Les amoureux du Jardin de Gabriel

Couple du Jardin de Gabriel. © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel. G. Beauvarlet, 2009.
Découvertes
 
  • Mis à jour le 7 février 2018
 

Le Jardin de Gabriel est à la fois l'œuvre de Gabriel Albert (1904-2000), son lieu de vie et son lieu de création. En concevant un "musée à ciel ouvert" dans son espace domestique, le sculpteur-modeleur livre aux visiteurs des témoignages de sa vie, de son intimité et de ses sentiments. Le jardin offre ainsi d'émouvantes démonstrations de son amour conjugal.

Le moulin des amours

Bien avant ses premières créations de statues, Gabriel Albert se lance, en 1956 et 1957, dans la construction de sa maison et du moulin à vent décoratif qui s'élève au bord de la route départementale. Bien plus qu'un simple moulin, c'est le symbole de son amour pour sa femme Anita Drahonet, son épouse depuis trente ans, comme celle-ci le dévoile dans un article du journal Sud-Ouest, le 2 septembre 1996 : "C'est le moulin de nos amours. C'est sa première création". Anita fait référence à la chanson "Moulin Rouge", datant de 1953, qui  évoque une histoire d'amour à travers le moulin du célèbre cabaret parisien. Cette chanson, qui a inspiré Gabriel Albert, a connu un grand succès dans les années 1950 et a été l'objet d'innombrables reprises.

Moulin des amours
Tu tournes tes ailes
Au ciel des beaux jours
Moulin des amours

Mon cœur a dansé
Sur tes ritournelles
Sans même y penser
Mon cœur a dansé

Ah, mon Dieu, qu'ils étaient jolis
Ces yeux qui valsaient dans les miens
On s'aimait presqu'à la folie
Et cet amour te plaisait bien

Des mots de bonheur
Chantaient sur tes ailes
Des mots de bonheur
Simples comme nos cœurs

Comme on a dansé
Sur tes ritournelles
Tous deux enlacés
Comme on a dansé !

Que de fois l'on a répété
Ces mots qui chantaient dans nos cœurs
Et pourtant que m'est-il resté
De tant de rêves de bonheur ?

Un simple moulin
Qui tourne ses ailes
Un simple moulin
Rouge comme mon cœur !

Dis-moi chéri, dis-moi que tu m' aimes
Dis-moi chéri que c'est pour la vie

(Extrait des paroles de la chanson Moulin Rouge, Paroles : Jacques Larue / Musique: Georges Auric)


Des amoureux dans la scène de L'Angélus

Un autre témoignage des liens du couple est présent à l'arrière du jardin, près de l'atelier. Deux statues, réalisées dans les années 1980, représentent un homme et une femme en train de se recueillir. La ressemblance avec la scène du tableau L'Angélus, peint en 1858 par Jean-François Millet (1814-1875), est frappante : sabots aux pieds, un couple de paysans prie, elle les mains jointes, lui tenant son chapeau de ses deux mains. Gabriel Albert en possédait une reproduction, accrochée dans la maison. Expression de la condition paysanne, associant les travaux des champs et la dévotion religieuse, l'image de L'Angélus figurait dans de nombreux foyers ruraux de cette époque. L'exemple de L'Angélus n'est pas unique : Gabriel Albert s'est inspiré, pour plusieurs de ses créations, d'œuvres culturelles célèbres comme le tableau de la Naissance de Vénus de Botticelli ou les contes du Corbeau et le Renard ou de Blanche-Neige et les septs nains.

Cependant, Gabriel Albert ne s'est pas contenté de reproduire les deux personnages du tableau de Millet, il s'est identifié à la scène en les représentant sous les traits de sa femme et de lui-même, tous deux habillés de vêtements contemporains. Le visage du personnage masculin est quasiment identique à son autoportrait placé à quelques mètres, devant la porte de l'atelier. L'outil pendant à la poche de son pantalon – à bretelles, comme il en portait lui-même couramment - semble être une spatule, outil qu'il utilisait pour travailler le ciment. La femme porte une robe rouge à bretelles, très éloignée de la tenue de la paysanne du tableau. Sur le sol, tout autour des deux statues, Gabriel Albert a disposé des blocs de pierre qui dessinent un cœur, donnant à la scène une dimension sentimentale.


Les autres amoureux du jardin

Outre ces deux témoignages de l'amour de Gabriel Albert pour sa femme, d'autres oeuvres représentent des personnages épris. La plus remarquable est la scène du "couple mal assorti", défini ainsi par Gabriel Albert lui-même lors de l'entretien avec l'ethnologue Michel Valière en 1991. L'homme, très grand – c'est la statue la plus haute du jardin – et mince, offre une rose à une femme, petite et corpulente. Cette scène montre par ailleurs l'humour de Gabriel Albert, souvent perceptible dans sa création. Une autre sculpture représente un couple de personnes âgées, dont les expressions évoquent l'attachement et la douceur.

Auteur : Yann Ourry, février 2018

 

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