapport d’analyse sur la statue de danseuse, 2021.

Par ailleurs, sur la base des précédentes études sur le Jardin de Gabriel, Marion Benda a étudié le mode opératoire de la fabrication des statues de Gabriel Albert. La connaissance de chacune de ces étapes est importante afin de respecter l'oeuvre lors de la restauration.


 

Le parti pris de restauration

Toutes ces analyses ont permis de rassembler des connaissances très fines sur les altérations de la statue.

Sur la base de ces conclusions, Marion Benda a pu établir un protocole de restauration de la statue, qui a été débattu et validé le 11 juin 2021 par une commission scientifique composée d’experts. Conformément à l’avis de la commission, la sculpture 207 bénéficiera des traitements suivants :

  • Traitement des armatures métalliques par protection cathodique : cette opération consiste à protéger les armatures métalliques de la corrosion à l’aide d’anodes sacrificielles.
  • Assemblage des membres et remise en forme de la robe : la tête et le bras seront à nouveau fixés sur le tronc et les fragments de la robe seront recollés.
  • Comblement des fissures : les nombreuses fissures seront comblées par des résines et du mortier.
  • Réintégrations formelles : les parties lacunaires (couche superficielle au niveau du cou, rose sur le flanc de la robe, quelques perles du collier) seront restituées.
  • Réintégrations picturales : afin de participer à la protection superficielle de l’œuvre, la couche picturale sera réintégrée, sur la base des teintes présentes aujourd’hui sur cette statue, avec un ton légèrement moins soutenu.
  • Consolidation de la matière picturale et protection de surface : il permettra de ralentir la pénétration de l’humidité et la carbonatation des mortiers. Le procédé reste à déterminer en fonction des analyses à venir sur la présence éventuelle de sels projetés depuis la route.
  • Interventions sur le socle et soclage de l’ensemble : le soclage permettra d’endiguer les altérations provoquées par l’instabilité de la statue sur son socle. Il s’agit de réfléchir à la fois à la manière de relier la statue à son socle et le socle au sol meuble du jardin.

Marion Benda va maintenant finaliser ses analyses et pourra débuter prochainement les premiers traitements sur la statue de la danseuse 207.

A suivre…
 

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